
Marguerite de Navarre
Sœur de François Iᵉʳ, reine de Navarre — protectrice des humanistes et auteure · Reine de Navarre / Humaniste · 1492-1549 · Angoulême (Charente)
À propos
Citation
La grâce que j'ai reçue me fait connaître celle que j'ai refusée.
Contributions
Sœur chérie de François Iᵉʳ et son principale conseillère culturelle. Protège Clément Marot, Rabelais, Calvin et de nombreux humanistes menacés par la Sorbonne. Auteure de L'Heptaméron (nouvelle inspirée du Décaméron de Boccace, posthume 1558). Auteure du Miroir de l'âme pécheresse (1531) — condamné par la Sorbonne. Promeut le platonisme de Ficin et l'évangélisme de Lefèvre d'Étaples.
Anecdote
Cachait Clément Marot sous sa robe pour le sauver des sbires du Parlement — littéralement. Calvin lui écrit depuis Genève pour la remercier de sa protection. Elle s'endort toujours en dictant — ses dames de compagnie écrivaient L'Heptaméron sous sa dictée nocturne.
Influences reçues
Platonisme de Ficin. Évangélisme de Lefèvre d'Étaples. Érasme. Boccace.
Influences exercées
L'Heptaméron définit le genre de la nouvelle en français. Son mécénat sauve de nombreux humanistes et réformateurs. Sa cour de Nérac est le foyer du protestantisme avant la conversion officielle de Jeanne d'Albret (sa fille).
Importance
L’intelligence sensible
Marguerite de Navarre possède probablement le profil psychologique le plus moderne. Elle semble animée par la curiosité intellectuelle, l’introspection, l’empathie, la recherche spirituelle et le doute. Contrairement à beaucoup de figures de pouvoir de son temps, elle accepte la complexité humaine.
Dans ses écrits, elle montre :
- les contradictions du désir ;
- les hypocrisies sociales ;
- la souffrance psychologique ;
- les violences faites aux femmes ;
- les ambiguïtés religieuses. Elle n’est pas une femme de domination brutale. Elle agit davantage par influence intellectuelle, médiation, persuasion et protection des réseaux culturels.
Psychologiquement, elle semble profondément marquée par la fracture religieuse naissante. Elle cherche souvent une voie de réconciliation impossible entre humanisme, foi, réforme et unité du royaume.
Cette position la rend parfois vulnérable politiquement : les époques de radicalisation tolèrent mal les tempéraments nuancés.
L’humanisme féminin et la réforme intellectuelle
Marguerite de Navarre est probablement la femme intellectuelle la plus importante de la Renaissance française. Dans l’exercice du pouvoir :
- elle agit comme médiatrice religieuse ;
- elle tente d’éviter les radicalisations ;
- elle protège certains penseurs réformateurs ;
- elle influence indirectement François Ier. Mais son immense influence passe surtout par la culture.
Comme mécène et autrice elle soutient humanistes poètes imprimeurs traducteurs et théologiens modérés.
Elle favorise l’éducation, la diffusion des idées, les débats religieux et le développement de la littérature française.
Son Heptaméron est essentiel : on y voit une société en mutation, des femmes plus conscientes d’elles-mêmes, une critique des hypocrisies sociales et religieuses.
Son impact sociétal :
- diffusion de l’humanisme ;
- élargissement des débats intellectuels ;
- valorisation de l’éducation féminine ;
- encouragement de la pensée critique.