Palais du Parlement du Dauphiné

Palais du Parlement du Dauphiné

Grenoble · 1539-1560

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À propos

Récit incarné

Place Saint-André, Grenoble. La place médiévale au pied de la Bastille — la forteresse qui domine la ville depuis les hauteurs. Le palais du Parlement s'étend sur tout un côté de la place, sa façade Renaissance en calcaire alpin brillant dans la lumière coupante de la montagne.

C'est un palais de justice actif — des avocats en robe noire traversent la cour, des justiciables attendent sur les bancs des couloirs. La Renaissance juridique et la justice contemporaine coexistent dans les mêmes murs. Demandez l'accès à la Grande Chambre lors des heures d'ouverture au public.

La Grande Chambre. Le plafond à caissons du XVIe siècle — dorés, sculptés, profonds — vous couvre d'une voûte de bois ouvragé qui dit immédiatement : ici, on juge au nom du roi, et le roi est grand. Les caissons sont ornés de rosaces peintes et dorées, de médaillons, de figures allégoriques. C'est l'autorité en bois et en or.

Lecture architecturale

Le Palais du Parlement du Dauphiné est construit en calcaire urgonien des Alpes — une pierre blanche d'une grande dureté, différente des calcaires tendres de la Loire ou de la Bourgogne. La façade principale présente deux niveaux articulés par des pilastres et surmontés d'un comble à lucarnes. La tour hexagonale d'escalier, en hors-œuvre, est l'élément le plus visible de l'extérieur. La Grande Chambre intérieure est la pièce la plus remarquable : un plafond à caissons de bois peint et doré, avec des rosaces en relief sculptées dans chaque caisson.

Symboles à observer

1. Le plafond à caissons de la Grande Chambre : chaque caisson est orné d'une rosace différente. Cherchez le caisson central — il est généralement le plus grand et le plus orné.

2. Les armes du Dauphiné : le dauphin héraldique (poisson à corps humain) est visible dans les médaillons de la façade et dans les clefs de voûte de certains couloirs.

3. La tour hexagonale : six pans de calcaire, un escalier en vis à l'intérieur. Cherchez les clefs d'arc sculptées dans la tour.

4. L'inscription sur le fronton : une devise latine rappelle la mission de justice de l'institution — cherchez-la au-dessus du portail principal.

Anecdote mémorable

Le 7 juin 1788, les soldats du colonel de Beausset reçurent des tuiles lancées depuis les toits par les habitants de Grenoble, qui s'opposaient à l'exil du Parlement. Ce fut le premier affrontement physique entre le peuple et les troupes royales dans la préhistoire de la Révolution française. Le Parlement du Dauphiné, installé dans ce palais du XVIe siècle, avait résisté au pouvoir royal au nom des libertés provinciales. La Révolution commença sur cette place, avec des tuiles, un an avant Paris et la Bastille.

Contexte historique dense

Le Dauphiné était une province royale particulière — rattachée à la couronne en 1349, elle avait conservé des institutions propres dont le Parlement, chargé d'enregistrer les lois royales et de juger en dernier ressort. La construction de son palais (1539-1560) coïncide avec le règne d'Henri II et les débuts de la Réforme dans la région — plusieurs procès de protestants dauphinois se tiendraient dans ces salles dans les décennies suivantes.

Échos artistiques

Musique : Sonnets de du Bellaymis en musique (Roland de Lassus, v.1580) — le poète de la Pléiade dont certains sonnets traitaient de la justice et de la tyrannie. Peinture :Portrait du chancelier Séguier de Charles Le Brun (Louvre, 1661) — la représentation du magistrat royal dans toute sa pompe. Architecture : le Palais de Justice de Rouen (76) — le modèle normand du palais de justice flamboyant-Renaissance.

Pour aller plus loin

  • Musée de Grenoble — l'une des plus riches collections de peintures de France après le Louvre.
  • Bastille de Grenoble (funiculaire) — la forteresse qui domine la ville depuis les hauteurs.
  • Château de Vizille (38, 15 km) — où se tint l'Assemblée du Dauphiné de 1788, prélude à la Révolution.

Localisation

45.1886, 5.7262 · Grenoble

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Fantaisies à quatre parties
Eustache du Caurroy · c.1570–1606
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