Contes, légendes & anecdotes
Un carillonneur de Saint-Omer au XVIIIe siècle — son nom est perdu — avait composé un air qu'il ne jouait qu'une fois par an, le soir du 31 décembre, juste avant minuit. Cet air — que personne n'avait transcrit — ne se transmettait que d'oreille à oreille, de carillonneur à carillonneur. En 1793, pendant la Révolution, le carillonneur mourut sans avoir eu le temps de transmettre l'air. L'air de la Saint-Sylvestre de Saint-Omer disparut avec lui. Depuis 1793, le beffroi joue n'importe quel air ce soir-là. Le secret du carillonneur est perdu.
Histoire
Le beffroi de Saint-Omer, inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2005, est l'un des beffrois les plus élégants du Nord de la France. Sa tour principale date de 1494-1498 (gothique flamand tardif), mais sa lanterne de sommet fut construite en 1555 dans un style Renaissance rhénan qui transforme cette tour de justice en monument de prestige. Le beffroi de Saint-Omer possède un carillon de 50 cloches — dont les airs changent chaque quart d'heure. La ville de Saint-Omer, qui fut des Pays-Bas espagnols jusqu'en 1678 (Traité de Nimègue), possède un patrimoine architectural hispano-flamand remarquable. Son musée de l'hôtel Sandelin conserve l'une des plus belles collections d'arts décoratifs du Nord de la France — faïences, orfèvrerie, mobilier du XVIe au XVIIIe siècle. Saint-Omer est également connue pour son marais audomarois — un paysage agricole unique où les maraîchers cultivent leurs légumes sur des îles flottantes.
À voir
Récit incarné
Saint-Omer, Pas-de-Calais. Une ville du Nord à l'architecture hispano-flamande — la trace des deux siècles où Saint-Omer fut espagnole (1477-1678). La Grand'Place, les façades de briques et de calcaire, et au centre, le beffroi — sa tour médiévale surmontée d'une lanterne Renaissance de 1555.
Saint-Omer est une ville méconnue. On va à Arras, on va à Lille. On ne va pas à Saint-Omer. Tort. Son patrimoine est remarquable — beffroi, cathédrale Notre-Dame (XIIIe-XVIIIe siècle), musée de l'hôtel Sandelin, marais audomarois. Et une tranquillité rare — les touristes n'ont pas encore envahi cette ville.
La lanterne Renaissance de 1555 couronne le beffroi d'une légèreté baroque avant la lettre — des colonnes, des arcs, une balustrade ajourée. C'est l'architecture de la confiance : la ville de Saint-Omer, prospère et tranquille sous la domination espagnole, se construisait un monument qui dit 'nous durerons'. Elle a raison : elle est là, 470 ans après.
Lecture architecturale
Le beffroi de Saint-Omer présente la composition classique des beffrois flamands-artésiens : une tour carrée de calcaire blanc (1494-1498, gothique flamand) surmontée d'une lanterne octogonale Renaissance (1555). La transition entre les deux styles est visible à mi-hauteur de la tour — les contreforts à pinacles gothiques cèdent la place à une corniche Renaissance, puis à la lanterne ajourée. La lanterne est composée de colonnes corinthiennes supportant des arcs en plein cintre et une balustrade à balustres.
Symboles à observer
1. La lanterne octogonale de 1555 : huit pans, huit colonnes corinthiennes, huit arcs en plein cintre. L'octogone de la lanterne — forme de transition entre le carré terrestre et le cercle céleste — est la forme symbolique de la Renaissance.
2. Les armes de Saint-Omer : dans les médaillons ou les clefs d'arc, les armes de la ville — un lion passant sur fond d'azur. Le même lion que dans les armes du comte d'Artois.
3. Le carillon de 50 cloches : visible depuis la salle des cloches (visite guidée), le carillon de 50 cloches est accordé sur plusieurs octaves. Chaque cloche a son nom et son baptême.
4. Le lion au sommet : au sommet de la lanterne, un lion de métal qui tourne avec le vent. C'est le lion d'Artois — la province dont Saint-Omer fut le chef-lieu pendant des siècles.
Anecdote mémorable
En 1678, le Traité de Nimègue céda Saint-Omer à la France — la ville était espagnole depuis 1477. Les habitants — qui se considéraient flamands et artésiens, pas espagnols — accueillirent Louis XIV avec une neutralité prudente. Le roi fit construire des fortifications Vauban autour de la ville. Le beffroi, lui, ne changea pas de propriétaire — il restait la propriété de la commune, qu'elle soit espagnole ou française. Les institutions communales survivent aux changements de souveraineté.
Contexte historique dense
Saint-Omer sous domination espagnole (1477-1678) développa une architecture hybride — flamande dans sa tradition constructive, espagnole dans ses formes de représentation publique. Le beffroi de 1494-1555 est le produit de cette culture double : gothique flamand dans sa structure, Renaissance espagnole dans sa lanterne de couronnement (1555). L'Espagne de Charles Quint apportait le vocabulaire Renaissance sans effacer la tradition flamande.
Échos artistiques
Musique : La Morisque (danse flamande, XVIe siècle) — les danses populaires de Flandre contemporaines de la construction de la lanterne. Peinture : les retables flamands du Musée de l'hôtel Sandelin (Saint-Omer) — la tradition picturale flamande conservée dans le musée voisin. Architecture : le beffroi d'Arras (62, 30 km) — l'autre grand beffroi de l'Artois, classé UNESCO.
Pour aller plus loin
- Cathédrale Notre-Dame de Saint-Omer — la cathédrale gothique monumentale de la ville.
- Musée de l'hôtel Sandelin (Saint-Omer) — arts décoratifs flamands et espagnols du XVIe au XVIIIe siècle.
- Marais audomarois — le paysage agricole unique des maraîchers sur îles flottantes.


