La façade Renaissance de Saint-Michel de Dijon (1537) a été construite alors que l'intérieur de l'église était encore de style gothique, créant volontairement un contraste architectural entre l'extérieur et l'intérieur.
Contes, légendes & anecdotes
Bossuet (1627-1704), le grand prédicateur du règne de Louis XIV, fut baptisé à Saint-Michel de Dijon le 27 septembre 1627. Enfant de Dijon, il grandit dans l'ombre de cette façade Renaissance avant de partir étudier à Paris et de devenir le 'Aigle de Meaux', le prédicateur des funérailles royales. Ses sermons funèbres — pour Henriette d'Angleterre, pour le Grand Condé, pour Marie-Thérèse d'Autriche — sont parmi les plus beaux textes de la prose française. L'enfant baptisé dans l'église Renaissance bourguignonne allait donner à la langue française quelques-unes de ses plus belles pages.
Histoire
Saint-Michel de Dijon est l'église Renaissance la plus représentative de Bourgogne — sa façade, construite progressivement entre 1537 et 1616, est un traité pratique d'architecture classique en pierre de Bourgogne. Elle superpose deux niveaux de colonnes libres (ioniques au premier étage, corinthiennes au second) devant une paroi percée de niches à statues, avec un fronton triangulaire central couronné de statues allégoriques. Cette façade fut longtemps attribuée à l'influence italienne directe — mais elle est aujourd'hui reconnue comme une création originale de la tradition bourguignonne, nourrie des modèles de la cour de France mais interprétés selon le goût local. L'intérieur, gothique dans sa structure, conserve des chapelles latérales avec des décors Renaissance d'une grande qualité — pilastres, médaillons, retables sculptés.
À voir
Récit incarné
Dijon, place Saint-Michel. La façade — deux tours carrées à lanterne, une façade à colonnes libres entre elles. Le calcaire de Bourgogne, cet ocre-jaune chaud qui vieillit si bien dans la lumière de la Côte-d'Or.
La façade de Saint-Michel est un spectacle. Approchez-vous jusqu'à toucher les colonnes ioniques du premier étage — leur fût lisse, leurs chapiteaux à volutes. Montez les yeux vers les colonnes corinthiennes du second étage — les feuilles d'acanthe. Puis au fronton — les statues allégoriques dans la lumière dijonnaise.
Entrez dans l'église gothique. La façade était un traité d'architecture classique. L'intérieur est un rappel que Dijon restait bourguignonne — ses voûtes gothiques, ses piliers élancés, ses chapelles latérales avec leurs retables Renaissance.
Lecture architecturale
La façade de Saint-Michel présente deux tours carrées à lanterne et une façade centrale à deux niveaux de colonnes libres (ionique et corinthien). Les niches entre les colonnes abritent des statues de saints. Le fronton triangulaire central est couronné de statues allégoriques. La façade est en calcaire de Bourgogne (calcaire oolithique jaune-doré).
Symboles à observer
1. Les colonnes libres : les colonnes se détachent du mur, créant une profondeur réelle. Regardez sous le premier niveau de colonnes — l'espace entre la colonne et le mur.
2. Le calcaire oolithique : la pierre chaude et dorée de Bourgogne. Elle change de couleur selon l'heure — blanc mat le matin, or soutenu l'après-midi.
3. Les niches à statues : entre les colonnes, les niches en cul-de-four avec leurs statues. Plusieurs sont du XVIe siècle — identifiez les saints par leurs attributs.
4. Les retables des chapelles latérales : à l'intérieur, les retables Renaissance peints ou sculptés des chapelles — certains sont des chefs-d'œuvre de la sculpture bourguignonne du XVIe siècle.
Anecdote mémorable
La façade de Saint-Michel fut longtemps attribuée à Hugues Sambin (v.1520-v.1601), l'architecte-menuisier dijonnais qui publia en 1572 le traité De la diversité des termes dont on use en architecture — le premier traité d'architecture publié en France par un auteur régional. Sambin avait introduit à Dijon le style maniériste flamand-français. Son influence sur Saint-Michel est probable même si l'attribution directe est discutée.
Contexte historique dense
Dijon au XVIe siècle était la capitale du gouvernement de Bourgogne — une province royale depuis 1477 mais qui conservait ses institutions et sa culture propres. Le Parlement de Bourgogne, les États de Bourgogne, la bourgeoisie dijonnaise des officiers et des marchands construisaient une ville qui voulait être à la fois française et bourguignonne.
Échos artistiques
Musique : Messe de Bourgogne (polyphonie franco-flamande du XVe siècle) — la tradition musicale de la cour de Bourgogne. Peinture : les retables de Claus Sluter (Dijon) — la sculpture bourguignonne dont Saint-Michel est l'héritière. Architecture : l'hôtel de Vogüé (Dijon, 21) — l'hôtel particulier Renaissance contemporain de la façade.
Pour aller plus loin
- Musée des Beaux-Arts de Dijon — les ducs de Bourgogne et leur collection.
- Chartreuse de Champmol (Dijon) — le Puits de Moïse de Claus Sluter.
- Beaune (21, 40 km) — l'Hôtel-Dieu et les Hospices.










