Devant l'œuvre
Marie Stuart, reine d'Écosse et reine de France (par son mariage avec François II), est la personnalité historique la plus représentée dans les collections de Blois — où elle vécut une partie de sa vie. Ce portrait la montre en tenue de deuil blanche : selon la coutume française du XVIe siècle, les reines portaient le deuil blanc (d'où son surnom de 'reine blanche'). Elle porte le deuil de François II, son jeune mari mort en décembre 1560 à dix-sept ans, après un règne de dix-huit mois.
Symbolisme & lecture iconographique
Le blanc du deuil royal français (à ne pas confondre avec le blanc de la chasteté ou le blanc de la pureté) était une couleur réservée aux reines veuves — les 'reines blanches'. Il disait non pas l'innocence mais l'interruption : une vie royale stoppée net, une carrière de reine qui recommence à zéro. Pour Marie Stuart, ce deuil blanc annonçait son retour en Écosse et toutes les catastrophes qui suivraient.
Analyse des émotions
Marie Stuart est devenue au XIXe siècle une icône du romantisme : jeune, belle, victime, décapitée. Ce portrait de deuil blanc est l'image qui nourrit ce romantisme — la perfection froide et mélancolique d'une femme qui sait qu'elle perd tout. Que ce soit ou non un portrait fidèle importe moins que l'image qu'il a contribué à construire.
Secrets & mystères
La tenue de deuil blanc de Marie Stuart a cristallisé l'imaginaire romantique autour de cette reine : la 'reine blanche' dans ses voiles de deuil, jeune veuve abandonnant la France dorée pour l'Écosse froide. Mais il y a un mystère iconographique : plusieurs portraits prétendent représenter Marie Stuart en deuil blanc, et les historiens de l'art débattent encore de savoir lesquels sont des portraits d'après nature et lesquels sont des copies ou des reconstructions tardives. Le portrait de Blois est probablement une copie du XVIIe siècle d'un original du XVIe.
Le saviez-vous ?
Marie Stuart quitta la France en août 1561 pour l'Écosse, pleurant à la vue des côtes françaises qui s'éloignaient. Elle ne reverrait jamais la France. Après vingt ans d'emprisonnement en Angleterre, elle fut décapitée à Fotheringhay Castle le 8 février 1587, à quarante-quatre ans. Elle porta le deuil rouge de la mort des martyrs catholiques sous ses vêtements noirs officiels — un dernier geste théâtral et symbolique.

