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Portrait de Jacques VI et Iᵉʳ

✦ Illustre ✦

Jacques VI et Iᵉʳ

1566-1625·roi d'Écosse, roi d'Angleterre et d'Irlande

Sur les pas de Jacques VI et Iᵉʳ — ses œuvres & ses lieux sur la carte →

« No bishop, no king. »

Contributions & œuvres

Roi d'Écosse dès 1567 sous le nom de Jacques VI, fils de Marie Stuart, il accède en 1603 au trône d'Angleterre comme Jacques Iᵉʳ : pour la première fois, une même tête porte les couronnes d'Écosse, d'Angleterre et d'Irlande. Lettré et théologien, il est l'auteur de plusieurs ouvrages — Basilikon Doron, The True Law of Free Monarchies, Daemonologie, et un virulent Counterblaste to Tobacco. Il commande surtout la traduction de la Bible qui porte son nom, la King James Version (1611), monument de la langue anglaise. Mécène du masque de cour, il associe le poète Ben Jonson et l'architecte Inigo Jones, qui introduit le classicisme palladien avec la Banqueting House de Whitehall. Il met fin à la longue guerre avec l'Espagne (traité de Londres, 1604) et place la troupe de Shakespeare sous sa protection, les King's Men.

Anecdote mémorable

En janvier 1604, à la conférence de Hampton Court, les ministres puritains réclament au roi l'abolition de l'épiscopat et une Église plus proche du modèle presbytérien. Jacques, qui a longtemps souffert en Écosse de l'intransigeance des presbytres, leur oppose une formule restée célèbre : « No bishop, no king » — pas d'évêque, pas de roi —, persuadé que supprimer les évêques reviendrait à saper le trône lui-même. De cette conférence, où il rejette presque toutes leurs demandes, naît pourtant une décision immense : la commande d'une nouvelle traduction officielle de la Bible, confiée à quelque cinquante érudits, qui paraîtra en 1611 et deviendra la King James Version.

Influences reçues

Son éducation calviniste et profondément érudite, sous la férule sévère de l'humaniste George Buchanan, en fait un roi savant, auteur et théologien, cas rare parmi les souverains. Les traditions politiques et religieuses écossaises, l'affrontement avec les presbytériens, les complots qui jalonnent sa jeunesse (l'affaire Gowrie) et surtout la Conspiration des poudres (1605), à laquelle il échappe de peu, forgent durablement sa méfiance et sa théorie absolutiste de la monarchie.

Influences exercées

La King James Version marque pour des siècles la langue, la prose et la religion du monde anglophone, jusque dans ses colonies naissantes ; le théâtre jacobéen prolonge et assombrit l'élan élisabéthain. Sa doctrine du droit divin nourrit, par réaction, le grand débat constitutionnel anglais du siècle suivant, et la colonisation de la Virginie (Jamestown, 1607) porte son nom. Son architecte Inigo Jones acclimate enfin le classicisme palladien en Angleterre, dont la Banqueting House de Whitehall est le manifeste.

Importance historique

Jacques est l'artisan de l'union dynastique des trois royaumes, préfiguration de la Grande-Bretagne, dont il rêva une union plus étroite que les Parlements lui refusèrent. Sa cour prolonge et couronne l'âge d'or : le théâtre jacobéen, avec Shakespeare au sommet de son art et sous la protection directe des King's Men, s'épanouit sous son règne, tandis que la King James Version façonne durablement l'anglais, sa prose et sa foi, bien au-delà de son temps et de ses frontières. La nuance, elle, annonce l'orage : théoricien du droit divin des rois, qu'il expose lui-même dans ses écrits, il entre en tension croissante avec un Parlement jaloux de ses prérogatives — racine des conflits qui conduiront son fils Charles Iᵉʳ à l'échafaud. Sa Daemonologie alimenta les chasses aux sorcières, ses favoris successifs (dont le duc de Buckingham) et son goût du faste creusèrent des finances chroniquement déficitaires, et sa diplomatie pacifique, qui lui épargna les guerres continentales, déçut le parti belliciste et protestant. Figure de transition — il meurt en 1625, à la charnière des temps —, il clôt la Renaissance anglaise et ouvre l'âge baroque des Stuart. Son règne reste celui où l'île, pour la première fois unie sous un seul sceptre, se donne une Bible et un théâtre destinés à l'éternité.

Monuments associés (1)