
« Nul homme n'est une île, entière en elle-même. »
Contributions & œuvres
Né à Londres dans une famille catholique à une époque où cette foi exposait à la persécution, John Donne est le chef de file des poètes dits « métaphysiques ». Sa poésie profane de jeunesse — Chansons et sonnets, Élégies, Satires — rompt avec la douceur pétrarquiste : vers nerveux, argumentés, pleins d'audace érotique et intellectuelle, bâtis sur ces comparaisons inattendues et savantes, les « conceits », qui unissent l'amour à la cosmologie, à la géographie ou à la théologie. Après des années d'ambition brisée, il se convertit à l'anglicanisme, est ordonné prêtre en 1615 et devient en 1621 doyen de la cathédrale Saint-Paul de Londres, l'un des plus grands prédicateurs de son temps : ses sermons, publiés, sont des sommets de la prose anglaise. Sa poésie religieuse — les Sonnets sacrés (« Death, be not proud »), les Hymnes — et ses méditations en prose (Devotions upon Emergent Occasions, écrites lors d'une grave maladie) comptent parmi les textes les plus intenses de la littérature spirituelle anglaise.
Anecdote mémorable
Vers 1601, le jeune Donne, secrétaire du lord garde des Sceaux, épouse en secret Anne More, nièce de la femme de son maître, âgée de dix-sept ans. Mariage d'amour et de scandale : le père de la jeune fille le fait emprisonner et chasser de sa place, brisant net sa carrière. Son biographe Izaak Walton rapporte le mot amer et génial par lequel Donne aurait résumé sa ruine, jouant sur son propre nom : « John Donne, Anne Donne, Un-done » (« John Donne, Anne Donne, dé-fait »). Trente ans plus tard, mourant, le doyen de Saint-Paul fit dresser son linceul, s'y drapa debout sur une urne et posa ainsi pour un portrait qui servit de modèle à son effigie de marbre, sculptée par Nicholas Stone. De tout l'ancien Saint-Paul rasé par le grand incendie de Londres en 1666, cette effigie d'un homme en suaire fut à peu près la seule à survivre.
Influences reçues
Il hérite de la tradition du sonnet mais la subvertit, puise dans la scolastique, la « nouvelle philosophie » (l'astronomie de Copernic et de Galilée qui ébranle le vieux cosmos), le droit et la théologie controversée de son temps. Son expérience du catholicisme persécuté et de la conversion nourrit toute son œuvre spirituelle.
Influences exercées
Père de la poésie métaphysique, il inspire Herbert, Marvell et toute une lignée du XVIIᵉ siècle, avant une éclipse puis une résurrection éclatante au XXᵉ : Eliot, Yeats et les modernistes le tiennent pour un modèle de l'union pensée-émotion. Ses sermons marquent l'histoire de la prose et de l'éloquence sacrée anglaises.
Importance historique
Donne a changé ce que la poésie anglaise pouvait faire : il y a introduit la pensée en acte, le raisonnement passionné, la rugosité du langage parlé contre la mélodie convenue. Longtemps jugé obscur et « difficile », il fut redécouvert au XXᵉ siècle — T. S. Eliot en fit un maître — et reconnu comme l'un des plus grands lyriques de la langue. Sa fusion du sentiment et de l'intellect, du sacré et du charnel, a durablement marqué la poésie moderne. Sa vie même est le récit d'une conversion, d'un homme partagé. Catholique de naissance dans une Angleterre qui pourchassait les siens — son frère mourut en prison pour avoir caché un prêtre —, il renia cette foi, chercha longtemps une charge à la cour, et ne vint que tard, par nécessité autant que par vocation, à la prêtrise. Le poète des audaces amoureuses et le doyen qui méditait sur la mort sont le même homme, et cette tension — « Jack Donne » le libertin devenu « Dr Donne » le prédicateur — est le cœur de sa grandeur. Jusqu'au bout il regarda la mort en face, au sens le plus littéral.
