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✦ Illustre ✦

John Dowland

1563-1626·compositeur et luthiste
« Semper Dowland, semper dolens. »

Contributions & œuvres

Plus grand luthiste-compositeur de son âge, Dowland élève l'ayre pour voix et luth au rang d'art majeur. Ses recueils — First Booke of Songes or Ayres (1597), triomphe d'édition sans précédent, suivi de deux autres livres et de A Pilgrimes Solace (1612) — répandent dans toute l'Europe une manière anglaise de mêler la mélodie chantée, la tablature du luth et une rare justesse d'expression. Son chef-d'œuvre instrumental, Lachrimae, or Seaven Teares (1604), aligne sept pavanes bâties sur le motif descendant de sa chanson « Flow, my tears », méditation en larmes devenue le tube international de la Renaissance, cité et imité d'un bout à l'autre du continent. Virtuose recherché, Dowland fait une longue carrière à l'étranger : chez le duc de Brunswick et le landgrave de Hesse, en Italie (Padoue, Venise, Florence), puis à la cour fastueuse de Christian IV de Danemark (1598-1606), où il est grassement rémunéré. Il obtient enfin en 1612 la charge de luth du roi auprès de Jacques Iᵉʳ.

Anecdote mémorable

En novembre 1595, depuis Nuremberg, Dowland écrit à Robert Cecil, grand ministre d'Élisabeth, une lettre où affleurent toutes ses contradictions : il confesse ses sympathies catholiques, proteste de sa loyauté absolue envers la reine, rapporte avoir entendu des exilés anglais comploter contre elle et en nomme les acteurs, tout en déplorant amèrement qu'on lui ait refusé une charge à la Cour à cause de sa religion. Loyal et suspect, adulé au loin et éconduit chez lui, le plus grand luthiste d'Angleterre s'y montre tout entier : un homme déchiré.

Influences reçues

Dowland assimile l'art des luthistes et madrigalistes continentaux rencontrés en Allemagne, en Italie et au Danemark, et la science polyphonique de ses aînés anglais. La mode élisabéthaine de la mélancolie nourrit directement son esthétique et sa célèbre persona de musicien « toujours dolent ».

Influences exercées

Il fixe le modèle de l'ayre pour luth que suivront les lutenistes-chansonniers anglais du début du XVIIᵉ siècle. « Flow, my tears »/Lachrimae devient un motif international repris et varié par de nombreux compositeurs d'Europe ; sa gloire, longtemps éclipsée, a inspiré un vaste renouveau de la musique ancienne au XXᵉ siècle.

Importance historique

Dowland porte à sa perfection l'ayre pour luth, ce genre intime où une voix et un instrument suffisent à dire toute une vie intérieure, et il en fait le véhicule d'une émotion neuve : la mélancolie, humeur à la mode dans l'Angleterre élisabéthaine, qu'il érige en véritable identité artistique sous sa devise latine. Sa renommée est européenne, chose rare pour un musicien anglais : « Flow, my tears » circule, se transforme, s'infiltre dans les œuvres d'autres compositeurs, faisant de lui l'un des premiers Anglais dont l'art rayonne au-delà de la Manche. Une part d'ombre tient à son destin : catholique, il échoue longtemps à obtenir le poste de cour qu'il convoitait en Angleterre, et attribue ce rejet à sa foi ; il court l'Europe en quête de reconnaissance, admiré partout sauf, longtemps, chez lui. De cette frustration même naît peut-être la profondeur de sa musique : nul n'a chanté la peine, l'exil et la nuit de l'âme avec une telle beauté. Son influence sur la chanson anglaise, et son aura durable jusqu'aux redécouvertes modernes, en font une figure unique de la Renaissance.