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Robert Dudley, comte de Leicester
Sur les pas de Robert Dudley, comte de Leicester — ses œuvres & ses lieux sur la carte →
Contributions & œuvres
Robert Dudley fut l'homme que la reine Élisabeth Iʳᵉ aima sans doute le plus. Fils du duc de Northumberland tombé pour avoir voulu placer Jane Grey sur le trône, il connut la Tour et la disgrâce avant que l'avènement d'Élisabeth, son amie d'enfance, ne le portât au premier rang. Nommé Master of the Horse dès 1558, fait comte de Leicester en 1564, il demeura trois décennies durant le favori de la reine, longtemps pressenti comme son époux possible. Grand seigneur de la Renaissance, il fut surtout un mécène magnifique : il protégea des compagnies de comédiens — les « Leicester's Men », parmi les premières troupes professionnelles patentées d'Angleterre —, soutint poètes, savants et explorateurs, et fit de ses demeures des foyers de culture. Chancelier de l'université d'Oxford, défenseur zélé de la cause protestante, il commanda en 1585-1587 l'expédition anglaise aux Pays-Bas contre l'Espagne, entreprise coûteuse et peu heureuse militairement.
Anecdote mémorable
En juillet 1575, pour séduire la reine et peut-être la convaincre encore de l'épouser, Dudley transforma son château de Kenilworth en théâtre d'un divertissement de dix-neuf jours : horloge figée sur l'heure du banquet, dames du lac surgissant des eaux, feux d'artifice. Élisabeth repartit sans promesse de mariage. Treize ans plus tard, apprenant sa mort, elle s'enferma dans sa chambre ; il fallut, dit-on, forcer la porte. Elle garda jusqu'à sa propre mort la dernière lettre qu'il lui avait écrite.
Influences reçues
L'ascension et la chute de sa famille — son père et son grand-père exécutés — forgent son sens du danger de cour. L'amitié d'enfance avec Élisabeth détermine sa trajectoire. L'idéal du courtisan Renaissance, cultivé, mécène et homme d'armes, inspiré des modèles italiens, et la ferveur protestante orientent sa vie publique.
Influences exercées
Son mécénat théâtral et littéraire irrigue l'épanouissement culturel élisabéthain : les Leicester's Men ouvrent la voie aux grandes compagnies de la fin du siècle. Protecteur de poètes comme Edmund Spenser et de son neveu Philip Sidney, défenseur du protestantisme militant, il incarne le grand seigneur-mécène dont le soutien rendit possible l'essor des arts.
Importance historique
Dudley occupe une place singulière : moins par ses actes d'État, souvent contestés, que par son rôle de catalyseur de la culture élisabéthaine et par l'énigme de sa relation avec la reine. Son patronage du théâtre fut décisif : en entretenant une troupe permanente et patentée, il contribua à faire du spectacle un métier respectable, préparant le terrain d'où surgirait, une génération plus tard, le théâtre de Shakespeare. Les fêtes somptueuses qu'il offrit à Élisabeth au château de Kenilworth en 1575 — dix-neuf jours de banquets, de feux d'artifice et de spectacles aquatiques — restèrent légendaires et marquèrent l'imaginaire de l'époque. Sa part d'ombre est épaisse. La mort suspecte de sa première femme, Amy Robsart, trouvée au bas d'un escalier en 1560, nourrit des rumeurs qui le poursuivirent toute sa vie et pesèrent sans doute sur ses chances d'épouser la reine. Ambitieux, dépensier, parfois brouillon dans ses commandements, il déçut aux Pays-Bas. Mais la constance de l'affection qu'Élisabeth lui porta, jusqu'à conserver après sa mort en 1588 sa dernière lettre dans un coffret marqué « his last letter », dit assez la place unique qu'il tint dans le règne.

