
Contributions & œuvres
Gentilhomme du Kent, fils d'un fidèle serviteur des Tudor, Thomas Wyatt grandit au château d'Allington et entre jeune au service d'Henri VIII comme courtisan et diplomate. Ses ambassades en Italie, en France et auprès de Charles Quint le mettent au contact direct de la poésie de la Renaissance continentale. Il en rapporte une révolution : le premier, il acclimate en anglais le sonnet de Pétrarque, qu'il traduit et adapte, et introduit dans la langue la forme, le phrasé et le jeu amoureux de la lyrique italienne. Il écrit aussi des chansons, des épigrammes, des satires et une paraphrase des Psaumes pénitentiels. De son vivant, rien ne paraît : ses poèmes circulent en manuscrit à la cour, puis sont imprimés quinze ans après sa mort dans le recueil Tottel's Miscellany (1557), aux côtés de ceux de Surrey. Cette anthologie posthume fera de Wyatt l'un des pères fondateurs de la poésie lyrique anglaise moderne.
Anecdote mémorable
Au printemps 1536, lorsque Anne Boleyn est accusée d'adultère et de trahison, Wyatt — qu'un passé proche de la reine rend suspect — est jeté à la Tour de Londres. De sa fenêtre, selon la tradition, il aurait vu tomber les têtes des hommes accusés avec elle, puis celle de la reine. Il en tira un poème bouleversant, orné en tête de la devise latine « circumdederunt me inimici mei » (« mes ennemis m'ont encerclé »), où revient le vers « The bell tower showed me such a sight… » — « La tour de la cloche m'a montré pareil spectacle que ma tête en bourdonne encore ». Il échappa à l'échafaud, mais apprit dans sa chair ce que coûtait d'avoir approché le soleil royal de trop près.
Influences reçues
Il puise directement chez Pétrarque, qu'il traduit et imite, et dans la poésie de cour italienne et française découverte en ambassade. La chanson courtoise, l'épigramme classique et les Psaumes nourrissent ses autres registres ; la cour d'Henri VIII lui fournit sa matière d'angoisse.
Influences exercées
Il ouvre la voie à toute la lyrique élisabéthaine en important le sonnet et la manière pétrarquiste ; Surrey, son cadet, prolonge son œuvre, et Tottel's Miscellany diffuse leurs vers auprès de la génération de Sidney et de Shakespeare. Wyatt installe durablement la plainte amoureuse et la voix introspective dans la poésie anglaise.
Importance historique
Wyatt est le passeur qui fait entrer l'anglais dans la poésie de la Renaissance. Avant lui, le vers anglais restait médiéval ; après lui, le sonnet, la chanson d'amour pétrarquiste et une voix personnelle et tourmentée deviennent possibles. Ses meilleurs poèmes — intensément introspectifs, marqués par la trahison amoureuse et l'instabilité de la faveur royale — gardent une modernité saisissante. Mais sa vie se joue sur le fil du rasoir de la cour la plus dangereuse d'Europe. Associé de près à Anne Boleyn avant son mariage royal — certains ont supposé, sans preuve, une liaison —, Wyatt est emprisonné à la Tour de Londres en 1536 au moment de la chute de la reine, et aurait, dit la tradition, assisté aux exécutions depuis sa fenêtre. Libéré, de nouveau arrêté pour trahison en 1541, de nouveau gracié, il doit sa survie à son habileté et à de puissants protecteurs. Chez lui, la plainte amoureuse et l'angoisse du courtisan ne font qu'un : la poésie est l'exutoire d'un homme qui sait que la faveur d'un prince peut tuer.
