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Cathédrale Notre-Dame d'Alençon

Religieux·Alençon (61)
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À voir

La basilique Notre-Dame d'Alençon dresse au cœur de la vieille ville une façade qui tient autant de la dentelle que de la pierre. L'édifice que l'on admire aujourd'hui est né d'un chantier long et plusieurs fois interrompu, dont le passage du Moyen Âge finissant à la Renaissance a scellé la physionomie définitive.

Un chantier entre deux âges

C'est vers 1356 que Charles III, comte d'Alençon, fait entreprendre la construction d'un nouvel édifice pour sa ville. La guerre de Cent Ans ruine les ambitions et interrompt les travaux au début du XVe siècle. Il faut attendre les années 1470 pour que le chantier reprenne sous la conduite d'un maître maçon resté anonyme. Vers 1500, un nouveau maître d'œuvre, Jehan Lemoyne, prend la relève et donne à l'église son visage le plus mémorable. C'est à lui que l'on doit deux réalisations maîtresses, toutes deux d'un gothique flamboyant poussé à son comble : la voûte de la nef et, surtout, le grand porche occidental.

Le porche, dentelle de pierre

Le porche occidental d'Alençon compte parmi les plus somptueux de Normandie. Déployé sur trois pans, il forme une véritable dentelle de pierre où les arcs en accolade, les gâbles ajourés, les choux frisés et les pinacles se multiplient en un foisonnement vertigineux. Ce vocabulaire appartient encore au gothique flamboyant, mais il s'épanouit précisément à la charnière du XVe et du XVIe siècle, au moment où l'art français bascule vers des formes nouvelles. Le porche est le manifeste de cet art flamboyant à son apogée, juste avant que les motifs venus d'Italie ne s'imposent. Lemoyne y signe une virtuosité d'ornemaniste qui annonce, par son goût du décor envahissant, la sensibilité de la première Renaissance.

Les verrières de la Renaissance

C'est à l'intérieur que l'esprit nouveau se lit le plus clairement. Entre 1510 et 1530, un ensemble remarquable de verrières est mis en place dans la nef. Ces onze vitraux, œuvres de peintres-verriers de la Renaissance, racontent principalement la Vie de la Vierge et des épisodes bibliques. On y reconnaît l'évolution de l'art du vitrail au tournant du siècle : les compositions gagnent en profondeur, les architectures peintes s'inspirent des modèles italiens, les carnations et les drapés témoignent d'un sens nouveau du volume et de la couleur. Le jaune d'argent y joue avec les émaux pour donner aux scènes une luminosité et une richesse chromatique caractéristiques de cette génération de maîtres-verriers. Ces verrières constituent l'un des ensembles les plus précieux de la ville et l'une des grandes signatures Renaissance de l'édifice.

Une nef à la mesure du décor

La nef, voûtée par Lemoyne, prolonge à l'intérieur l'ambition du porche. Les piles élancées, les clefs pendantes et les réseaux de nervures composent un espace à la fois rigoureux et ornementé. L'ensemble forme une unité stylistique rare : porche, voûtes et verrières participent d'un même moment créateur, celui où Alençon, prospère grâce à sa dentelle et à ses marchands, se dote d'un sanctuaire digne de son rang. Les campagnes postérieures n'ont pas effacé cette cohérence : elles ont complété l'édifice sans en trahir l'élan premier.

Mémoire et honneurs récents

L'église a longtemps été le cœur religieux d'Alençon. Son histoire s'est trouvée relancée par la mémoire des époux Louis et Zélie Martin, parents de sainte Thérèse de Lisieux, étroitement liés à la ville. La béatification des époux Martin en octobre 2008 a conduit, en août 2009, à l'élévation de l'église au rang de basilique mineure par le pape Benoît XVI. Ce titre a consacré un édifice déjà reconnu pour sa valeur patrimoniale.

Il n'est pas indifférent que cette parure de pierre ait fleuri dans une ville promise, un siècle plus tard, à la gloire de la dentelle au point d'Alençon : la même recherche de la finesse, du motif ajouré et du travail patient semble unir le ciseau des tailleurs de pierre et l'aiguille des dentellières. Le porche occidental, avec ses trois pans ouvragés comme une résille, apparaît ainsi comme un manifeste de cet art du détail qui fit la réputation de la cité normande.

Aujourd'hui encore, qui franchit le porche flamboyant pour gagner la nef baignée par la lumière colorée des verrières embrasse d'un seul regard cette rencontre féconde entre la fin du gothique et l'aube de la Renaissance, moment où Alençon donna à sa grande église sa parure la plus durable.

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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026

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