À voir
Au cœur de la vieille ville de Saumur, blottie contre le château des ducs d'Anjou, l'église Saint-Pierre est de ces sanctuaires que l'on pousse par hasard et dont on ressort ébloui. Son architecture, née au Moyen Âge, dissimule un trésor d'une tout autre nature : un ensemble de tentures tissées à la Renaissance, parmi les plus belles de France, qui font de ce lieu l'un des hauts lieux de l'art textile du XVIe siècle.
Une architecture médiévale
L'église remonte pour l'essentiel aux XIIe et XIIIe siècles. Elle relève du style gothique angevin, dit « Plantagenêt », reconnaissable à ses voûtes bombées, où les nervures retombent en bouquets. Le chœur et le transept comptent parmi les parties les plus anciennes. La façade, elle, appartient à une autre époque : à la suite d'un affaissement des fondations survenu en 1674, la façade et une partie du massif occidental cédèrent, et furent reconstruites dans le goût classique du XVIIe siècle, qui masque aujourd'hui les volumes médiévaux.
Les tentures de la Renaissance
C'est par ses tapisseries que Saint-Pierre entre de plain-pied dans la Renaissance. L'église conserve la fameuse tenture de la Vie de saint Pierre, tissée à Tours au milieu du XVIe siècle : en six pièces, elle déroule une dizaine d'épisodes de la vie de l'apôtre, chaque scène commentée par une légende tissée au bas du drap. La première pièce fut livrée en 1545 et l'ensemble achevé en 1546. À cette suite s'ajoute la grande tenture de la Vie de saint Florent et de saint Florian, commandée en 1524 au peintre flamand Gauthier de Campes pour orner le chœur de l'ancienne abbatiale de Saint-Florent, et composée à l'origine de huit pièces totalisant près de vingt-huit scènes sur une quarantaine de mètres. Ces tentures, par leur qualité de dessin, l'éclat de leurs laines et le raffinement de leurs bordures, sont de pures œuvres Renaissance.
Un mobilier de qualité
L'église conserve en outre une belle série de stalles de bois du XVe siècle, témoin de l'art du menuisier gothique finissant, ainsi qu'un orgue installé au début du XIXe siècle, provenant de l'ancienne église des Cordeliers. Ce mobilier compose un intérieur chaleureux, propice au déploiement saisonnier des tapisseries sur les murs de la nef et du chœur. L'orgue, riche d'une trentaine de jeux sur trois claviers et pédalier, occupe la tribune au-dessus de l'entrée et accueille régulièrement des concerts.
Ce qu'il faut voir
On vient d'abord pour les tentures : il faut suivre, pièce après pièce, le récit de la Vie de saint Pierre, lire les légendes tissées, détailler les costumes et les architectures peintes dans la laine. On cherchera ensuite, selon les accrochages, la tenture de saint Florent, remarquable par son ampleur. On lèvera les yeux vers les voûtes bombées du gothique angevin, et l'on comparera la façade classique, née de l'accident de 1674, avec la rudesse des parties médiévales.
Le saviez-vous ?
Saumur possède l'un des plus importants patrimoines textiles de France : une soixantaine de tapisseries tissées entre le XVe et le XXe siècle, répartie entre ses églises, ce qui en fait, après Angers et sa fameuse Apocalypse, l'une des villes les plus riches du pays en ce domaine. La tenture de saint Florent, longtemps déposée, a retrouvé les murs de Saint-Pierre après une trentaine d'années d'absence et une campagne de restauration.
Classée au titre des monuments historiques en 1862, l'église Saint-Pierre de Saumur illustre une vérité souvent oubliée : la Renaissance ne s'est pas seulement exprimée dans la pierre, mais aussi dans le fil. Ici, sous des voûtes médiévales et derrière une façade classique, ce sont des laines tissées au temps de François Iᵉʳ qui portent l'esprit du siècle, avec un art du récit, de la couleur et de l'ornement qui rivalise avec la peinture. C'est un trésor fragile, que l'on déploie et que l'on protège, et qui fait de cette paroisse angevine un musée vivant de la tapisserie Renaissance. On mesure, devant ces tentures, combien la cité de Saumur fut, au siècle de François Iᵉʳ, un carrefour d'ateliers et de commandes prestigieuses, entre les métiers tourangeaux et l'influence des cartonniers flamands. Longtemps dispersé, parfois oublié, cet ensemble textile a retrouvé sa cohérence au fil des campagnes de restauration, et constitue aujourd'hui l'une des raisons majeures de pousser la porte de cette église que son voisinage avec le château pourrait faire négliger.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026











