Devant l'œuvre
Entrez doucement et levez la tête : cette voûte n'est pas seulement peinte de rinceaux, elle est peuplée de visages. Regardez ces médaillons, ces portraits inscrits dans des cercles, à la manière des médailles antiques — ce sont les parents et les compagnons de celui qui a commandé ce décor, Robert Stuart, seigneur d'Aubigny, maréchal de France et compagnon de Bayard. Rappelez-vous qui étaient ces gens : des Écossais installés en Berry depuis que Charles VII leur donna Aubigny, en 1422, au nom de la vieille alliance entre la France et l'Écosse. Robert revient des guerres d'Italie vers 1520 et il rapporte ce goût nouveau : à côté, dans la galerie, vous verrez les mêmes arabesques, les mêmes médaillons, dans le style de Blois. Observez maintenant, près de l'autel, les deux statues de pierre : c'est une Annonciation, vers 1525, et ce tabernacle de bois doré. Une chose encore, car elle est belle : ces peintures ont longtemps dormi sous d'autres couches, et c'est seulement vers 1930, lors d'une restauration, qu'on les a redécouvertes. Ce que vous voyez est donc un décor du temps de François Iᵉʳ, remonté à la lumière il y a moins d'un siècle.
Symbolisme & lecture iconographique
Le programme peint est d'abord un discours sur le lignage. En faisant figurer sur la voûte et les murs de son oratoire les effigies de ses proches et de ses compagnons, Robert Stuart inscrivait sa maison dans la mémoire et la prière : chaque médaillon, comme un portrait commémoratif, convoquait un parent ou un allié sous le regard de Dieu. Le choix du médaillon circulaire et du portrait « à l'antique » n'est pas neutre : il assimile la famille Stuart aux figures héroïques de l'Antiquité, dont la Renaissance a remis les profils à l'honneur sur les monnaies et les camées. Pour un capitaine franco-écossais nourri des guerres d'Italie, c'était affirmer à la fois la noblesse de son sang, sa culture nouvelle et sa place dans l'ordre chrétien. La chapelle unit ainsi la dévotion — soulignée par le tabernacle doré et l'Annonciation de pierre — et la glorification d'une lignée.
Analyse des émotions
On entre dans cette chapelle comme dans un livre d'heures ouvert sur une famille : la voûte peuplée de visages en médaillons donne le sentiment d'être entouré par la lignée des Stuart, veillée par ses morts et ses compagnons. La couleur ancienne, affleurant sous les restaurations, confère au lieu une intimité grave. L'émotion naît de cette rencontre entre la prière et la mémoire, dans un espace resserré où l'Écosse et l'Italie se donnent rendez-vous au cœur du Berry.
Secrets & mystères
Le grand épisode de l'histoire matérielle du décor est sa redécouverte : masquées au fil des siècles, les peintures furent remises au jour lors de la restauration des années 1930 conduite par Ypermann, qui révéla des fresques rattachées au XVIe siècle. Cette intervention tardive invite à distinguer soigneusement la couche Renaissance d'origine des reprises de restauration. Les sources décrivent des portraits de parents et de compagnons de Robert Stuart, mais l'identification nominative des figures reste, pour l'essentiel, à documenter. La datation même — « probablement XVIe siècle » dans les notices — s'appuie sur le style et sur la concordance avec la campagne de Robert Stuart plutôt que sur un document d'archive daté.
Le saviez-vous ?
Le saviez-vous ? Ces fresques avaient disparu de la mémoire des lieux : c'est au cours d'une restauration menée vers 1930, confiée au restaurateur Ypermann, qu'on les redécouvrit sous les murs de la chapelle. On y reconnut alors des peintures du XVIe siècle, voulues par Robert Stuart d'Aubigny, compagnon d'armes du chevalier Bayard.

