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Cognac à la Renaissance

Cognac à la Renaissance : la ville natale de François Iᵉʳ, son château au bord de la Charente, la ligue de 1526 et ce qu'il faut voir.

Cognac à la Renaissance

À la Renaissance, Cognac est une ville de commerce, une résidence princière et, pendant un moment décisif, un lieu où se joue l'équilibre politique de l'Europe. On y voit naître François Iᵉʳ, arriver des influences artistiques italiennes et s'affronter les ambitions des rois comme les convictions religieuses. Pour retrouver cette ville du XVIᵉ siècle, il faut regarder au-delà des grandes maisons de cognac, dont la prospérité et les bâtiments appartiennent surtout aux siècles suivants.

Une ville de rivière et de commerce

L'histoire commence au bord de la Charente. Lorsque s'ouvre la Renaissance, Cognac possède déjà un long passé marchand. La ville médiévale s'est développée autour de trois pôles : le château, le prieuré Saint-Léger et le port saunier. Le sel venu de la côte atlantique remonte le fleuve vers l'intérieur des terres. Le commerce du vin prend également de l'importance. La rivière relie ainsi Cognac à des territoires bien plus vastes que son arrière-pays immédiat. Elle constitue à la fois une voie de circulation, une ressource économique et un élément essentiel de la position stratégique de la ville.

Le château, berceau de François Iᵉʳ

Le château domine ce paysage de passages et d'échanges. Le 12 septembre 1494, Louise de Savoie y donne naissance au futur François Iᵉʳ, fils de Charles d'Orléans, comte d'Angoulême. Cognac devient ainsi le berceau d'un souverain qui incarnera largement la Renaissance française. Il faut cependant distinguer naissance et enfance : après la mort de Charles, Louise quitte Cognac avec ses enfants en 1498 pour s'installer à Amboise. François ne grandit donc pas exclusivement dans le château cognaçais. Sa mère, sa sœur Marguerite et lui conserveront néanmoins un attachement à cette demeure familiale.

Cette histoire familiale donne à Cognac une place particulière dans la géographie des Valois. Avant d'être un roi bâtisseur et un protecteur des artistes, François appartient à une branche de la famille royale implantée en Angoumois. Sa sœur, la future Marguerite de Navarre, est née à Angoulême. Les deux villes sont ainsi liées par une même histoire dynastique, mais chacune possède son propre rôle : à Cognac, la naissance du roi et ses retours donnent au château une dimension personnelle autant que politique.

Les retours du roi

Devenu roi en 1515, François Iᵉʳ revient dans sa ville natale. En 1520, son séjour s'accompagne de trois semaines de fêtes et de banquets. De tels passages font temporairement entrer Cognac dans le rythme de la cour. La présence du souverain implique des besoins de logement, de ravitaillement et de service, tout en offrant aux autorités locales l'occasion de manifester leur fidélité. En 1526, au retour de sa captivité en Espagne, François choisit de nouveau Cognac. Le château devient alors le cadre d'un retour aux affaires après l'une des plus graves épreuves de son règne.

Un château entre gothique et Renaissance

L'architecture du château permet de comprendre comment la Renaissance s'installe dans une demeure plus ancienne. Reconstruit au XVe siècle après les destructions de la guerre de Cent Ans, l'édifice conserve des formes médiévales, notamment des éléments défensifs, des escaliers et des décors gothiques. Sous François Iᵉʳ, les travaux se poursuivent. Un long bâtiment est élevé le long de la Charente à partir de 1517. La résidence associe ainsi des espaces hérités du château fort à de nouveaux aménagements princiers. Les voûtes d'ogives ne disparaissent pas soudainement avec l'arrivée de la Renaissance. Plusieurs langages architecturaux coexistent dans un même ensemble, au gré des fonctions et des campagnes de construction.

Le retable de Cognac : l'Italie à la cour

L'un des témoignages les plus remarquables de cette ambition artistique se trouve aujourd'hui dans les collections de Sèvres : le retable de Cognac, daté vers 1520 et attribué à Girolamo della Robbia. Cet artiste florentin travaille à Cognac entre 1518 et 1520. Le retable ornait une chapelle du château et aurait été commandé par François Iᵉʳ pour honorer sa mère, à laquelle appartenait la demeure. Sa partie centrale représente la Naissance de la Vierge. Réalisée en terre cuite émaillée, l'œuvre montre combien les techniques et les artistes italiens participent à la transformation du décor des résidences françaises.

Ce retable raconte aussi la circulation européenne des images. Sa composition reprend une gravure de Dürer publiée en 1511. Une image allemande nourrit donc le travail d'un artiste italien pour une commande princière française. Les emblèmes de François Iᵉʳ et de Louise de Savoie inscrivent la famille dans le décor religieux. Cognac apparaît ici comme un lieu concret de rencontre entre dévotion, représentation du pouvoir et création artistique.

La ligue de Cognac (1526)

La ville entre plus directement encore dans l'histoire européenne avec la ligue de Cognac, conclue le 22 mai 1526. L'année précédente, François Iᵉʳ a été vaincu et capturé à Pavie, pendant les guerres d'Italie. Emprisonné en Espagne, il a accepté les conditions très sévères du traité de Madrid pour retrouver sa liberté. Une fois revenu en France, il conteste ces engagements et cherche à contenir la puissance de Charles Quint. La question dépasse largement une rivalité personnelle : les succès de l'empereur inquiètent plusieurs États italiens, qui redoutent de perdre leur autonomie.

L'alliance rassemble la France, le pape Clément VII, Venise, Florence et le duc de Milan, Francesco Sforza. Elle vise notamment à rétablir un équilibre en Italie et à obtenir la libération des fils du roi, laissés en otages. Le nom de Cognac se retrouve ainsi attaché à une coalition internationale. Il ne faut pas imaginer pour autant tous ces souverains réunis autour d'une même table dans le château : cette diplomatie passe par des représentants, des négociations et des échanges de documents. Mais le choix de Cognac comme lieu de conclusion de l'accord donne à la ville une portée politique exceptionnelle.

La porte Saint-Jacques et la ville marchande

Pendant que se négocient ces affaires, la vie marchande continue autour des quais et des portes. La porte Saint-Jacques en demeure un témoin particulièrement parlant. Reconstruite à la fin du XVe siècle avec ses deux tours rondes, elle commande l'accès à un pont reliant la ville au faubourg Saint-Jacques. Le pont de l'époque, disparu en 1855, arrivait directement devant elle. Son emplacement permet de comprendre l'articulation entre la ville close, le franchissement du fleuve et les échanges commerciaux. En 1526, François Iᵉʳ accorde aussi des privilèges aux négociants de sa ville natale : le lien royal possède donc une dimension économique.

Les maisons de la Renaissance

À l'intérieur des murs, la Renaissance se lit également dans les maisons. La maison dite de la Lieutenance, rue Grande, conserve une structure associant un rez-de-chaussée en pierre et des étages à pans de bois. Ses éléments anciens remontent à la fin du XVe et au XVIᵉ siècle. Elle rappelle que la ville de François Iᵉʳ comprend aussi des habitations et des espaces de travail issus de traditions constructives médiévales. La modernité artistique des résidences royales ne transforme pas simultanément toutes les rues. Son nom de « Lieutenance » renvoie d'ailleurs à une occupation ultérieure, au début du XVIIᵉ siècle.

L'église Saint-Léger

L'église Saint-Léger constitue un autre repère essentiel. Elle est bien antérieure à la Renaissance, mais reste un lieu majeur de la vie religieuse au XVIᵉ siècle. Son architecture résulte de plusieurs périodes, avec notamment un chevet gothique et une rose flamboyante du XVe siècle. Cette continuité compte : les habitants de la Renaissance prient, se réunissent et organisent leur vie paroissiale dans des bâtiments hérités de leurs prédécesseurs. L'ensemble religieux connaîtra aussi les destructions des conflits, puis les reconstructions du XVIIᵉ siècle. Son apparence actuelle ne correspond donc pas exactement à celle qu'aurait connue un contemporain de François Iᵉʳ.

Réforme et guerres de Religion

La seconde moitié du siècle transforme profondément l'histoire locale. Les idées de la Réforme s'implantent dans la région et une communauté protestante se constitue à Cognac. Les divisions religieuses deviennent bientôt des affrontements politiques et militaires. La vallée de la Charente est directement concernée par les guerres de Religion. En 1569, la bataille de Jarnac, à proximité de Cognac, se solde par la défaite des protestants et la mort du prince de Condé. La guerre n'est plus une affaire lointaine menée en Italie. Elle touche désormais les villes, les campagnes et les voies de circulation de la région.

En 1570, la paix de Saint-Germain donne à Cognac un statut majeur : elle devient l'une des quatre places de sûreté accordées aux protestants, avec La Rochelle, Montauban et La Charité-sur-Loire. Cette garantie, initialement prévue pour deux ans, doit leur permettre de disposer de villes fortes assurant leur sécurité. Le choix de Cognac révèle son importance stratégique. Quelques décennies après avoir accueilli la diplomatie de François Iᵉʳ, la ville devient un élément du difficile équilibre entre la monarchie et le parti protestant.

Pour les habitants, ces décennies signifient une alternance d'espoirs de paix et de reprises de guerre. Les questions de culte se mêlent à celles de l'autorité, de la sécurité et de la coexistence quotidienne. L'histoire de la Renaissance cognaçaise comprend donc à la fois les fêtes royales, les commandes artistiques et les fractures religieuses. L'édit de Nantes, en 1598, ouvre enfin un cadre de pacification plus durable à l'échelle du royaume, même si les tensions ne disparaissent pas.

Et le cognac dans tout cela ?

Au XVIᵉ siècle, l'histoire de l'eau-de-vie est encore en formation. Les marchands des Pays-Bas jouent un rôle important dans le commerce des vins de la région et dans le développement de leur distillation. Transformer le vin permet notamment d'en faciliter la conservation et le transport. Mais il serait anachronique d'imaginer François Iᵉʳ dégustant une eau-de-vie identique aux cognacs actuels. La double distillation se développe au siècle suivant, et les grandes maisons qui structurent ensuite la renommée internationale du produit apparaissent plus tard. La Renaissance prépare cette évolution grâce au vignoble, au fleuve et aux réseaux marchands. Elle ne possède pas encore l'organisation commerciale ni tous les savoir-faire du cognac des siècles suivants.

La mémoire du roi

La mémoire du roi a également produit ses propres images et récits. Dans le parc François-Ier, une tradition situe la naissance du souverain sous un orme, au cours d'une promenade de Louise de Savoie. C'est une légende locale, à distinguer de sa naissance au château. La statue équestre qui domine la place François-Ier relève d'une autre époque encore : réalisée par Antoine Étex, elle est inaugurée en 1864. Elle témoigne de la manière dont le XIXᵉ siècle a célébré le roi et inscrit son souvenir dans l'espace urbain.

Un parcours dans la ville

Pour retrouver Cognac à la Renaissance, le regard peut donc suivre un parcours très concret : le fleuve et les abords de l'ancien port, la porte Saint-Jacques, le château, les maisons de la rue Grande, puis Saint-Léger. Ces lieux permettent de passer du commerce au pouvoir, de l'habitat à la religion. Entre eux se dessine une ville où un prince est né, où des œuvres nouvelles ont été commandées, où une alliance européenne a été négociée et où les divisions du royaume ont pris une forme locale. La singularité de Cognac au XVIᵉ siècle tient à cette rencontre entre une ville de rivière et les grandes ambitions de la Renaissance.