
✦ Illustre ✦
Anna Maria van Schurman
femme savante, artiste & théologienne
Contributions & œuvres
On l'appelait « l'étoile d'Utrecht » et « la Minerve hollandaise ». Anna Maria van Schurman fut, tout simplement, la femme la plus savante de son siècle en Europe : maîtresse de quatorze langues, théologienne, philosophe, poétesse, peintre, graveuse et sculptrice, elle fut la première femme admise — fût-ce derrière un rideau — aux cours d'une université. Sa vie pose, avec quatre siècles d'avance, la question de la place des femmes dans le savoir.
Le prodige d'Utrecht
Née à Cologne en 1607 dans une famille protestante fortunée (bientôt établie à Utrecht), Anna Maria manifesta enfant des dons stupéfiants. Son père choisit, chose rarissime, de lui donner la même éducation qu'à ses frères. Elle apprit le latin, le grec, l'hébreu, puis l'arabe, le syriaque, l'araméen, l'éthiopien et jusqu'à une douzaine d'autres langues ; elle rédigea même une grammaire de l'éthiopien. Parallèlement, elle excella dans tous les arts : gravure sur cuivre, découpe de papier, portraits miniatures à la pointe de diamant sur verre, modelage — au point d'être reçue membre d'honneur de la gilde de Saint-Luc d'Utrecht (1643). Sa réputation traversa l'Europe : elle correspondait avec les plus grands savants (Descartes, Constantijn Huygens), et princes et reines — jusqu'à Christine de Suède — venaient la visiter comme une merveille.
Le combat, la rupture — et sa part d'ombre
En 1636, à l'ouverture de la nouvelle université d'Utrecht, elle fut autorisée à suivre les cours — mais assise dans une loge fermée d'un rideau, dérobée aux regards des étudiants masculins. Première femme dans une université néerlandaise, elle en incarna les limites autant que la percée. En 1641, elle publia une Dissertatio argumentée, en latin, soutenant que les femmes sont aptes aux études et aux sciences — texte pionnier du débat sur l'éducation féminine, aussitôt traduit et discuté dans toute l'Europe. Sa part d'ombre, ou plutôt son paradoxe, est double. D'une part, elle-même resta prudente : elle défendait le droit des femmes au savoir, mais surtout pour les célibataires et sans remettre frontalement en cause l'ordre social. D'autre part, sa vieillesse déconcerta ses admirateurs : vers 1669, la femme la plus savante d'Europe renonça à l'érudition pour rejoindre la secte piétiste et austère du prédicateur Jean de Labadie, vivant en communauté, rejetant les « vanités » de la science qui avaient fait sa gloire. Dans son autobiographie Eukleria, elle justifia ce choix comme la seule vraie liberté. Scandale pour les uns, cohérence spirituelle pour les autres : celle qui avait tout su choisit, à la fin, de tout quitter.
Infos / repères
Anna Maria van Schurman naquit à Cologne en 1607 et mourut à Wieuwerd (Frise) en 1678. Femme la plus savante de son temps (quatorze langues), artiste reçue à la gilde de Saint-Luc d'Utrecht, elle fut la première femme à suivre les cours d'une université néerlandaise (Utrecht, 1636) et défendit le droit des femmes à l'étude (Dissertatio, 1641). Elle finit sa vie chez les labadistes.
Anecdote mémorable
Quand Anna Maria van Schurman fut autorisée, en 1636, à assister aux cours de l'université d'Utrecht, ce ne fut pas sur les bancs avec les étudiants, mais dans une petite loge grillagée ou masquée d'un rideau, aménagée pour qu'elle pût écouter sans être vue. Ce détail dit tout de son époque : la femme la plus savante d'Europe ne pouvait apprendre qu'invisible. Elle força pourtant la porte — et son nom ouvre, dans l'histoire, la longue marche des femmes vers l'université.
Importance historique
On l'appelait « l'étoile d'Utrecht » et « la Minerve hollandaise ». Anna Maria van Schurman fut, tout simplement, la femme la plus savante de son siècle en Europe : maîtresse de quatorze langues, théologienne, philosophe, poétesse, peintre, graveuse et sculptrice, elle fut la première femme admise — fût-ce derrière un rideau — aux cours d'une université. Sa vie pose, avec quatre siècles d'avance, la question de la place des femmes dans le savoir.
