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Portrait de Christopher Marlowe

✦ Illustre ✦

Christopher Marlowe

1564-1593·dramaturge et poète

Contributions & œuvres

Fils d'un cordonnier de Cantorbéry, boursier de la King's School puis du Corpus Christi College de Cambridge, Christopher Marlowe meurt à vingt-neuf ans mais révolutionne le théâtre anglais en quelques pièces fulgurantes. Avec Tamburlaine le Grand (v. 1587), il impose sur la scène publique un vers blanc d'une ampleur nouvelle — la « mighty line » saluée plus tard par Ben Jonson — porté par des héros démesurés assoiffés de pouvoir et de connaissance. Suivent La Tragique Histoire du docteur Faust, où un savant vend son âme au diable, Le Juif de Malte, Édouard II — l'un des premiers grands drames historiques anglais, à la sexualité royale frontale — et Le Massacre de Paris. Poète, il laisse la traduction des Amours d'Ovide, le début inachevé de Héro et Léandre et la célèbre pastorale Le Berger passionné à sa bien-aimée. Son théâtre, antérieur de peu à celui de Shakespeare, lui ouvre directement la voie : sans Marlowe, le vers dramatique élisabéthain n'aurait pas eu sa langue.

Anecdote mémorable

Le 30 mai 1593, Marlowe passe la journée dans une maison de Deptford, au bord de la Tamise, en compagnie de trois hommes aux attaches troubles avec le renseignement d'État — Ingram Frizer, Nicholas Skeres et Robert Poley. Une querelle éclate, dit le rapport, à propos du « reckoning », la note à payer. Frizer frappe : la lame entre au-dessus de l'œil droit et tue le poète sur le coup. L'homme sera gracié trois semaines plus tard, l'affaire classée en légitime défense. Le compte rendu du coroner est resté introuvable jusqu'à ce que l'érudit Leslie Hotson le retrouve aux archives en 1925 — relançant, plutôt qu'éteignant, les hypothèses d'un assassinat politique maquillé en rixe de taverne.

Influences reçues

Formé aux humanités classiques à Cambridge, il nourrit son œuvre d'Ovide (qu'il traduit), de Lucain, de la pensée de Machiavel et des récits de conquête de son temps. Le théâtre de Sénèque et la rhétorique universitaire lui fournissent le moule que son vers fait éclater.

Influences exercées

Il donne au théâtre anglais sa première grande voix tragique et son vers blanc de référence, dont Shakespeare, son cadet exact, hérite directement. Ses héros titanesques et transgressifs — Faust surtout — hantent la littérature européenne jusqu'au romantisme (le mythe faustien, Goethe) et la culture moderne du savant damné.

Importance historique

Marlowe est le premier à prouver que le vers blanc pouvait devenir l'instrument naturel de la grande scène anglaise, souple et puissant à la fois : il invente, littéralement, la musique sur laquelle Shakespeare écrira. Ses protagonistes — le conquérant Tamerlan, le damné Faust, le machiavélique Barabas — incarnent une modernité inquiète, l'homme qui défie Dieu, la morale et les limites du savoir. Il porte aussi, le premier, l'ambition de la Renaissance continentale dans le théâtre populaire de Londres. Mais sa trajectoire est trouée d'ombres qui en font une figure sulfureuse autant que géniale. Les documents le montrent mêlé au renseignement élisabéthain, probablement employé par le réseau de Walsingham lors de ses absences de Cambridge. Peu avant sa mort, un informateur, le « Baines note », l'accuse d'athéisme, de blasphème et de propos séditieux — accusations qui pouvaient conduire au bûcher. Sa réputation d'esprit libre, voire de provocateur, brouille la part du mythe et celle du fait : on ne sait toujours pas si l'homme pensait ce qu'on lui prêtait, ou s'il fut victime de dénonciations. Sa mort violente a scellé la légende du poète maudit avant l'heure.

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