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Portrait de William Shakespeare

✦ Illustre ✦

William Shakespeare

1564-1616·dramaturge et poète
« Te comparerai-je à un jour d'été ? Tu es plus tendre et plus tempéré. »

Contributions & œuvres

Né à Stratford-upon-Avon, fils d'un gantier et marchand de laine, Shakespeare monte à Londres à la fin des années 1580 et devient acteur, actionnaire et auteur attitré de la troupe des Lord Chamberlain's Men, rebaptisée King's Men sous Jacques Iᵉʳ. En une vingtaine d'années il compose une quarantaine de pièces : comédies lumineuses (Le Songe d'une nuit d'été, La Nuit des rois), grandes tragédies (Hamlet, Othello, Le Roi Lear, Macbeth), drames historiques (Richard III, Henry V) et romances tardives (Le Conte d'hiver, La Tempête), jouées au théâtre du Globe qu'il contribue à financer. Il publie aussi deux poèmes narratifs à succès, Vénus et Adonis (1593) et Le Viol de Lucrèce (1594), dédiés au comte de Southampton, puis un recueil de 154 Sonnets (1609). Écrivant pour une scène populaire, il mêle vers blanc et prose, approfondit sans précédent la vie intérieure des personnages et forge une langue d'une inventivité inégalée. Sept ans après sa mort, ses camarades Heminges et Condell réunissent trente-six pièces dans le Premier Folio (1623), sauvant de l'oubli la moitié de son théâtre.

Anecdote mémorable

Son testament de 1616 ne lègue à sa femme Anne Hathaway qu'un bref ajout glissé entre les lignes : « mon second meilleur lit ». La formule a fait couler des flots d'encre — mépris conjugal ou tendresse pour le lit du couple, le meilleur étant réservé aux hôtes ? On ne saura jamais. Sur sa dalle de l'église Holy Trinity de Stratford, une épitaphe gravée menace quiconque toucherait à ses restes : « Bon ami, pour l'amour de Jésus, abstiens-toi / De creuser la poussière ici enclose. / Béni soit l'homme qui épargne ces pierres, / Et maudit soit celui qui remue mes os. » La malédiction a tenu : sa tombe n'a jamais été ouverte.

Influences reçues

Il puise chez Ovide et Sénèque, dans les Vies de Plutarque traduites par North (pour les pièces romaines), chez les chroniqueurs Holinshed et Hall (drames historiques), dans les nouvelles italiennes (Roméo et Juliette, Othello). Le vers blanc et l'ambition tragique de son aîné Christopher Marlowe lui ouvrent la voie ; la scène populaire londonienne lui fournit son public et sa liberté de ton.

Influences exercées

Modèle absolu du théâtre moderne, il a nourri le drame romantique allemand et français (Goethe, Hugo, qui en fit un étendard), le roman psychologique, l'opéra (Verdi : Otello, Falstaff), puis le cinéma mondial. Le vers blanc shakespearien a fixé la musique de la tragédie anglaise ; sa manière de camper des caractères contradictoires est devenue la grammaire tacite de la fiction occidentale.

Importance historique

Shakespeare est devenu le centre de gravité de la littérature occidentale. Son théâtre a imposé l'idée que la scène pouvait sonder l'âme humaine — le doute de Hamlet, la jalousie d'Othello, l'aveuglement de Lear — avec une profondeur qu'on croyait réservée à la poésie ou à la théologie. Sa langue a durablement irrigué l'anglais : des centaines de tournures et de mots lui sont attribués, et nul auteur n'est plus joué, traduit, cité ni réinventé, du drame romantique au cinéma mondial. Les formules « être ou ne pas être », « tout le monde est un théâtre » appartiennent au patrimoine commun. Pourtant l'homme reste en grande partie une énigme : on ignore presque tout de ses années de formation, sa biographie se réduit à des actes notariés, et le contraste entre l'universalité de l'œuvre et la rareté des traces a nourri d'interminables théories sur l'identité du « vrai » auteur — thèses que l'érudition tient pour sans fondement. On oublie aussi que ce génie fut un homme d'affaires avisé, soucieux de blason familial et d'acquisitions foncières à Stratford, où il se retira prospère. Le dramaturge qui a donné voix à toutes les passions a laissé de lui-même un silence presque parfait.

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