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Portrait de Edmund Spenser

✦ Illustre ✦

Edmund Spenser

v.1552-1599·poète

Sur les pas de Edmund Spenser — ses œuvres & ses lieux sur la carte →

« Un jour j'écrivis son nom sur le sable, mais vinrent les vagues qui l'effacèrent. »

Contributions & œuvres

Né à Londres dans une famille modeste, formé à la Merchant Taylors' School puis à Cambridge, Edmund Spenser s'impose comme le plus ambitieux poète de l'ère élisabéthaine. Il se révèle en 1579 avec Le Calendrier du berger, suite de douze églogues pastorales calquées sur les mois de l'année, qui renouvelle la langue poétique anglaise. Son grand œuvre est La Reine des fées (The Faerie Queene, 1590-1596), vaste épopée allégorique à la gloire d'Élisabeth Iʳᵉ, où chaque livre incarne une vertu (sainteté, tempérance, chasteté, justice…) à travers les aventures de ses chevaliers. Pour la porter, Spenser invente une strophe neuf vers — la « strophe spensérienne » — restée l'une des formes majeures de la poésie anglaise. Il écrit encore le cycle amoureux des Amoretti et l'Épithalame, somptueux poème de noces pour son propre mariage, ainsi que des élégies et des pamphlets. Fonctionnaire de la couronne en Irlande, il mène de front carrière coloniale et œuvre poétique.

Anecdote mémorable

En octobre 1598, la révolte de Tyrone embrase le sud de l'Irlande : les rebelles brûlent le château de Kilcolman, où Spenser s'était installé sur des terres confisquées. Le poète fuit vers l'Angleterre, ruiné, et meurt à Westminster quelques semaines plus tard, en janvier 1599, dans le dénuement — Ben Jonson prétendra même qu'il mourut « faute de pain ». On l'enterre dans l'abbaye de Westminster, tout près de Chaucer, le maître qu'il s'était choisi : ainsi naît le futur « coin des poètes ». La tradition rapporte que les poètes de Londres suivirent le cortège et jetèrent dans la fosse leurs élégies manuscrites et les plumes qui les avaient écrites.

Influences reçues

Il hérite de Virgile et d'Ovide, de l'Arioste (Roland furieux) et du Tasse pour l'épopée chevaleresque, de la pastorale de Théocrite et de Chaucer qu'il révère comme son modèle anglais. Le néoplatonisme et le protestantisme élisabéthain nourrissent son allégorie des vertus.

Influences exercées

Père de l'épopée anglaise et inventeur de la strophe spensérienne, il façonne durablement la grande poésie britannique : Milton le revendique, les romantiques (Keats, Shelley, Byron adoptant sa strophe) le vénèrent, Tennyson et les préraphaélites puisent dans son imaginaire féerique. Il fixe l'idée d'une poésie nationale ambitieuse en langue vulgaire.

Importance historique

Spenser est le poète qui donne à l'anglais sa première grande épopée nationale et prouve que la langue vernaculaire peut rivaliser avec Homère, Virgile et l'Arioste. Son ambition — forger un poème total, moral, politique et musical — et son invention de la strophe spensérienne en font le « poète des poètes » : Milton, Keats, Shelley, Tennyson reconnaîtront en lui un maître. Sa langue volontairement archaïsante crée un monde féerique, un idéal de beauté formelle qui traverse les siècles. Mais l'homme a une face plus âpre, souvent occultée. Colon zélé du royaume d'Irlande, bénéficiaire de terres confisquées à Munster, il est l'auteur d'un traité en prose, A View of the Present State of Ireland, qui prône des mesures d'une dureté extrême pour soumettre la population gaélique — y compris la famine comme arme. Le chantre de la vertu et de la courtoisie fut aussi un rouage de la conquête, et la splendeur de son allégorie se double d'une idéologie impériale sans concession. Ce contraste fait de lui une figure que la critique moderne relit sans complaisance.

Monuments associés (1)