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Portrait de Francis Bacon

✦ Illustre ✦

Francis Bacon

1561-1626·philosophe, essayiste et lord chancelier
« Car la science elle-même est puissance. »

Contributions & œuvres

Fils du garde des Sceaux d'Élisabeth, formé à Cambridge et au droit, Francis Bacon mène de front une carrière politique au sommet et une œuvre qui refonde la pensée. Avocat, parlementaire, puis sous Jacques Iᵉʳ procureur général, lord garde des Sceaux et enfin lord chancelier d'Angleterre (1618), fait baron Verulam puis vicomte de St Albans, il est l'un des hommes les plus puissants du royaume. Mais c'est comme penseur qu'il marque l'histoire. Dans Le Progrès du savoir (1605) puis le Novum Organum (1620), il attaque la logique scolastique héritée d'Aristote et pose les fondements de la méthode expérimentale : la connaissance doit naître de l'observation patiente de la nature et de l'induction, non de l'autorité des Anciens. Son projet d'une refonte totale des sciences, la Grande Restauration (Instauratio Magna), reste inachevé. Il est aussi, avec ses Essais (1597, enrichis jusqu'en 1625), le créateur de l'essai en langue anglaise — prose dense, sentencieuse, nourrie d'expérience du monde — et l'auteur d'une utopie scientifique, La Nouvelle Atlantide.

Anecdote mémorable

Au début d'avril 1626, selon le récit de John Aubrey dans ses Brief Lives, Bacon voyage en carrosse près de Highgate, sous la neige, quand lui vient une idée d'expérience : la neige pourrait-elle conserver la chair comme le sel ? Il descend, achète une poule à une paysanne, et de ses propres mains l'emplit de neige pour observer l'effet du froid sur la putréfaction. Il y gagne un refroidissement brutal, une fièvre, et meurt quelques jours plus tard, le 9 avril 1626. Que l'anecdote soit exacte ou enjolivée, elle a valeur de symbole : le penseur de la méthode expérimentale serait mort d'une expérience, la curiosité poussée jusqu'au sacrifice de soi.

Influences reçues

Il se construit en réaction contre Aristote et la scolastique médiévale, tout en empruntant à l'humanisme de la Renaissance, à Machiavel pour l'analyse réaliste du pouvoir, et à Montaigne pour la forme de l'essai, qu'il transforme en anglais. Le droit et la pratique politique nourrissent son sens de l'observation.

Influences exercées

Père revendiqué de l'empirisme et de la méthode expérimentale, il inspire Hobbes (son secrétaire un temps), Locke, la Royal Society et tout l'esprit scientifique anglais ; les encyclopédistes français en font un héros fondateur. Sa formule assimilant savoir et puissance résume le programme de la modernité technique.

Importance historique

Bacon est le prophète de la science moderne : avant les découvertes, il en pense la méthode et le sens. En proclamant que le savoir doit servir à « soulager la condition humaine » et s'édifier par l'expérience plutôt que par la déférence aux autorités, il trace le programme qui inspirera la Royal Society et les Lumières ; Diderot et d'Alembert le placeront en tête de l'Encyclopédie. Sa prose d'essayiste, concise et mémorable, façonne un genre entier. Pourtant l'homme offre un contraste vertigineux entre la hauteur de sa pensée et les compromissions de sa carrière. Courtisan habile, il avait participé en 1601 à la poursuite judiciaire du comte d'Essex, son ancien protecteur, ce qu'on lui reprocha comme une ingratitude. Surtout, parvenu au sommet comme lord chancelier, il fut accusé en 1621 d'avoir accepté des présents de plaideurs, reconnut les faits, fut destitué, brièvement emprisonné et lourdement condamné. Le théoricien de l'honnêteté intellectuelle finit sa vie disgracié, retiré à Gorhambury, consacrant ses dernières années à l'œuvre scientifique qui lui vaudra l'immortalité.