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Portrait de Léonard de Vinci

✦ Illustre ✦

Léonard de Vinci

Génie universel — vit ses dernières années en France à Amboise

France : 1516 – 1519 (Amboise)

Les dernières années d'un esprit toujours en mouvement — 1516–1519

À l'automne 1516, Léonard de Vinci quitte l'Italie pour rejoindre la cour de François Ier. Il a soixante-quatre ans. Derrière lui se trouvent Florence, Milan, Rome, des protecteurs disparus, des œuvres admirées et des projets demeurés inachevés. Devant lui, un jeune roi lui propose une résidence à Amboise et les moyens de poursuivre son travail. Léonard s'installe au manoir du Cloux, aujourd'hui appelé Clos Lucé, accompagné notamment de son disciple Francesco Melzi et de son serviteur Battista de Villanis. Il emporte des manuscrits, des dessins et plusieurs tableaux auxquels il reste profondément attaché. Sa période française durera moins de trois ans, jusqu'à sa mort le 2 mai 1519. Elle constitue un dernier chapitre d'une remarquable densité, où se rencontrent peinture, architecture, ingénierie et représentation du pouvoir. www.vinci-closluce.com

Pour comprendre ce départ, il faut revenir sur les relations déjà anciennes de Léonard avec les Français. Né en 1452 près de Vinci et formé à Florence dans l'atelier de Verrocchio, il s'est imposé à Milan au service de Ludovic Sforza. La conquête française de 1499 bouleverse ce premier équilibre. Quelques années plus tard, il travaille pourtant pour Charles d'Amboise, gouverneur français du Milanais, et pour Louis XII. Les guerres déplacent les artistes, mais elles créent aussi de nouvelles relations de mécénat. L'installation de Léonard en France prolonge donc des liens noués en Italie. Après un séjour romain sous la protection de Julien de Médicis, mort en 1516, l'invitation de François Ier lui offre un nouvel environnement de travail. minerva.bibliotheque-institutdefrance.fr

Un roi, un artiste et une ambition commune

François Ier, par Jean ClouetLe château royal d'Amboise

François Ier et le château royal d'Amboise : le souverain et le cadre de la vie de cour à laquelle participe Léonard.

François Ier accueille un homme dont les compétences dépassent largement la peinture. Léonard peut concevoir un bâtiment, étudier le mouvement de l'eau, imaginer un costume ou organiser un spectacle. La Royal Collection souligne que ses activités françaises relèvent surtout de cette capacité de conception. Pour le souverain, disposer d'un tel homme auprès de sa cour est aussi une manifestation de prestige. On peut lire cette invitation comme un geste politique et culturel : la monarchie française entend participer pleinement à la création artistique et intellectuelle qui fait la renommée des cours italiennes. L'admiration du roi et l'utilité du conseiller se renforcent mutuellement. www.rct.uk

Au Clos Lucé, Léonard reçoit le titre de « Premier peintre, ingénieur et architecte du Roi ». La demeure est proche du château royal d'Amboise, mais elle lui procure un cadre de travail distinct de la vie cérémonielle du palais. Il y reçoit des visiteurs, poursuit ses études et conserve auprès de lui les matériaux accumulés pendant des décennies. Ce lieu doit être imaginé comme une maison habitée par un travail en cours : les tableaux ne sont pas encore les icônes isolées que présentent les musées, et les feuilles de dessins sont des outils de réflexion que leur auteur peut reprendre, comparer ou compléter. www.vinci-closluce.com

Dans ses bagages, des tableaux encore vivants

La JocondeLa Vierge, l'Enfant Jésus et sainte AnneSaint Jean-Baptiste

La Joconde, La Sainte Anne et Saint Jean-Baptiste : trois œuvres associées au dernier séjour français de Léonard, aujourd'hui conservées au Louvre.

Un témoignage permet d'entrer dans cette dernière demeure avec une précision exceptionnelle. Le 10 octobre 1517, le cardinal Louis d'Aragon rend visite à Léonard. Son secrétaire, Antonio de Beatis, consigne la rencontre. Il mentionne trois peintures : un portrait de femme florentine, un saint Jean-Baptiste et une Vierge avec l'Enfant et sainte Anne. Le portrait est généralement identifié à La Joconde, même si la formulation de son récit a nourri des discussions sur la commande initiale. Cette visite constitue un repère essentiel : les tableaux accompagnent bien Léonard dans sa vie française, plusieurs siècles avant de devenir les œuvres emblématiques du Louvre. collections.louvre.fr

La présence de La Joconde en France ne signifie donc pas qu'elle y a été conçue. Le portrait a été commencé à Florence vers 1503. Léonard l'a conservé pendant de longues années, poursuivant son exécution au lieu de s'en séparer. Le Louvre situe très probablement son acquisition par François Ier en 1518, une formulation prudente qu'il convient de conserver. Il ne s'agit pas d'un tableau rapporté par Napoléon, mais d'une œuvre entrée dans les collections royales à la Renaissance. Son parcours illustre une pratique singulière : chez Léonard, un tableau peut demeurer longtemps un champ d'expérimentation, plutôt qu'une commande livrée à une date définitive. collections.louvre.fr

Le corps s'affaiblit, le regard continue de chercher

Dessin de déluge, Royal Collection, Windsor

Les dessins de déluges appartiennent aux recherches tardives de Léonard. L'eau y devient une force capable de bouleverser le paysage.

Ces dernières années sont néanmoins marquées par l'affaiblissement physique. En octobre 1517, un témoignage signale la paralysie de son bras droit. La cause exacte demeure incertaine. Cette limitation n'empêche pas toute activité graphique, comme en témoignent les dessins tardifs. Parmi eux, les représentations de déluges montrent des masses d'eau, des tourbillons et des forces capables de submerger le monde. On peut y voir une méditation sur la puissance de la nature, mais il serait abusif d'en faire un journal intime dont chaque image révélerait une angoisse précise. Le fait observable est celui d'une recherche visuelle qui se poursuit jusque dans les dernières années. www.rct.uk

Romorantin, le grand projet inachevé

Étude pour le palais de Romorantin

Des études du palais à la Sauldre : à Romorantin, Léonard envisage ensemble les bâtiments et leur territoire.

Le projet français le plus ambitieux de Léonard concerne Romorantin. François Ier et sa mère, Louise de Savoie, envisagent d'y développer une résidence royale d'une ampleur exceptionnelle. Léonard étudie un palais et l'organisation de son environnement urbain. La Sauldre devient l'un des éléments directeurs de sa réflexion. Le projet associe architecture, circulation et aménagement hydraulique, dans la perspective plus vaste d'un réseau de voies d'eau. Le musée de Sologne rappelle que cette cité royale devait prendre place au centre de communications fluviales reliant, dans l'ambition du projet, l'Atlantique à la Méditerranée. romorantin.com

Il faut mesurer ce que cette démarche implique. Léonard ne considère pas seulement la façade que le roi montrera à ses visiteurs. Il étudie aussi le terrain sur lequel construire, le comportement de la rivière et les transformations nécessaires autour du palais. Le dossier du musée de Sologne documente des terrassements et des remblais destinés à surélever une parcelle, à la protéger des inondations et à préparer une plateforme de construction. Des travaux se poursuivent intensément en 1517 et 1518. Romorantin n'est donc pas uniquement une rêverie conservée sur papier, même si le grand ensemble imaginé n'aboutit pas. Il faut toutefois distinguer ces travaux préparatoires de la réalisation effective des bâtiments projetés. www.romorantin-leprojetoubliedeleonarddevinci.fr

À Romorantin se révèle une manière de penser caractéristique de Léonard : le bâtiment appartient à un territoire dont il faut comprendre les mouvements. Une rivière peut apporter des ressources, faciliter les déplacements et menacer les constructions. L'ingénieur doit composer avec ces possibilités contradictoires. Ses études françaises prolongent ainsi les recherches hydrauliques entreprises en Italie. Le palais royal devient le point de rencontre entre une ambition politique et une enquête sur la nature. Les dessins et les études hydrographiques associés au projet montrent cette continuité, même si les raisons exactes de son abandon ne doivent pas être ramenées à une explication unique et certaine. www.chambord-archeo.com

Chambord, la présence d'une pensée

L'escalier à double révolution de Chambord

L'escalier à double révolution et l'organisation du château nourrissent le rapprochement avec les recherches de Léonard. Son rôle précis demeure discuté.

Le nom de Léonard est également inséparable de Chambord, mais le lien demande davantage de prudence. Le chantier débute en septembre 1519, quelques mois après sa mort. Il n'a donc pas dirigé la construction du château que nous visitons. Les chercheurs ont néanmoins rapproché les dispositions du monument de ses études : organisation autour d'un centre, circulation en spirale, escaliers à plusieurs volées indépendantes. L'escalier à double révolution, que deux personnes peuvent emprunter simultanément sans se rencontrer sur les marches, appartient à cet univers d'expérimentation architecturale. www.chambord.org

L'hypothèse d'une contribution de Léonard à la conception de Chambord est sérieuse et largement discutée. Elle n'équivaut cependant pas à la découverte de plans signés démontrant qu'il serait l'auteur de tout l'édifice. Les recherches archéologiques précisent le projet initial sans résoudre définitivement l'identité de son ou de ses concepteurs. Il est donc plus exact de parler d'une possible participation de Léonard et d'une influence de ses recherches, au sein d'une entreprise collective soutenue par François Ier. Cette incertitude fait partie de l'histoire du monument. Elle ne diminue ni son originalité ni l'intérêt du rapprochement. www.chambord-archeo.com

Émerveiller la cour

Étude de costume pour une mascarade

Étude de costume pour une mascarade, vers 1517–1518 : le dessin révèle aussi le Léonard concepteur de spectacles.

Un autre aspect de sa période française est plus éphémère, mais essentiel : Léonard organise des fêtes pour la cour. Au printemps 1518, ses talents sont mobilisés pour de grandes cérémonies à Amboise. Il participe à la conception des décors et des effets destinés à émerveiller les spectateurs. L'expérience acquise auprès des cours italiennes trouve ici un nouveau public. Pour comprendre cette activité, il faut imaginer le regard d'un ambassadeur devant un dispositif qui transforme momentanément un lieu familier. La surprise, la maîtrise technique et la magnificence deviennent les signes visibles des ressources du souverain. www.chateau-amboise.com

Ces spectacles ne représentent pas une occupation secondaire dans la vie d'un artiste de cour. Ils mobilisent la connaissance des mouvements, des matériaux, de l'espace et de la perception. Le même esprit peut étudier un mécanisme, dessiner une architecture et imaginer ce qu'un public verra apparaître devant lui. En France, Léonard retrouve ainsi une activité qu'il avait pratiquée à Milan. Dans le même temps, il reprend le classement de ses notes, probablement avec l'espoir d'en tirer des textes organisés. Sa dernière période conjugue donc les inventions destinées à l'instant d'une fête et le souci de transmettre un travail accumulé pendant toute une vie. brunelleschi.imss.fi.it

Transmettre une vie de recherches

Page de carnet de Léonard de Vinci

Les carnets réunissent textes et dessins. Cette image illustre l'héritage manuscrit de Léonard, constitué sur plusieurs décennies, et non exclusivement pendant son séjour français.

Le 23 avril 1519, Léonard fait établir son testament. Il lègue à Francesco Melzi ses manuscrits et ses dessins. Ce choix aura une importance considérable. Melzi rassemble ensuite des extraits consacrés à la peinture, contribuant à préserver une pensée qui n'avait pas été publiée du vivant du maître. Après sa mort, les papiers seront dispersés, parfois découpés ou recomposés. Leur transmission sera donc très différente de celle des peintures royales. L'image moderne de Léonard comme penseur aux intérêts multiples doit beaucoup à la conservation et à l'étude progressive de ces documents. minerva.bibliotheque-institutdefrance.fr

La mort de l'homme, la naissance d'une légende

Ingres, François Ier reçoit les derniers soupirs de Léonard de Vinci (1818)

Ingres, 1818, Petit Palais. Cette peinture met en scène une légende : elle ne représente pas une présence attestée de François Ier au chevet de Léonard.

Léonard meurt au Clos Lucé le 2 mai 1519, à soixante-sept ans. La célèbre scène où François Ier le soutient dans ses derniers instants appartient à la légende rapportée par Vasari. Au XIXᵉ siècle, Ingres lui donne une force visuelle durable dans François Ier reçoit les derniers soupirs de Léonard de Vinci, peint en 1818. Cette image exprime idéalement la proximité du prince et de l'artiste, mais elle ne constitue pas un témoignage sur la mort de Léonard. Sa valeur est celle d'une représentation historique construite longtemps après les faits. www.vinci-closluce.com

Selon son souhait, Léonard est d'abord inhumé dans la collégiale Saint-Florentin, à l'intérieur de l'enceinte du château royal d'Amboise. Cette église disparaît au début du XIXᵉ siècle. Des fouilles conduites en 1863 mettent au jour des restes attribués à l'artiste, transférés en 1874 dans la chapelle Saint-Hubert. La tombe que l'on découvre aujourd'hui n'est donc pas sa sépulture à son emplacement d'origine. Elle conserve la mémoire d'une inhumation dont l'histoire a été bouleversée par la destruction du premier édifice et par les recherches du XIXᵉ siècle. www.chateau-amboise.com

La chapelle Saint-Hubert du château d'Amboise

La chapelle Saint-Hubert du château d'Amboise et la sépulture où furent transférés les restes attribués à Léonard.

Aujourd'hui, sa période française se lit à travers plusieurs lieux complémentaires. Au Clos Lucé, on approche le cadre de ses dernières années, avec des espaces et des dispositifs de médiation dont il faut distinguer les reconstitutions des témoignages anciens. Au château d'Amboise, la chapelle Saint-Hubert conserve sa mémoire funéraire. À Romorantin, le musée de Sologne permet de découvrir l'ampleur d'un projet largement disparu. À Chambord, les circulations et l'escalier donnent une forme sensible aux questions que ses recherches posent encore. Enfin, au Louvre, les peintures qu'il avait gardées auprès de lui prolongent son séjour français bien au-delà de 1519. Le lien le plus émouvant entre ces lieux tient peut-être à cela : Léonard arrive en France avec des œuvres déjà anciennes pour lui, mais qu'il considère encore comme vivantes, ouvertes à la recherche et à la transformation. www.vinci-closluce.com


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