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Cathédrale Notre-Dame de Lescar — édifice religieux à Lescar (Pyrénées-Atlantiques (64)) (64), monument historique (Classé MH)

✦ Monument ✦

Cathédrale Notre-Dame de Lescar

1120-1220 (édifice roman) ; campagne Renaissance et tombeaux royaux 1490-1620·Religieux·Lescar (Pyrénées-Atlantiques (64)) (64)·Classé MH
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À voir

Perchée sur une colline dominant le gave de Pau, la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Lescar est l'un des plus anciens et des plus vénérables édifices du Béarn. Monument roman du XIIe siècle, elle doit sa place singulière dans l'histoire de la Renaissance non à son architecture, demeurée médiévale, mais à son destin de nécropole des rois de Navarre, où reposèrent les figures majeures d'une dynastie au cœur de la Renaissance et de la Réforme.

Un sanctuaire roman

L'édifice actuel est construit en 1120 sous l'impulsion de l'évêque Guy de Lons, et confirmé dans sa dignité de cathédrale en 1145. De cette époque romane subsistent des éléments remarquables : des chapiteaux historiés portant des scènes bibliques, et surtout une exceptionnelle mosaïque de pavement du XIIe siècle, unique en France, où l'on distingue notamment un énigmatique chasseur maure unijambiste. Cet art roman, marqué par les influences venues des chemins de Compostelle et de l'Espagne voisine, fait de Lescar un jalon précieux de l'architecture religieuse du Sud-Ouest.

La nécropole des rois de Navarre

C'est à la fin du XVe siècle que la cathédrale accède à un rôle dynastique de premier plan : elle devient la nécropole des rois de Navarre. François Phébus y est inhumé en 1483, suivi de Catherine de Navarre, de son époux Jean d'Albret, et de plusieurs de leurs enfants. Parmi les sépultures les plus illustres figurent celles d'Henri II d'Albret, roi de Navarre, et de son épouse Marguerite d'Angoulême — la célèbre Marguerite de Navarre, sœur du roi François Ier, protectrice des lettres et des humanistes, auteur de l'Heptaméron, l'une des plus grandes figures de la Renaissance française. Ce couple royal n'était autre que les grands-parents du futur roi Henri IV. Reposer à Lescar plaçait ainsi le sanctuaire béarnais au cœur des destinées de la France et de la Navarre au XVIe siècle.

Les fureurs de la Réforme

Le XVIe siècle apporta aussi à Lescar l'épreuve. Jeanne d'Albret, fille de Marguerite et d'Henri II, acquise aux idées réformées, fit de la Navarre un bastion du protestantisme. Le 21 août 1569, les troupes protestantes commandées par Gabriel de Montgomery saccagèrent la cathédrale : la châsse de saint Galactoire fut détruite, les images et les autels abattus, et les tombeaux royaux profanés. Ce déchaînement s'inscrit dans les guerres de Religion qui ensanglantèrent le royaume, et il explique que l'on cherche aujourd'hui en vain, à Lescar, les monuments funéraires d'origine : la Renaissance y a laissé une mémoire plus qu'un décor, celle d'une dynastie et d'un affrontement religieux qui façonna le siècle.

Restaurations et mobilier

Les siècles suivants réparèrent peu à peu les blessures : voûtes refaites, mobilier et stalles renouvelés, ornements liturgiques reconstitués. L'orgue, construit en 1869 par Georges Wenner, est lui-même classé au titre des monuments historiques. La cathédrale, classée monument historique dès 1840, a bénéficié de campagnes de restauration régulières, reprises depuis 2006, qui ont sauvé la mosaïque romane et consolidé l'édifice.

Lire Lescar à l'aune de la Renaissance

L'honnêteté commande de le dire : Lescar est un édifice roman, et son architecture ne doit rien au style de la Renaissance. Mais rares sont les églises où le XVIe siècle est à ce point présent par l'histoire. Entre les sépultures des Albret, le souvenir de Marguerite de Navarre et la mémoire des violences de 1569, la cathédrale béarnaise se fait le théâtre silencieux d'un siècle décisif. Qui gravit la colline de Lescar ne vient pas y chercher un portail italianisant ou une voûte peinte à l'antique, mais la trace, poignante, d'une maison royale qui fut au centre de la Renaissance et des bouleversements religieux de la France. De Marguerite de Navarre, qui tint à Nérac et à Pau une cour ouverte aux poètes et aux humanistes, à sa fille Jeanne d'Albret, qui embrassa la Réforme, et jusqu'à son petit-fils Henri IV, c'est toute une lignée qui s'est jouée en ces terres béarnaises. La vieille cathédrale romane, par ses pierres meurtries et ses sépultures disparues, en demeure le reliquaire silencieux, et invite à relire, sous la ferveur médiévale, l'un des chapitres les plus décisifs du XVIe siècle français.

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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026

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