Le maréchal de Schomberg, né au château de Durtal, a servi plusieurs souverains européens. Quel événement marqua la fin de sa carrière militaire exceptionnelle ?
À voir
Dressé au-dessus du Loir, à la lisière de l'Anjou et du Baugeois, le château de Durtal est l'un de ces monuments où se lisent, superposées, toutes les étapes de l'architecture française, de la forteresse de l'an mil à la résidence Renaissance capable d'accueillir la cour des Valois.
De Foulque Nerra à la reconstruction du XVe siècle
Les premières fondations remontent très haut : Foulque Nerra, le redoutable comte d'Anjou, aurait jeté dès 1040 les bases d'un château à Durtal, que son fils Geoffroy Martel acheva au milieu du XIe siècle. L'édifice actuel, lui, date pour l'essentiel du XVe siècle : il est reconstruit après la guerre de Cent Ans par la famille de La Jaille. Deux grosses tours rondes rythment encore l'ensemble — la tour sud-est, du XIIIe siècle, et la tour nord-est, plus vaste, du XIVe — qui témoignent de la vocation défensive primitive du site. L'ensemble couvre quelque 5 600 m² sur un plan rectangulaire, bâti dans la pierre ocre jaune des carrières voisines des Rairies et dans le tuffeau.
Le château Renaissance du maréchal de Vieilleville
Le tournant décisif se joue au XVIe siècle. Le château appartient alors à François de Scépeaux, seigneur de Vieilleville (1509-1571), homme de guerre et courtisan accompli : gentilhomme de la chambre du roi, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, ambassadeur auprès de l'Angleterre et de l'Empire, membre du Conseil, gouverneur des Trois-Évêchés et maréchal de France en 1559. Cette carrière au plus près du pouvoir explique à la fois les moyens et le goût qui présidèrent à la transformation de Durtal. C'est lui qui fait édifier l'aile sud, dotée d'une façade Renaissance et d'une galerie décorée servant de salle de banquet. Sous sa houlette, Durtal passe de la forteresse à la résidence d'apparat et devient un haut lieu de réception pour la cour. Le maréchal y meurt le 30 novembre 1571, dans ce château qu'il avait transformé.
Une demeure fréquentée par les rois
Durtal a eu l'honneur de recevoir plusieurs souverains et grandes figures de la monarchie. On y compte le roi René, puis, au fil des XVIe et XVIIe siècles, Henri II, Charles IX et Catherine de Médicis, mais aussi Louis XIII et Marie de Médicis. Ces visites, attestées, confirment le rang de la demeure : au siècle de la Renaissance, un château qui reçoit le roi et sa cour doit offrir galeries, salles d'apparat et confort, ce que l'aile de Vieilleville vint précisément apporter. La forteresse des comtes d'Anjou s'était faite palais.
Ce qu'il faut voir
Le regard doit d'abord saisir le contraste entre les deux grosses tours médiévales et la façade Renaissance de l'aile sud, où la rudesse de la pierre défensive cède la place à l'ordonnance régulière et au décor sculpté. On remarquera les fenêtres à meneaux, caractéristiques du passage du gothique flamboyant à la Renaissance, et la position inhabituellement basse des mâchicoulis, un dispositif que l'on retrouve aussi à Langeais et au Plessis-Bourré, autres grands châteaux angevins. La pierre ocre des Rairies donne à l'ensemble sa couleur chaude si particulière. Le château est classé au titre des monuments historiques depuis 1900 ; la porte Veron, qui faisait partie des défenses de la ville, l'a été en 1950.
Le saviez-vous ?
Durtal illustre parfaitement la trajectoire de tant de forteresses angevines à la Renaissance : au lieu de raser le vieux château, on le prolonge d'une aile moderne, on y perce de grandes fenêtres, on y aménage une galerie pour les fêtes. La demeure du maréchal de Vieilleville n'est pas un pastiche médiéval mais une véritable résidence de cour, pensée pour recevoir des rois. Le promeneur qui longe le Loir embrasse d'un seul regard cinq siècles d'architecture : les tours des comtes d'Anjou, le logis reconstruit par les La Jaille après la guerre de Cent Ans, et la façade raffinée voulue par un maréchal de France au cœur du XVIe siècle. Peu de châteaux offrent une telle condensation de l'histoire monumentale française.
Histoire
Château médiéval reconstruit à la Renaissance au XVIe siècle par les Champagne puis les Schomberg. Le maréchal de Schomberg (1615-1690), général protestant au service de plusieurs souverains européens, y naquit. Aujourd'hui EHPAD (maison de retraite), les extérieurs sont visibles librement. Classé Monument Historique.
Contes, légendes & anecdotes
Le maréchal de Schomberg, né à Durtal, fut l'un des militaires les plus remarquables du XVIIe siècle : protestant, il servit successivement la France, le Portugal, le Brandebourg et l'Angleterre, terminant sa vie comme maréchal d'Angleterre sous Guillaume III d'Orange. Il mourut à 75 ans à la bataille de la Boyne (1690) en Irlande — ce qui lui valut une réputation de 'vieux guerrier intrépide'. Sa statue orne le château de Windsor.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026

















