Louis de la Saussaye a transformé Troussay en véritable musée de la Renaissance en y rassemblant des éléments architecturaux sauvés de châteaux disparus.
À voir
Niché près de Cheverny, en Sologne, le château de Troussay revendique un titre singulier : celui du plus petit des châteaux de la Loire. Mais ce cadet des bords de Loire a tout des grands. Derrière ses dimensions modestes se cache une collection raffinée d'éléments Renaissance — salamandre, porc-épic, chapiteaux sculptés — patiemment réunis pour en faire, selon une jolie formule, « le château de tous les châteaux ».
Une maison des bords de Loire au temps de François Ier
Les premières constructions remontent à 1450 environ, mais les parties les plus anciennes conservées appartiennent à la Renaissance, lorsque le domaine est tenu par Robert de Bugy, directeur des greniers à sel de Blois et écuyer de François Ier. Ce service auprès du roi inscrit d'emblée Troussay dans l'orbite de la cour itinérante des Valois, qui faisait alors du Blésois et de la Sologne le cœur battant du royaume. La famille de Bugy conserve le domaine jusqu'en 1732, date à laquelle la dernière demoiselle de Bugy le vend à la famille Pelluys. Le XVIIe siècle avait entre-temps agrandi la demeure d'un corps central flanqué de deux ailes et l'avait dotée de jardins à la française.
Louis de la Saussaye, un sauveur d'ornements
Le visage que Troussay offre aujourd'hui doit beaucoup à Louis de la Saussaye, qui hérite du domaine au début du XIXe siècle. Historien des châteaux de la Loire, archéologue, membre de l'Institut de France et recteur, ami de Prosper Mérimée et comme lui précurseur de la défense du patrimoine, il consacra sa vie à relever la noblesse de Troussay. Sa méthode fut originale : il recueillit de nombreux éléments décoratifs provenant de prestigieux monuments de la vallée de la Loire laissés en ruine, et les remploya dans sa demeure. Accompagné de l'architecte Louis de la Morandière, il fit ainsi de Troussay un florilège de la Renaissance ligérienne, un concentré d'un art que l'on voyait alors disparaître.
Un florilège d'emblèmes royaux
Les ornements rassemblés à Troussay se lisent comme un abécédaire de la Renaissance française. On y trouve la salamandre, emblème de François Ier, sur la porte d'une tour ; le porc-épic, emblème de Louis XII, provenant de l'hôtel Hurault de Cheverny à Blois ; des chapiteaux Renaissance venus du château de Bury, chef-d'œuvre disparu du premier art Renaissance ; ainsi qu'un relief d'inspiration italienne. La façade dite François Ier, influencée par Chambord, associe incrustations d'ardoise et fenêtres à meneaux de pierre ; la façade dite Louis XII mêle gothique tardif et premier Renaissance, avec panneaux en plis de serviette et lucarnes, et une tour reprenant le réseau de briques rouges et noires de l'aile Louis XII du château de Blois. À l'intérieur, les six pièces du rez-de-chaussée conservent des pavements de tomettes rouges et jaunes, un plafond à la française dans la salle à manger et des peintures en grisaille à l'italienne, figurant des amours, dans le petit salon.
Un parc et des décors préservés
Le jardin à la française d'origine, abandonné au XVIIIe siècle, a laissé place au XIXe siècle à un parc à l'anglaise où s'épanouissent un cèdre du Liban du XVIIIe siècle, des séquoias et un cèdre bleu. Une aile de communs abrite un musée de la Sologne, où instruments agricoles et objets anciens évoquent la vie rurale d'autrefois. Le château demeure habité, ce qui lui confère une atmosphère de demeure vivante plutôt que de musée figé.
Ce qu'il faut chercher du regard
On cherchera d'abord la salamandre de François Ier sur la porte de la tour, puis le porc-épic de Louis XII, ces deux emblèmes royaux résumant la rivalité et la continuité des règnes. On comparera ensuite les deux façades, François Ier et Louis XII, pour voir comment Troussay juxtapose les étapes de la Renaissance. À l'intérieur, les tomettes, le plafond à la française et les grisailles d'amours méritent l'attention, de même que les chapiteaux venus de Bury, ultimes témoins d'un château anéanti.
Le saviez-vous ?
Troussay est, à sa manière, un conservatoire involontaire de la Renaissance ligérienne. Chaque fragment remployé par Louis de la Saussaye — un chapiteau de Bury, un porc-épic de Blois — fut arraché à la destruction pour revivre ici. Visiter le plus petit château de la Loire, c'est donc aussi parcourir, en miniature, la mémoire de demeures aujourd'hui disparues, rassemblées par la passion d'un érudit du XIXe siècle épris de son siècle d'or.
Histoire
Petit château Renaissance du XVIe siècle, dernier château de la Loire appartenant à l'historien et archéologue Louis de la Saussaye (XIXe s.) qui y rassembla des éléments architecturaux sauvés de châteaux disparus. L'édifice est une synthèse de pièces éparses de la Renaissance. Inscrit Monument Historique.
Contes, légendes & anecdotes
Louis de la Saussaye fit de Troussay un véritable 'musée en plein air' de la Renaissance : il y transporta des cheminées monumentales, des boiseries et des décors de châteaux demolisés ou abandonnés dans la région. Ce sauvetage passionné au XIXe siècle a préservé des œuvres qui auraient autrement été perdues. Troussay est aussi réputé pour son potager médiéval et son pressoir du XVIe siècle encore fonctionnel.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026

















