Qui était Ninon de Lenclos, la célèbre figure associée à Villarceaux ?
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Au creux d'un vallon du Vexin français, le domaine de Villarceaux étend ses étangs, ses terrasses et ses futaies sur un vaste parc clos. Deux châteaux s'y répondent à des niveaux différents : en bas, près de l'eau, un logis de la Renaissance que l'on nomme le château du bas ou manoir de Ninon ; en haut de la colline, un élégant château du XVIIIe siècle. C'est le premier qui intéresse l'histoire de la Renaissance, car il garde, sous les frondaisons, la mémoire d'un XVIe siècle raffiné, où l'architecture d'agrément s'enracinait encore dans les vestiges d'un ancien domaine fortifié.
Un site habité depuis le Moyen Âge
La terre de Villarceaux est occupée de longue date, et le château du bas a été profondément remanié durant le Moyen Âge et jusqu'au XVIe siècle. De cet état ancien subsiste la tour Saint-Nicolas, tour d'angle qui comptait parmi les éléments de l'ancien ensemble défensif, ainsi que des murs de clôture. Ces vestiges rappellent que la demeure Renaissance ne surgit pas de rien : elle s'installe sur l'emprise d'une basse-cour médiévale, réutilisant les assises et les points d'eau d'un site déjà organisé autour de ses sources.
Le manoir de Ninon, logis de 1560
Le cœur Renaissance du domaine est ce logis élevé vers 1560, sur l'emplacement de l'ancienne basse-cour médiévale, au bord de l'eau. Il conserve de remarquables décors des XVIe et XVIIe siècles : plafonds à grotesques, boiseries peintes, témoins du goût ornemental de la Renaissance finissante, où l'on aimait couvrir les surfaces de rinceaux, de figures fantastiques et d'entrelacs hérités des modèles italiens. Avec sa tour et son passage voûté, le manoir au bord de l'étang forme un ensemble pittoresque, étroitement lié au paysage d'eau qui l'entoure, alimenté par de nombreuses sources naturelles.
Ninon de Lenclos et le marquis de Villarceaux
Le logis doit son surnom à une figure du XVIIe siècle, mais indissociable de sa légende. Ninon de Lenclos (1620-1705), femme d'esprit et de beauté célèbre dans tout Paris, y séjourna plusieurs étés durant, alors qu'elle était la maîtresse de Louis de Mornay, marquis de Villarceaux. Le manoir au bord de l'eau devint ainsi le théâtre discret d'une liaison restée fameuse, et la demeure Renaissance se chargea d'une aura galante qui n'a cessé depuis d'accompagner son nom. Cette postérité littéraire prolonge, à sa manière, la vocation de retraite raffinée que le XVIe siècle avait donnée au lieu.
Le château du haut et le parc
Au siècle suivant, le domaine se dote d'une résidence plus ambitieuse. Le château du haut est construit de 1755 à 1759 par l'architecte Jean-Baptiste Courtonne, dans le style Louis XV, au sommet de la colline. Les deux demeures, séparées par la dénivellation et par les époques, composent un dialogue saisissant entre l'esprit de la Renaissance et celui du siècle des Lumières. Entre elles s'étagent des jardins en terrasses, un grand étang de plusieurs hectares et des pièces d'eau que nourrissent les nombreuses sources du vallon : un paysage composé, où l'architecture et le végétal se tiennent en équilibre. Le parc clos s'étend sur une soixantaine d'hectares, au sein d'un domaine beaucoup plus vaste, et conserve un colombier et des dépendances qui prolongent l'esprit rural et aristocratique du lieu. Cette continuité du jardin, de l'eau et du bâti fait de Villarceaux un exemple abouti de la demeure de plaisance pensée en harmonie avec son site.
Protection et patrimoine
Le domaine de Villarceaux est classé au titre des monuments historiques depuis septembre 1941, et ses jardins portent le label « Jardin remarquable ». Propriété aujourd'hui gérée par la Région Île-de-France, dans le cadre d'un bail de longue durée consenti par une fondation, le domaine conjugue la conservation du patrimoine et une gestion écologique du parc. On y vient lire, en un seul lieu, plusieurs siècles d'histoire : la tour médiévale, le manoir de la Renaissance avec ses décors de grotesques, le château classique sur la hauteur. Villarceaux offre ainsi l'un des rares ensembles où le logis Renaissance a survécu intact au sein d'un grand domaine, protégé par l'eau, la pierre ancienne et le souvenir de ceux qui l'ont habité.
Histoire
Le domaine de Villarceaux est mentionné au XIIe siècle, lorsque Louis VII y fait ériger un prieuré bénédictin. La seigneurie est attestée dès le XIIIe siècle. Au XVe siècle, un château fort remplace la maison fortifiée d'origine, intégré à la ligne défensive du royaume face à la Normandie. Au XVIe siècle, la famille de Mornay transforme le château médiéval en élégante demeure Renaissance. Les jardins et pièces d'eau (alimentés par 32 sources naturelles) sont redessinés à l'italienne. Sous Louis XIV, Louis de Mornay, marquis de Villarceaux (capitaine de la meute royale et proche du roi), y abrite ses amours avec la célèbre Ninon de Lenclos (Anne de l'Enclos, 1620-1705), courtisane et femme de lettres. Ninon séjourne plusieurs années au manoir, qui conserve de cette époque des boiseries peintes et un portrait de Françoise Scarron — future Madame de Maintenon, épouse morganatique de Louis XIV. En 1755, Charles-Jean-Baptiste du Tillet, marquis de la Bussière, fait démanteler le vieux château féodal et construit le château du Haut (Jean-Baptiste Courtonne, architecte) — l'un des derniers et plus beaux édifices de style Louis XV d'Île-de-France. Le domaine appartient aujourd'hui à la Région Île-de-France, gérée en bail emphytéotique depuis 1974 et en cours de restauration ambitieuse.
Contes, légendes & anecdotes
Ninon de Lenclos (1620-1705) fut l'une des femmes les plus célèbres du XVIIe siècle : courtisane, épistolière, philosophe épicurienne, elle tint pendant 40 ans le salon le plus couru de Paris (Fontenelle, La Rochefoucauld, Lully, La Fontaine, Racine, Molière, le futur Régent…). En 1656, la reine Anne d'Autriche, scandalisée, la fit enfermer dans un couvent — mais la reine Christine de Suède demanda à la rencontrer en privé lors de son passage à Paris. Ninon vécut à Villarceaux plusieurs années dans une idylle champêtre avec Louis de Mornay — le 'Miroir de Ninon' (bassin où se reflète le château du Haut) perpétue son souvenir. Un portrait de la jeune Françoise Scarron (future Madame de Maintenon) se trouve dans le salon du manoir — preuve d'une amitié étonnante entre les deux femmes, que Voltaire immortalisera dans un dialogue philosophique. Honoré de Balzac séjourna aussi au château de Nointel voisin — les bords de l'Oise inspira plusieurs de ses romans. La tour Saint-Nicolas abrite dans sa cave une source d'eau qui permettait aux habitants de résister aux sièges sans manquer d'eau — un système défensif médiéval unique.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026











