Histoire de l'art — Contexte & Singularité
Deux générations de la peinture d'Utrecht se regardent dans ce panneau carré. Anthonis Mor, devenu le portraitiste des cours d'Europe, peint son vieux maître Jan van Scorel deux ans avant la mort de celui-ci. C'est l'hommage d'un élève parvenu au sommet à l'homme qui lui a tout appris.
Guide du regard — le sujet et ses signes Regardez l'âge : Mor ne farde rien — barbe grise, traits marqués, mains de vieil homme. Cherchez ce que Scorel tient (attributs de sa double nature d'ecclésiastique et d'artiste). Puis lisez l'inscription latine sur le parapet peint : Mor s'y déclare « peintre du roi d'Espagne » et dédie l'œuvre « au peintre Jean Scorel », datée 1560. C'est un document signé — un artiste rend justice à un autre, et se situe lui-même dans une lignée.
Guide du regard — comment regarder Notez le format carré, rare et frontal, qui concentre tout sur la présence. Observez la maîtrise du rendu des matières — la peau, le poil, l'étoffe, le bois du parapet — cette froideur précise, presque photographique, qui fit de Mor le portraitiste le plus demandé de Philippe II. Suivez le regard de Scorel : lucide, un peu las. Mor a appris de lui l'art du visage vrai, et le lui rend ici, porté à sa perfection.
Le saviez-vous ?
Ce portrait est l'une des trois seules effigies connues de Scorel. Il fut plus tard accroché près de son tombeau. Mor, né à Utrecht et formé par Scorel, portraitura Charles Quint, Philippe II et Marie Tudor : par lui, l'art du portrait du Nord conquit les cours des Habsbourg — d'où le tag circulation.
Sources
- 1.Society of Antiquaries of London, Londres, Royaume-Uni, inv. LDSAL 338 (legs du Rév. Thomas Kerrich, 1828)

