HitsMap
Portret van Jan van Scorel — Anthonis Mor, 1560

✦ Peinture ✦

Portrait de Jan van Scorel — Anthonis Mor, 1560

Anthonis Mor

1560 (inscrit et daté)·Society of Antiquaries of London, Londres, Royaume-Uni · Londres
Faire le puzzle de l'œuvre

Histoire de l'art — Contexte & Singularité

Deux générations de la peinture d'Utrecht se regardent dans ce panneau carré. Anthonis Mor, devenu le portraitiste des cours d'Europe, peint son vieux maître Jan van Scorel deux ans avant la mort de celui-ci. C'est l'hommage d'un élève parvenu au sommet à l'homme qui lui a tout appris.

Guide du regard — le sujet et ses signes Regardez l'âge : Mor ne farde rien — barbe grise, traits marqués, mains de vieil homme. Cherchez ce que Scorel tient (attributs de sa double nature d'ecclésiastique et d'artiste). Puis lisez l'inscription latine sur le parapet peint : Mor s'y déclare « peintre du roi d'Espagne » et dédie l'œuvre « au peintre Jean Scorel », datée 1560. C'est un document signé — un artiste rend justice à un autre, et se situe lui-même dans une lignée.

Guide du regard — comment regarder Notez le format carré, rare et frontal, qui concentre tout sur la présence. Observez la maîtrise du rendu des matières — la peau, le poil, l'étoffe, le bois du parapet — cette froideur précise, presque photographique, qui fit de Mor le portraitiste le plus demandé de Philippe II. Suivez le regard de Scorel : lucide, un peu las. Mor a appris de lui l'art du visage vrai, et le lui rend ici, porté à sa perfection.

Le saviez-vous ?

Ce portrait est l'une des trois seules effigies connues de Scorel. Il fut plus tard accroché près de son tombeau. Mor, né à Utrecht et formé par Scorel, portraitura Charles Quint, Philippe II et Marie Tudor : par lui, l'art du portrait du Nord conquit les cours des Habsbourg — d'où le tag circulation.

Sources

  1. 1.Society of Antiquaries of London, Londres, Royaume-Uni, inv. LDSAL 338 (legs du Rév. Thomas Kerrich, 1828)

Le peintre

👤

Anthonis Mor

v.1517 (Utrecht) – 1577 (Anvers)

Rôle : peintre (portraitiste de cour)

Il est né à Utrecht vers 1517, à l'ombre du Dom, et il a peint les visages les plus puissants d'Europe : l'empereur, la reine d'Angleterre, le roi d'Espagne. Anthonis Mor — que l'Espagne appela Antonio Moro — fut le grand portraitiste des cours de la maison de Habsbourg. Un fils d'Utrecht dont les tableaux ornent aujourd'hui le Prado : la démonstration éclatante qu'un peintre des Pays-Bas pouvait conquérir le monde.

D'Utrecht aux cours d'Europe

Mor apprend son métier à Utrecht, dans l'atelier de Jan van Scorel — l'homme qui avait rapporté l'Italie aux Pays-Bas du Nord (voir sa fiche), maître aussi de Maarten van Heemskerck. De ce foyer utrechtois, Mor tire un dessin ferme et un sens aigu du modèle vivant. Puis sa carrière s'envole. Vers 1548, il entre au service du cardinal Antoine Perrenot de Granvelle, l'un des grands ministres de Charles Quint. Dès lors, il ne cesse de voyager d'une cour à l'autre : il peint Philippe II à Bruxelles (1549), part pour le Portugal (1550-1553) portraiturer la famille royale, réalise en 1554 le célèbre portrait de Marie Tudor, reine d'Angleterre — commande liée au mariage de Marie avec Philippe — puis sert la cour d'Espagne (1559-1561). Peu de peintres du siècle auront autant circulé : Mor est un Néerlandais devenu européen, le pinceau attitré d'une dynastie qui régnait de Madrid à Anvers.

Le miroir du pouvoir

Ce que Mor invente, c'est une manière de peindre le pouvoir. À partir de Titien, qu'il admire, il fixe une formule de portrait de cour : figure sobre sur fond neutre, pose retenue, costume rendu avec une précision de joaillier, et surtout un regard — une présence psychologique, une distance hautaine qui est la majesté. Ni flatterie ni caricature : une vérité froide et magnifique. Cette formule fit école. En Espagne, elle fonda une tradition du portrait royal qui, de génération en génération, mena jusqu'à Diego Velázquez. Mor est ainsi un chaînon capital de l'art européen : c'est par lui que la rigueur du portrait flamand rencontre la grandeur de la cour espagnole. Son Autoportrait de 1558, aujourd'hui aux Offices de Florence, montre l'homme lui-même : sûr de son art, l'œil vif, égal de ceux qu'il peignait.

La part d'ombre

Le peintre des rois fut aussi le serviteur d'un pouvoir écrasant, au moment où ce pouvoir allait broyer son propre pays. Tandis que Mor magnifiait à Madrid le visage de Philippe II, c'est ce même roi qui, aux Pays-Bas, déclenchait la répression d'où naîtrait la guerre de Quatre-Vingts Ans — celle-là même que menèrent des hommes dont Mor peignit parfois les traits, comme le jeune Guillaume d'Orange. Sa faveur espagnole prit d'ailleurs fin dans le trouble : il quitta l'Espagne vers 1561 dans des circonstances restées obscures — trop de familiarité avec le roi, ou malaise devant la rigueur de la Contre-Réforme, dit-on. Il finit sa vie à Anvers, ville de commerce plus que de cour, comme si le grand courtisan avait dû, à la fin, rentrer chez lui. Portraitiste des maîtres, il ne fut jamais tout à fait leur égal — seulement leur miroir le plus lucide.

Origine : Utrecht

Voir la fiche complète du peintre →