Histoire de l'art — Contexte & Singularité
Vers 1535, Jan Mostaert peint ce que l'on tient pour l'un des premiers paysages des Amériques de toute l'histoire de l'art. Il n'y était jamais allé : il a dû imaginer le Nouveau Monde à partir de récits, quarante ans à peine après Christophe Colomb.
Guide du regard : un choc de deux mondes
Au premier plan, un peuple nu défend sa terre : hommes, femmes et enfants, armés de bâtons et de pierres, s'opposent à des soldats espagnols en armure qui débarquent. La scène est celle d'une invasion — sans doute une des expéditions dans l'actuel sud-ouest des États-Unis. Mostaert ne juge pas ouvertement, mais il donne aux habitants dignité et présence, et montre la brutalité de l'assaut. C'est un document moral autant qu'un paysage.
Guide du regard : comment regarder
Puisque le peintre n'a rien vu, cherche comment il « fabrique » l'exotisme : sur un paysage rocheux tout européen, il sème des éléments censés dépayser — un singe, un porc-épic, des perroquets, des huttes, des rochers étranges. Laisse l'œil errer dans ce vaste panorama, du combat du premier plan jusqu'aux lointains bleutés : la nature domine, immense, et l'événement humain s'y perd presque. La composition est celle d'un paysage humaniste, appliquée à un continent inconnu.
Le saviez-vous ?
Ce tableau resta longtemps sans identification claire : on n'y comprenait pas la scène. On sait aujourd'hui qu'il figure une conquête en Amérique — ce qui en fait, à ce jour, l'une des toutes premières images européennes du Nouveau Monde peinte comme un paysage.
Sources
- 1.Rijksmuseum, Amsterdam, inv. à confirmer

