Histoire de l'art — Contexte & Singularité
Génie précoce, graveur que Dürer lui-même admira, Lucas de Leyde (v.1494-1533) laissa peu de tableaux — mais l'un d'eux est un sommet. Peint en 1526-27 pour l'église Saint-Pierre (Pieterskerk) de Leyde en mémoire d'un notable de la ville, Le Jugement dernier est le plus ambitieux triptyque de la Renaissance hollandaise, et la fierté du Museum De Lakenhal.
Guide du regard : un ciel qui tourne
Au centre, le Christ juge, porté par un arc-en-ciel ; sous lui, l'humanité nue s'élève ou tombe. Regarde comme Lucas abandonne l'or gothique pour un vrai ciel, un espace qui respire, des corps qui ont appris l'italien — il avait vu les gravures de la Renaissance du Sud. Les élus montent à gauche dans une lumière tendre ; les damnés basculent à droite dans un enfer de chairs et de monstres. Rien de la terreur médiévale : une élégance presque douce, presque maniériste avant l'heure.
Guide du regard : une œuvre qui a failli partir
Le tableau échappa de peu à l'exil : au XVIᵉ siècle, l'empereur voulut l'acheter, la ville refusa de le vendre. Il traversa la fureur iconoclaste de 1566 parce qu'il était déjà tenu pour un trésor civique plus que pour une image de dévotion. C'est ainsi qu'il est resté à Leyde depuis cinq siècles — l'un des rares grands retables du Nord jamais sorti de sa ville.
Le saviez-vous ?
Quand les protestants vidèrent les églises de leurs images, le Jugement dernier fut sauvé et confié à l'hôtel de ville : on l'avait décroché non comme une idole, mais comme le chef-d'œuvre du plus grand artiste de la cité.
Sources
- 1.Museum De Lakenhal, Leyde



