Histoire de l'art — Contexte & Singularité
Lucas van Leyden (1494-1533), génie précoce que Dürer admirait, fut d'abord le plus grand graveur du Nord. Ce triptyque, peint vers 1530, est l'un de ses rares tableaux — et l'un des plus originaux : un sujet biblique traité comme une immense scène de plein air, presque une fête champêtre.
Guide du regard : l'idolâtrie et ses plaisirs
Pendant que Moïse reçoit les Tables de la Loi sur le mont Sinaï — minuscule, au loin, à l'arrière-plan —, le peuple d'Israël, resté en bas, fond son or pour adorer une idole en forme de veau et se livre à la ripaille. Le tableau met en garde contre l'infidélité et la débauche. Mais Lucas ne peint pas la faute avec sévérité : il la montre séduisante, festive, pleine de mangeurs, de buveurs et d'amoureux — pour mieux dire à quel point la tentation est douce.
Guide du regard : comment regarder
Suis la composition d'un seul balayage : les trois panneaux forment un paysage continu qui court d'un volet à l'autre, du festin du premier plan jusqu'aux montagnes bleutées. Regarde les groupes attablés sur l'herbe, au premier plan, peints avec une vérité savoureuse de gestes et d'attitudes ; puis remonte lentement vers le veau d'or dressé sur son socle, et enfin vers le Sinaï. L'œil descend et remonte l'échelle du péché et de la Loi. Le panneau, remarquablement conservé, garde des couleurs d'une fraîcheur rare.
Le saviez-vous ?
On croyait le sujet moralisateur froid ; il est tout le contraire. Lucas van Leyden en fait une des premières grandes scènes de genre en plein air de l'art néerlandais : sous couvert de récit biblique, il peint la Hollande qui mange, boit et danse.
Sources
- 1.Rijksmuseum, Amsterdam, inv. SK-A-3841



