HitsMap

Aucune représentation visuelle connue de l'illustre.

✦ Illustre ✦

Nicholas Stone

v.1586-1647·sculpteur et architecte

Contributions & œuvres

Fils de carrier du Devon, Nicholas Stone fut le plus grand maître sculpteur et maçon de l'Angleterre du premier XVIIᵉ siècle. Apprenti à Londres chez le Néerlandais Isaac James, il part en 1606 à Amsterdam travailler chez Hendrick de Keyser, maître maçon de la ville, dont il épouse la fille avant de rentrer à Londres en 1613. Dès lors, les deux faces de son génie se déploient. Comme maçon de la Couronne — maître maçon de Jacques Iᵉʳ en 1619, de Charles Iᵉʳ en 1626, puis Master Mason to the Crown en 1632 —, il bâtit avec Inigo Jones la Banqueting House de Whitehall, premier grand édifice classique anglais, et signe de son propre dessin le Goldsmiths' Hall, le portail Danby du Jardin botanique d'Oxford et le porche baroque de St Mary the Virgin. Comme sculpteur, il laisse des monuments funéraires d'une invention sans égale, au premier rang desquels l'effigie du poète John Donne. Son carnet de comptes et son cahier d'atelier, conservés, offrent un témoignage précieux et rare sur le métier.

Anecdote mémorable

Le monument de John Donne naquit d'une mise en scène de la mort voulue par le poète lui-même. Doyen de Saint-Paul et obsédé de sa propre fin, Donne mourant se fit draper dans un linceul funéraire pour poser devant un dessinateur ; de ce portrait macabre, Stone tira l'effigie de marbre où le poète semble se relever de son urne au jour du Jugement. Rien d'inventé dans cette histoire : elle est attestée par les biographes contemporains de Donne. Le détail résume l'art de Stone, capable de transformer l'angoisse d'un homme en l'une des plus puissantes images de la foi anglicane.

Influences reçues

Formé chez Hendrick de Keyser à Amsterdam, il hérite du maniérisme et du réalisme des Pays-Bas ; sa fréquentation d'Inigo Jones et, par lui, de l'architecture italienne et de Palladio, lui transmet le vocabulaire classique qu'il marie à sa première manière.

Influences exercées

Son atelier londonien, le plus important du royaume, forma toute une génération de sculpteurs et de maçons, dont ses propres fils. L'effigie debout au linceul de Donne engendra une lignée de monuments, et son alliance du décor et du dessin classique ouvrit la voie à la sculpture anglaise de la Restauration.

Importance historique

Stone se tient à la charnière de deux mondes : il relie le maniérisme nordique appris aux Pays-Bas au classicisme naissant qu'Inigo Jones importe d'Italie. Nul mieux que lui n'illustre le moment où l'art anglais hésite entre la truculence décorative de l'« Artisan Mannerism » et la rigueur palladienne. Son effigie de John Donne, seul monument de l'ancienne Saint-Paul à survivre presque intact au Grand Incendie de 1666, est l'image la plus inoubliable de la sculpture funéraire anglaise : le poète s'y dresse debout, enveloppé d'un linceul noué en fraise au front et aux pieds, saisi à l'instant du Jugement. Son carnet d'atelier, document exceptionnel, a permis d'attribuer avec certitude une œuvre que des générations de chercheurs reconstituent. Pourtant son temps le classa parmi les artisans, non les artistes — paradoxe d'un homme qui tenait l'atelier le plus couru du royaume. Fidèle au roi, il fut séquestré et emprisonné pendant la guerre civile, et mourut en 1647, au cœur de la tourmente.

À voir aussi