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Au bord des canaux de Châlons-en-Champagne, la cathédrale Saint-Étienne déploie l'un des plus beaux vaisseaux gothiques de Champagne, longtemps éclipsé par la gloire voisine de Reims. On y vient pour la clarté de son élévation et, surtout, pour ses vitraux : la cathédrale conserve un ensemble verrier exceptionnel qui permet de suivre l'histoire du vitrail du XIIe au XIXe siècle, et où les verrières de la Renaissance, du XVIe siècle, tiennent une place de choix.
Un vaisseau gothique
L'histoire du monument est longue. Un premier édifice, commencé en style roman vers 1115, fut achevé dans le gothique vers 1220, mais un grave incendie, en 1230, imposa une reconstruction. La cathédrale actuelle offre un beau spécimen de l'art gothique du XIIIe siècle, où l'ambition du style est pleinement réalisée : la dissolution du mur au profit de vastes parois vitrées, baignant l'intérieur de lumière. L'édifice ne connut son achèvement définitif qu'en 1634, soit un demi-millénaire après les premières pierres, marque des longues patiences qui présidaient à l'édification des cathédrales.
Les verrières, des origines à la Renaissance
Le trésor de Châlons, c'est le verre. Les vitraux constituent la principale richesse de la cathédrale, par leur qualité, leur variété et leur continuité : ils permettent de parcourir toute l'histoire du vitrail, depuis le XIIe siècle, avec l'extraordinaire verrière dite de la Rédemption, jusqu'aux restaurations du XIXe. Au cœur de cet ensemble, les verrières de la Renaissance brillent d'un éclat particulier : les vitraux du bas-côté sud datent de la fin du XVe et du début du XVIe siècle. On y retrouve la manière nouvelle du temps, avec ses architectures en perspective, ses coloris chatoyants, ses figures amples héritées de la peinture, et ce goût du récit que la Renaissance sut porter à son sommet dans l'art du vitrail champenois. La Champagne fut au XVIe siècle l'un des grands foyers du vitrail français, et Châlons, aux côtés de Troyes, en recueille les plus beaux fruits : à Saint-Étienne, ces baies du XVIe siècle prolongent sans rupture la tradition médiévale tout en adoptant pleinement le langage figuratif de la Renaissance.
Une façade classique
Le visage occidental de la cathédrale appartient, lui, à l'âge classique. C'est l'architecte Claude Monnart qui en donna le dessin, inspiré de la façade de Saint-Gervais-Saint-Protais de Paris : élevée entre 1628 et 1634, elle se compose d'un avant-corps central à trois niveaux et de deux ailes, chaque étage d'ordre corinthien séparé du suivant par une balustrade ajourée. Cette façade monumentale, postérieure à la Renaissance, ne doit pas faire oublier que le cœur de l'édifice reste gothique et que son intérêt majeur, pour la Renaissance, réside dans ses verrières.
Ce qu'il faut voir
On entre pour la lumière, et l'on gagne le bas-côté sud afin d'y détailler les verrières de la fin du XVe et du début du XVIe siècle : y chercher les architectures en perspective, les drapés amples, les coloris de la Renaissance. On comparera ces baies avec la très ancienne verrière de la Rédemption, pour mesurer le chemin parcouru par l'art du vitrail en quatre siècles. À la sortie, on observera la façade classique de Monnart, autre jalon de l'histoire du monument. On n'oubliera pas de lever les yeux vers l'élévation du vaisseau, dont les hautes verrières portent à son terme l'idéal gothique d'un mur presque entièrement dissous dans la lumière colorée.
Le saviez-vous ?
La cathédrale de Châlons conserve aussi un riche trésor, où figurent des pièces d'orfèvrerie et des vitraux déposés, dont certains panneaux parmi les plus anciens de France. Cette continuité verrière, du XIIe au XIXe siècle sous un même toit, fait de Saint-Étienne un véritable conservatoire de l'art du vitrail, cas assez rare pour être souligné : peu de cathédrales offrent une telle leçon d'histoire de la lumière.
Classée au titre des monuments historiques, la cathédrale Saint-Étienne de Châlons-en-Champagne mérite d'être redécouverte pour elle-même. Derrière sa façade classique et sous ses voûtes gothiques, ses verrières de la Renaissance disent la vitalité des ateliers champenois au XVIe siècle, héritiers d'une tradition multiséculaire et pleinement accordés au goût nouveau. C'est un sanctuaire de lumière, où chaque siècle a laissé sa couleur, et où la Renaissance brille, en bonne place, dans le concert des verres colorés.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026











