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Dans la ville haute de Bar-le-Duc, ancienne capitale du duché de Bar, la collégiale Saint-Étienne garde l'une des œuvres les plus célèbres et les plus troublantes de la sculpture de la Renaissance française : le Transi de Ligier Richier, ce squelette dressé qui tend son cœur vers le ciel. L'édifice, à la fois église gothique et écrin de chefs-d'œuvre du XVIe siècle, résume à lui seul le génie d'une Lorraine où l'art de la Renaissance atteignit des sommets.
Une église-halle lumineuse
La construction de la collégiale s'étire sur plus de deux siècles, de 1315 à 1630, en style gothique flamboyant mâtiné d'éléments Renaissance. Le plan, basilical et sans véritable transept, adopte une formule remarquable : la nef et ses collatéraux sont de même hauteur, ce qui fait de l'édifice une église-halle, l'une des premières de ce type dans l'ancien diocèse de Toul. Cette disposition offre une luminosité exceptionnelle, car la lumière entre librement par les hautes fenêtres des bas-côtés. La façade, élevée tardivement, marie le flamboyant et le répertoire Renaissance : une galerie y brise les lignes verticales, et le portail s'inscrit sous un arc en anse de panier, forme caractéristique du XVIe siècle. Le clocher est bâti de 1589 à 1630. La guerre de Cent Ans avait interrompu le chantier dans les années 1420-1438.
Le Transi, méditation sur la mort
Le trésor de Saint-Étienne est le Transi, aussi appelé le Squelette, sculpté vers 1545 par Ligier Richier dans la pierre calcaire. Ce monument funéraire, commandé pour la sépulture de René de Chalon, prince d'Orange tué au siège de Saint-Dizier en 1544, ne figure pas le défunt vivant ni paisiblement gisant, mais son corps décharné, la chair en lambeaux, se redressant pour tendre à pleine main son cœur vers le ciel. L'œuvre, d'un réalisme anatomique stupéfiant, transforme l'horreur de la décomposition en élan spirituel : c'est l'âme qui offre à Dieu ce qu'elle a de plus précieux. Transféré à Saint-Étienne en 1790 après la destruction de la collégiale Saint-Maxe voisine, le Transi est devenu l'emblème de Bar-le-Duc et l'un des sommets de l'art macabre européen, où la science du corps héritée de la Renaissance se met au service d'une piété intense.
Le Christ de la Passion
Ligier Richier est présent une seconde fois dans l'église, avec un grand Christ en croix en bois polychrome, exécuté vers 1531, accompagné des deux larrons ; le Christ mesure 3,42 mètres. Ce calvaire monumental confirme la maîtrise du sculpteur, capable de passer de la pierre au bois et de la méditation funèbre au drame de la Passion, toujours avec la même vérité expressive.
Un décor du XVIe siècle
Les chapelles qui bordent le collatéral sud, fondées par de riches familles barisiennes, conservent de nombreux éléments Renaissance : détails sculptés, vitraux du XVIe siècle, et une épitaphe de François Brulé datée de 1513, qui témoignent de la vitalité du mécénat urbain à l'époque des ducs de Bar et de Lorraine. L'ensemble compose un véritable musée de la sculpture et de l'art funéraire de la Renaissance lorraine.
Un orgue et une protection
Un orgue existe dans la collégiale depuis le XVIIe siècle ; l'instrument actuel a été construit entre 1809 et 1828 par Jean-François Vautrin. L'église Saint-Étienne est classée au titre des monuments historiques en 1889. Visiter Bar-le-Duc, c'est compléter le parcours de Saint-Mihiel : les deux collégiales abritent, l'une le Sépulcre, l'autre le Transi, les deux faces d'un même art — celui de Ligier Richier, qui sut faire de la pierre et du bois lorrains la matière d'une Renaissance à la fois savante et bouleversante, hantée par la mort et tendue vers l'espérance. Longtemps capitale du duché de Bar, la ville avait, avec sa ville haute hérissée d'hôtels particuliers Renaissance, le cadre qui convenait à un tel art : une aristocratie fortunée, un clergé lettré et des commandes qui permirent aux ateliers lorrains de rivaliser avec les plus grands. Le Transi en est le témoin le plus célèbre, mais toute la collégiale, par ses chapelles et ses épitaphes, garde la mémoire de ce siècle brillant.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026

















