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Collégiale Saint-Maur de Hattonchâtel — édifice religieux à Vigneulles-lès-Hattonchâtel (Meuse (55)) (55), monument historique (Classé MH)

✦ Monument ✦

Collégiale Saint-Maur de Hattonchâtel

XIIe-XVIe siècle (retable Renaissance vers 1523)·Religieux·Vigneulles-lès-Hattonchâtel (Meuse (55)) (55)·Classé MH
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Collégiale Saint-Maur de Hattonchâtel — édifice religieux à Vigneulles-lès-Hattonchâtel (Meuse (55)) (55), monument historique (Classé MH) — vue 2
Collégiale Saint-Maur de Hattonchâtel — édifice religieux à Vigneulles-lès-Hattonchâtel (Meuse (55)) (55), monument historique (Classé MH) — vue 3

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À voir

La collégiale Saint-Maur de Hattonchâtel, sur le territoire de Vigneulles-lès-Hattonchâtel dans la Meuse, domine la plaine de la Woëvre depuis un éperon jadis résidence des évêques de Verdun. Édifice gothique flanqué d'une tour fortifiée et pourvu d'un cloître, elle abrite l'un des chefs-d'œuvre absolus de la Renaissance lorraine : le retable de la Passion, attribué à Ligier Richier.

Une collégiale de frontière

Un chapitre collégial y fut fondé en 1328 par Henri d'Apremont, pour dix chanoines et une place supplémentaire réservée à l'archidiacre. L'édifice actuel date pour l'essentiel de la fin du XVe et du début du XVIe siècle. Son chœur fait saillie hors des remparts de la ville et se raccorde à une tour défensive, accessible par le bas-côté droit : témoignage éloquent d'une architecture où le sacré et la fortification se mêlent, aux confins du duché de Bar et du Barrois mouvant. Les revenus du chapitre, longtemps modestes puis insuffisants, conduisirent les chanoines à se transférer en 1707 à Saint-Mihiel. L'édifice fut classé au titre des monuments historiques en 1908.

Le retable de la Passion, chef-d'œuvre de 1523

Le trésor de la collégiale est son retable de la Passion, daté de 1523, sculpté dans la pierre de Meuse et rehaussé de polychromie. Il figure trois épisodes de la Passion du Christ : le portement de croix, la déposition du corps et, au centre, la Crucifixion. Par ses dimensions — environ 2,60 mètres sur 1,60 mètre — et par sa renommée, il compte parmi les retables les plus importants de Lorraine. Œuvre de jeunesse rattachée à Ligier Richier ou à son atelier, il annonce déjà la science de la composition et l'intensité pathétique qui feront la gloire du grand imagier lorrain, auteur du célèbre Transi de Bar-le-Duc.

Ligier Richier et la Renaissance lorraine

Ligier Richier, né vers 1500 à Saint-Mihiel, est la figure majeure de la sculpture lorraine du XVIe siècle. Formé dans la tradition gothique, il sut y intégrer la monumentalité et le sens du corps hérités de la Renaissance italienne, sans rien perdre de l'émotion religieuse propre à l'art du nord. Le retable de Hattonchâtel, par sa date précoce, illustre ce moment de synthèse : la grammaire du relief reste héritée du gothique, mais la mise en scène, l'ampleur des figures et la maîtrise de l'espace annoncent l'art nouveau. Le retable fut commandé par Gauthier Richeret, doyen du chapitre collégial de Hattonchâtel, qui le fit exécuter à ses propres frais — trait typique du mécénat ecclésiastique de la Renaissance, où un dignitaire assurait sur sa cassette le prestige de son église.

Le cloître et l'écrin

Le retable est aujourd'hui présenté dans la galerie du cloître, cadre sobre qui en met en valeur la polychromie et le relief. Le cloître lui-même, adossé à l'église, prolonge l'atmosphère recueillie du lieu et rappelle la vie commune des chanoines.

Les épreuves du XXe siècle

L'histoire récente de l'œuvre fut mouvementée. Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes allemandes transportèrent le retable à Metz, dans la chapelle des Templiers, sous prétexte de le préserver. Le village d'Hattonchâtel, situé sur le front du saillant de Saint-Mihiel, fut durement éprouvé par les combats. L'œuvre put être restituée, et la collégiale, patiemment restaurée, a retrouvé son trésor.

Il faut rappeler que la Lorraine du XVIe siècle n'appartenait pas au royaume de France : le duché, indépendant, et les Trois-Évêchés entretenaient des liens étroits avec l'Empire comme avec la cour des Valois. Cette position de carrefour explique la richesse artistique de la province, où les influences flamande, germanique et italienne se croisaient. Le retable de Hattonchâtel, par sa date de 1523, s'inscrit au cœur de ce foisonnement, quelques années avant que la renommée de Ligier Richier ne gagne tout le duché.

Hattonchâtel offre ainsi, dans un cadre villageois d'une grande force, l'un des plus émouvants témoignages de la Renaissance lorraine. Le retable de 1523, par la main présumée de Ligier Richier, y condense tout l'art d'une province où la ferveur gothique et le souffle nouveau de la Renaissance se sont rencontrés dans la pierre tendre de la Meuse. Pour l'amateur, c'est une étape incontournable sur les traces du plus grand sculpteur lorrain du XVIe siècle.

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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026

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