Quel duc de Guise, surnommé 'le Balafré', fut assassiné en 1563 et déclencha l'escalade des guerres de Religion ?
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Dominant la ville de Guise, dans l'Aisne, le château fort déploie son donjon massif et son enceinte au-dessus de la vallée de l'Oise. Attesté dès le Xe siècle, il est bien plus qu'une vieille forteresse : c'est le berceau de la maison de Guise, et le laboratoire où la France découvrit, en pleine Renaissance, l'architecture militaire de l'avenir.
Du donjon médiéval à la maison de Guise
Le noyau du château remonte aux Xe-XIe siècles. Son donjon en témoigne encore : il domine aujourd'hui de ses vingt-quatre mètres de hauteur et de ses cinquante-cinq mètres de circonférence, avec des murs de près de six mètres d'épaisseur. En 1510, Claude de Lorraine entre en possession de Guise. Fondateur de la branche des Guise, il va faire de cette forteresse le symbole de la puissance d'un lignage qui comptera parmi les plus redoutables du royaume, au cœur des guerres de Religion.
La révolution bastionnée de la Renaissance
C'est sous Claude de Lorraine que Guise connaît sa grande transformation. À partir de janvier 1538, des ingénieurs militaires convertissent le château médiéval en l'une des fortifications les plus modernes de France. L'ouvrage met en œuvre l'une des premières applications en France du système bastionné, cette révolution venue d'Italie qui remplace les hautes tours rondes, vulnérables au canon, par des bastions bas, anguleux et massifs, capables de se flanquer mutuellement. Jean de Renaud, commissaire des fortifications sous François Iᵉʳ, travaille avec l'ingénieur italien Bellarmato pour dessiner cette défense d'un type nouveau, dotée de bastions comme ceux dits de l'Alouette et du Charbonnier. Guise devient ainsi, au XVIe siècle, l'une des plus grandes places fortes bastionnées du nord de l'Europe, et un manifeste de l'art militaire de la Renaissance, où le savoir des ingénieurs italiens irrigue la défense du royaume de France.
De Vauban aux guerres mondiales
La forteresse, devenue place royale, retient plus tard l'attention de Vauban, qui y fait apporter des perfectionnements plutôt qu'une refonte, respectant l'ouvrage du XVIe siècle. Le château traverse ainsi les siècles comme un verrou de la frontière septentrionale. Les deux guerres mondiales lui sont fatales : en 1914 puis en 1917, le fort est largement détruit ; seuls subsistent, pour l'essentiel, le donjon et l'enceinte.
Ce qu'il faut voir
Le visiteur doit chercher du regard le donjon médiéval, cœur roman de la place, puis parcourir les ouvrages bastionnés de la Renaissance : bastions, courtines basses, galeries souterraines et casemates qui montrent comment, au XVIe siècle, on apprit à enterrer et épaissir la défense pour résister à l'artillerie. Le contraste entre la verticalité du donjon ancien et l'horizontalité des bastions modernes résume à lui seul la mutation de l'art de la guerre à la Renaissance.
Une renaissance par les chantiers de jeunes
Laissé en ruines après la Première Guerre mondiale, le château doit sa survie au Club du Vieux Manoir qui, depuis 1952, assure sa restauration par des chantiers de jeunes bénévoles, son animation et son ouverture au public. Peu à peu, la forteresse émerge des décombres et retrouve sa lisibilité.
Le saviez-vous ?
Guise occupe une place singulière dans l'histoire de l'architecture : c'est l'un des tout premiers châteaux français à avoir adopté, dès les années 1530-1540, le système bastionné à l'italienne, bien avant que Vauban ne le porte à sa perfection un siècle et demi plus tard. Que cette innovation ait vu le jour dans le fief des Guise n'est pas un hasard : cette famille ambitieuse, qui joua un rôle de premier plan dans les guerres de Religion, entendait disposer d'une place forte à la hauteur de ses prétentions. Derrière les pierres de Guise se lit ainsi toute la Renaissance française, celle des ingénieurs italiens et des grands lignages en quête de puissance. La maison de Guise donnera des cardinaux, des capitaines et des chefs de parti qui pèseront lourd dans les guerres de Religion ; leur berceau fortifié, le premier, avait adopté les armes de pierre du siècle nouveau. Visiter Guise, c'est donc remonter aux sources d'une famille et d'une révolution militaire à la fois.
Histoire
Forteresse médiévale remaniée aux XVe-XVIe siècles par la maison de Guise, l'une des plus puissantes familles catholiques de France. Les Guise menèrent la Ligue catholique contre Henri III et Henri IV. Le château fut assiégé plusieurs fois pendant les guerres de Religion. Géré par l'Association des Familles Ouvrières de Guise. Classé Monument Historique.
Contes, légendes & anecdotes
Le duc François de Guise, 'le Balafré', fut assassiné en 1563 près du château lors du siège de Chartres — un crime politique qui embrasa la France. Son fils Henri, 'le Prince de Paris', leader de la Ligue catholique, fut assassiné à son tour sur ordre d'Henri III en 1588, dans le château de Blois. Ces deux assassinats des Guise alimentèrent la guerre civile religieuse. L'assassinat d'Henri III quelques mois plus tard en représailles ferma la boucle tragique des guerres de Religion.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026














