Toussaint Louverture, leader de l'indépendance haïtienne, est mort en prison au Fort de Joux sur ordre de Napoléon en 1803.
À voir
Perché sur un verrou rocheux qui commande la cluse de Pontarlier, dans le Haut-Doubs, le château de Joux surveille depuis mille ans le passage entre la France et les terres d'Empire. Forteresse médiévale devenue place forte bastionnée sous Vauban, puis prison d'État tristement célèbre, il raconte toute l'histoire des frontières de la Franche-Comté.
Un verrou millénaire
La première structure, édifiée au XIᵉ siècle, était de bois. Au siècle suivant, les sires de Joux reconstruisirent en pierre le donjon et les fortifications extérieures. La position est exceptionnelle : le château commande la cluse, c'est-à-dire l'étroit défilé par lequel passe la route reliant la plaine à la montagne et, au-delà, la Suisse et l'Italie. Tenir Joux, c'était tenir la porte du Haut-Doubs. Durant tout le Moyen Âge et la Renaissance, la place joua ce rôle de sentinelle. Il faut se souvenir qu'aux XVᵉ et XVIᵉ siècles, la Franche-Comté n'était pas française : elle relevait des ducs de Bourgogne puis des Habsbourg d'Espagne. Joux se trouvait alors sur une frontière sensible entre les possessions des rois de France et celles de la maison d'Autriche, dans une région que se disputèrent longtemps les grandes puissances de l'Europe de la Renaissance.
Vauban et la place forte moderne
La grande transformation du château survint à la fin du XVIIᵉ siècle. Après la conquête définitive de la Franche-Comté par Louis XIV, le traité de Nimègue de 1678 intégra la province au royaume de France. Dès 1679, Sébastien Le Prestre de Vauban, commissaire général des fortifications, inspecta le site. Il y ajouta des bastions, des demi-lunes, des casernes et des ouvrages avancés, transformant le vieux château en une place forte adaptée à l'artillerie : remparts bas et épais, fossés profonds, feux croisés. Les travaux, conduits approximativement entre 1690 et 1710, donnèrent au château de Joux l'aspect qu'on lui connaît aujourd'hui, superposant au noyau médiéval les lignes savantes de la fortification bastionnée.
Ce qu'il faut voir
Le visiteur doit chercher du regard l'étagement des cinq enceintes successives, qui résument plusieurs siècles d'art militaire : le donjon et les parties médiévales au cœur, puis les bastions, les demi-lunes et les glacis conçus à la manière de Vauban. Le puits creusé dans le roc, les pont-levis, les salles voûtées et le chemin de ronde offrent une leçon complète de poliorcétique. Depuis les remparts, le panorama sur la cluse de Pontarlier et sur les reliefs du Jura fait comprendre d'un coup d'œil la valeur stratégique du lieu. L'ensemble forme l'une des plus impressionnantes forteresses de montagne de l'est de la France.
Le saviez-vous ?
Sous l'Ancien Régime, la Révolution et l'Empire, le château de Joux servit de prison d'État, et plusieurs détenus illustres y furent enfermés. Toussaint Louverture, héros de la révolution haïtienne et figure majeure de la lutte contre l'esclavage, y fut incarcéré sans jugement et y mourut dans sa cellule au bout de sept mois, en 1803 ; le lieu est aujourd'hui un haut lieu de la mémoire de l'esclavage. Le jeune Mirabeau, futur orateur de la Révolution, et l'écrivain allemand Heinrich von Kleist y furent aussi détenus. Si le château de Joux est d'abord une forteresse médiévale et une œuvre du XVIIᵉ siècle, il n'en fut pas moins, durant toute la Renaissance, le verrou d'une frontière disputée entre la France et l'Empire, point de passage obligé des armées et des marchands, et témoin silencieux des rivalités qui façonnèrent l'Europe du XVIᵉ siècle. On se souvient aussi de la légende médiévale de Berthe de Joux, dame du château que la tradition associe à un drame de jalousie, et qui contribua à envelopper la vieille forteresse d'une aura romanesque. Ainsi Joux superpose-t-il, sur un même rocher, toutes les strates de l'histoire : le donjon des sires du Moyen Âge, le verrou frontalier de la Renaissance, la place bastionnée du Roi-Soleil et la geôle des temps révolutionnaires — un condensé d'histoire de France dressé face aux montagnes du Jura, que l'on gravit aujourd'hui comme on remonte le temps.
Histoire
Forteresse des XIe-XIXe siècles, l'une des places fortes les plus importantes de la Franche-Comté. Remaniée à plusieurs reprises notamment par Vauban au XVIIe siècle. Servit de prison d'État sous l'Ancien Régime et jusqu'au XIXe siècle. Toussaint Louverture, héros de l'indépendance haïtienne, y fut emprisonné et y mourut en 1803. Classé Monument Historique.
Contes, légendes & anecdotes
Toussaint Louverture, libérateur de Haïti, fut enfermé au fort de Joux en 1802 sur ordre de Napoléon qui voulait rétablir l'esclavage dans les colonies. Dans ce cachot froid et humide à 1 000 m d'altitude, le général haïtien mourut de froid et de privations le 7 avril 1803. Ses dernières paroles, selon la tradition : 'En me renversant, on n'a fait qu'abattre le tronc de la liberté des Noirs. Il repoussera par les racines, car elles sont nombreuses et profondes.' Haïti devint indépendante quelques mois plus tard.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026
















