En quelle année le comté de Montbéliard, longtemps enclavé dans la France catholique en tant que possession protestante du Wurtemberg, a-t-il été définitivement rattaché à la France ?
À voir
Dominant la ville depuis son éperon, le château de Montbéliard est le témoin monumental d'un destin singulier : celui d'une principauté de langue française rattachée pendant quatre siècles à la maison allemande de Wurtemberg, devenue l'un des grands foyers du protestantisme à la lisière du Saint-Empire. Siège des comtes puis des ducs, il règne encore aujourd'hui sur la cité, abritant ses musées.
Des Montfaucon aux Wurtemberg
Le site, qui aurait porté dès l'Antiquité une tour de guet, voit s'élever au XIIIe siècle une forteresse construite par la famille de Montfaucon, vassale du comté de Bourgogne. Le tournant survient en 1407 : Henriette de Montfaucon épouse le comte Eberhard IV de Wurtemberg, faisant entrer Montbéliard dans le domaine de cette famille, sous la suzeraineté du Saint-Empire romain germanique. Pour quatre siècles, la ville va vivre à l'heure wurtembergeoise, principauté francophone gouvernée par des princes allemands, situation politique et culturelle unique en Europe.
Montbéliard à l'heure de la Renaissance et de la Réforme
Les XVe et XVIe siècles font de Montbéliard bien plus qu'une place forte. Sous l'impulsion des comtes de Wurtemberg, la principauté embrasse la Réforme luthérienne : dès les années 1530-1540, Montbéliard devient une terre protestante, l'une des premières de l'espace francophone, et le reste durablement. Ce choix religieux, contemporain de la grande effervescence spirituelle de la Renaissance, oriente pour des siècles l'identité de la ville, son architecture et sa culture. La principauté attire alors théologiens et imprimeurs, et son rayonnement intellectuel dépasse de loin sa taille modeste : Montbéliard devient un carrefour entre la France catholique et l'Empire réformé, un lieu où les idées circulent aussi librement que les hommes. Le château, résidence des princes, est le cœur de ce pouvoir qui concilie ferveur réformée et raffinement princier.
Les tours Henriette et Frédéric
Le château se divisait en deux parties séparées par l'église Saint-Maimbœuf. À l'est, le Châtel-Derrière abritait les espaces de réception et les appartements privés ; à l'ouest, le Châtel-Devant regroupait les bâtiments militaires, les écuries et l'arsenal. Les deux éléments les plus remarquables sont ses tours massives, que le visiteur doit chercher du regard dès l'approche. La tour Henriette, élevée en 1424, porte le nom de l'héritière qui unit Montbéliard au Wurtemberg. La tour Frédéric, datée de 1572, appartient pleinement à l'âge de la Renaissance : elle évoque le prince Frédéric Iᵉʳ, figure marquante de la dynastie. Ces deux tours cylindriques, par leur ampleur, résument à elles seules l'histoire du château, de la fin du Moyen Âge au plein XVIe siècle. Entre elles, c'est tout un siècle et demi qui se mesure : de 1424 à 1572, Montbéliard est passée de la place forte féodale à la résidence d'une principauté réformée, sans jamais cesser d'affirmer, par la masse de ses tours, la puissance de ses princes. Le visiteur qui les compare du regard embrasse d'un coup cette longue durée inscrite dans la pierre.
Un destin français
En 1793, dans la tourmente révolutionnaire, Montbéliard est rattaché à la France, et le château devient une garnison militaire, qu'il restera jusqu'en 1933. Entre-temps, ses bâtiments auront connu des usages plus humbles — dépôt de mendicité, puis prison au début du XIXe siècle. Après le départ de l'armée, le monument retrouve une vocation culturelle.
Ce qu'il faut voir
Classé au titre des monuments historiques en 1996, le château abrite aujourd'hui le musée du Château des ducs de Wurtemberg ainsi que le musée d'archéologie et d'histoire naturelle de Montbéliard. On recherchera les deux grandes tours — Henriette (1424) et Frédéric (1572) —, repères immédiats de l'histoire du lieu, et l'on prendra le temps d'embrasser, depuis l'esplanade, le panorama sur la ville qui s'est développée au pied de la forteresse princière.
Le saviez-vous ?
Montbéliard est longtemps restée une île française de culture protestante gouvernée par des princes allemands : rattachée au Wurtemberg de 1407 à la Révolution, ralliée très tôt au luthéranisme, elle ne rejoignit la France qu'en 1793. Le château, avec sa tour Henriette née du mariage fondateur de 1407 et sa tour Frédéric de 1572, porte dans ses pierres mêmes la mémoire de ce singulier mariage entre deux mondes, au siècle de la Renaissance et de la Réforme.
Histoire
Château comtal des princes de Montbéliard (comté rattaché au Wurtemberg allemand jusqu'en 1793), érigé sur un rocher dominant la ville. La 'grande tour' (XIVe s.) et les logis Renaissance des XVIe-XVIIe siècles présentent une architecture à l'allemande caractéristique. Musée du château (préhistoire et sciences naturelles). Classé Monument Historique.
Contes, légendes & anecdotes
Montbéliard fut la capitale d'un comté protestant (luthérien) enclavé dans la France catholique — une anomalie historique qui dura jusqu'en 1793. Georges Cuvier, le 'père de la paléontologie', naquit à Montbéliard en 1769 : il y apprit la méthode scientifique dans un lycée d'excellence qui lui permit de révolutionner la biologie. Peugeot, fondée à Montbéliard en 1810, perpétue aujourd'hui la tradition industrielle de cette ville de confins.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026















