En quelle année la Franche-Comté, terre historique du château de Belvoir, a-t-elle été officiellement rattachée à la France ?
À voir
Dominant de cent cinquante mètres la vallée de la Sancey, le château de Belvoir couronne un éperon du Doubs occupé depuis l'Antiquité. Oppidum gaulois, puis castrum romain surveillant la voie des Salines, le site fut de tout temps un point de guet et de pouvoir. La forteresse médiévale y naît à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle — une clé de voûte de tour nord porte le millésime 1224 —, construite par la famille de Belvoir.
De la destruction à la reconstruction Renaissance
L'histoire du château bascule au XVe siècle. En 1480, les armées de Louis XI détruisent la place. C'est alors qu'intervient la grande mutation : Thiébaut de Cusance relève la forteresse à la fin du XVe siècle. La famille de Cusance, puissante en Franche-Comté, ne se contente pas de réparer les murs ; elle donne au château la physionomie que l'on admire encore. Les tours sont coiffées de toitures « à l'impériale », bulbeuses et galbées, surmontées de lanternons portés par des colonnes. Ce couronnement, raffiné et ostentatoire, est caractéristique du goût de la Renaissance et transforme l'ancienne forteresse en demeure d'apparat visible de toute la vallée.
Le château Renaissance et ses prolongements
La modernisation se poursuit au début du XVIIe siècle, dans la continuité de l'esprit Renaissance. Le baron Claude-François de Cusance fait moderniser l'aile orientale et le châtelet d'entrée pour son épouse flamande, Ernestine de Withem : témoignage de la manière dont ces grandes alliances européennes, si fréquentes à la Renaissance, se traduisaient aussi dans la pierre et le confort des demeures. Belvoir conjugue ainsi un noyau médiéval et des aménagements résidentiels des XVe-XVIIe siècles, qui en font un condensé d'histoire de l'habitat seigneurial comtois.
Ce qu'il faut voir
Le visiteur doit chercher du regard les toitures à l'impériale et leurs lanternons, signature Renaissance du château, puis entrer dans ses salles. La grande salle d'honneur, d'environ cent cinquante mètres carrés, donne la mesure de la vie noble d'autrefois. L'ancienne cuisine, avec son four banal, rappelle la domesticité d'un grand domaine ; les caves et le cachot complètent le tableau. La tour dite de Madge-Fâ offre un panorama immense, du Mont Terri suisse jusqu'à Besançon, et fait comprendre pourquoi le site a été fortifié sans interruption de l'Antiquité à l'âge moderne. Une chapelle du XVIe siècle, où fut mis au jour un mur du VIIe siècle, scelle cette longue stratification.
La famille de Cusance et la renaissance moderne
Épargné lors de la conquête française de 1674 grâce à l'intervention du prince de Lillebonne et de sa famille, le château connaît ensuite un lent déclin et finit par être abandonné au XIXe siècle. Son salut vient d'un homme : le peintre Pierre Jouffroy l'acquiert en 1955 et consacre près de quarante-cinq ans, jusqu'en 2000, à le restaurer pierre à pierre. Ses descendants poursuivent cette œuvre de sauvegarde. Grâce à lui, une vingtaine de pièces entièrement meublées présentent aujourd'hui mobilier, tableaux, armes et objets du XVIe au XXe siècle.
Le saviez-vous ?
Belvoir offre l'exemple frappant d'une forteresse rasée par la guerre et renée sous les traits de la Renaissance. Détruit par Louis XI en 1480, le château aurait pu rester une ruine parmi d'autres ; les Cusance en ont fait, au contraire, une demeure élégante, coiffée de toits bulbeux venus des modes d'Europe centrale et italienne. Ce détail des toitures « à l'impériale » n'est pas anodin : il signale la circulation des formes artistiques à travers l'Europe de la Renaissance, où un seigneur comtois pouvait couronner son château à la manière des palais lointains. Sauvé une seconde fois au XXe siècle par un peintre amoureux des lieux, Belvoir doit sa survie à deux renaissances, séparées de près de cinq siècles. Peu de forteresses comtoises ont ainsi traversé l'Antiquité, le Moyen Âge, la Renaissance et l'âge moderne sans perdre leur silhouette : du castrum romain surveillant la voie des Salines aux toits bulbeux des Cusance, le site a toujours trouvé des maîtres pour le relever.
Histoire
Château fort médiéval reconstruit au XVIe siècle par la famille de Cussey, perché sur un éperon dominant la vallée du Doubs en Franche-Comté. Les tours et le logis Renaissance offrent un panorama sur les Alpes par temps clair. Propriété de la famille de Buyer depuis le XVIIe siècle. Classé Monument Historique.
Contes, légendes & anecdotes
Belvoir (littéralement 'belle vue') porte bien son nom : par temps clair, le panorama depuis les tours s'étend jusqu'aux Alpes suisses et au Mont Blanc. La famille de Buyer, propriétaire depuis le XVIIe siècle sans discontinuité, est l'une des grandes familles comtoises restées fidèles à leurs terres pendant la Révolution. La Franche-Comté, rattachée à la France en 1678 seulement (traité de Nimègue), garde une identité forte marquée par ses siècles sous domination bourguignonne et espagnole.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026















