À voir
Au cœur de Melun, dans l'étroit lacis des rues anciennes, l'église Saint-Aspais déconcerte d'abord par son plan : aucun angle droit, des travées obliques, un vaisseau qui semble se faufiler entre les maisons. Cette étrangeté est la marque d'un chantier de la Renaissance, contraint par la ville, et conduit par l'un des grands maîtres maçons parisiens du temps. Bâtie dans la première moitié du XVIe siècle, elle est un témoignage précieux de l'architecture religieuse à l'aube de la Renaissance française.
Une reconstruction du XVIe siècle
L'édifice actuel résulte d'une reconstruction entreprise au XVIe siècle, après que l'église antérieure eut souffert. La façade et les premières travées de la nef furent lancées en 1506 ; la construction du chœur débuta le 23 mars 1517, sous la direction de l'architecte Jehan de Félin, maître maçon parisien qui avait œuvré au pont Notre-Dame et à la tour Saint-Jacques. Après sa mort vers 1520, l'ouvrage fut repris par le maître d'œuvre local Jehan François, et l'ensemble achevé aux alentours de 1556. Le chantier, étalé sur un demi-siècle, conserve pourtant une remarquable homogénéité de style.
Entre flamboyant et Renaissance
Saint-Aspais appartient au gothique flamboyant par sa structure : voûtes à nervures complexes, remplages ajourés, pinacles. Mais la Renaissance y affleure partout dans le détail. Les clés de voûte s'ornent de chérubins et de motifs antiquisants, les verrières du XVIe siècle déploient un dessin et des architectures peintes propres au goût nouveau, et l'ornementation sculptée mêle aux formes gothiques les rinceaux et les coquilles venus d'Italie. Le plan irrégulier, imposé par l'enserrement urbain, oblige l'architecte à des solutions ingénieuses : travées trapézoïdales, chœur désaxé, que l'œil exercé devine mais que l'unité du décor parvient à faire oublier. Cette contrainte, loin de nuire à l'édifice, lui confère une physionomie unique parmi les églises d'Île-de-France : nulle part la ligne droite ne règne, et le vaisseau épouse souplement le tissu serré de la vieille ville. Les grandes baies, largement ouvertes, inondent de clarté cet espace tourmenté et mettent en valeur la richesse des remplages.
Ce qu'il faut voir
On entre pour mesurer la singularité du plan : il faut se placer dans la nef et observer comment les travées s'infléchissent, comment le chœur se décale, prouesse d'adaptation à un terrain contraint. On lèvera ensuite les yeux vers les clés de voûte sculptées, cherchant les chérubins et les motifs Renaissance, puis vers les verrières du XVIe siècle, dont les couleurs et les figures datent de la construction même de l'édifice. On comparera la nervosité flamboyante des voûtes avec la douceur italianisante des ornements. On prendra enfin le temps de faire le tour extérieur de l'édifice pour constater combien il s'insère dans le parcellaire médiéval, ses contreforts venant buter contre les rues et les maisons voisines.
Le saviez-vous ?
Jehan de Félin, qui dirigea le chœur de Saint-Aspais, fut l'un des maîtres maçons les plus en vue du Paris de Louis XII, associé à des ouvrages aussi emblématiques que le pont Notre-Dame et la célèbre tour Saint-Jacques. Sa présence à Melun dit l'importance accordée à ce chantier et explique la qualité de l'architecture, où se lit la transition entre deux siècles d'art.
L'église fut classée au titre des monuments historiques le 21 février 1914. Elle subit de graves dommages lors du bombardement de Melun du 25 août 1944, mais fit l'objet d'une restauration méthodique à partir de 1945, achevée vers 1960. Aujourd'hui pleinement rendue au culte et à la visite, Saint-Aspais demeure l'un des plus intéressants édifices religieux d'Île-de-France pour qui veut comprendre le moment où le gothique flamboyant, encore dominant, se laissait peu à peu gagner par la Renaissance. Son plan tordu, loin d'être un défaut, raconte l'histoire d'une église née dans la densité d'une ville médiévale, et d'un maître d'œuvre assez habile pour transformer la contrainte en œuvre d'art. On en ressort frappé par cette alliance rare de l'ingéniosité constructive et de l'élégance ornementale, signature d'une époque charnière. Dédiée à saint Aspais, l'église occupe le cœur de la rive droite de la Seine, à deux pas de l'île où Melun prit naissance, et demeure l'un des monuments les plus attachants de la vieille cité préfectorale. Qu'elle ait survécu aux bombardements de 1944 pour nous parvenir dans son unité ajoute au prix de ce témoignage de la première Renaissance française.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026










