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Lot en zijn dochters van Hendrick Goltzius

✦ Peinture ✦

Loth et ses filles de Hendrick Goltzius

Hendrick Goltzius

Faire le puzzle de l'œuvre

Histoire de l'art — Contexte & Singularité

Hendrick Goltzius (1558-1617) fut d'abord la main la plus virtuose d'Europe : un graveur si prodigieux que, la droite estropiée, il gravait le cuivre avec une force que nul n'égalait. À plus de quarante ans, il fit l'inattendu : il posa le burin et prit le pinceau. Loth et ses filles est l'un des sommets de cette seconde vie, et du maniérisme de Haarlem.

Guide du regard : une scène trouble

Le sujet est scabreux — Loth, enivré par ses filles après la destruction de Sodome, que l'on voit flamber au loin. Goltzius le peint sans détour : corps nacrés, chairs savantes, étoffes somptueuses, un raffinement presque décadent. Regarde l'incendie de Sodome à l'arrière-plan, minuscule et rouge, qui donne à la scène intime sa charge de catastrophe. Tout le maniérisme est là : la virtuosité au bord de l'excès.

Guide du regard : le triomphe du métier

Cette toile est une démonstration : Goltzius, maître du trait gravé, prouve qu'il peut tout faire aussi en couleur — le satin, la peau, la lumière du feu. Haarlem, avec Cornelis van Haarlem et Karel van Mander, était alors la capitale d'un art savant, mythologique, sensuel, qui précéda de peu la sobriété du Siècle d'or. Goltzius en est le virtuose ultime.

Le saviez-vous ?

Adolescent, Goltzius s'était gravement brûlé la main droite ; les tendons se rétractèrent et la refermèrent presque. Cette main infirme devint la plus célèbre d'Europe : il en fit son emblème et grava même son propre portrait tenant le burin de ses doigts tordus.

Sources

  1. 1.Rijksmuseum, Amsterdam

Le peintre

👤

Hendrick Goltzius

1558-1617

Rôle : graveur-peintre

Le plus grand graveur d'Europe de son temps eut, enfant, la main droite brûlée et à jamais déformée. De ce handicap, Hendrick Goltzius fit son arme : sa main tordue tenait le burin comme nulle autre, traçant des tailles gonflées et ondoyantes d'une virtuosité inouïe. Graveur, dessinateur, éditeur, puis peintre, il fut l'âme technique du maniérisme de Haarlem.

Le prodige au burin

Né en 1558 à Mülbracht (aujourd'hui Bracht, dans la région frontalière du Bas-Rhin, alors duché de Juliers), Goltzius vint jeune aux Pays-Bas et apprit la gravure à Haarlem auprès de l'humaniste Dirck Coornhert. Il y fonda un atelier d'estampes qui devint une véritable entreprise européenne. Sa virtuosité confinait au prodige : il grava des séries entières « à la manière de » Dürer, de Lucas de Leyde ou d'autres maîtres, imitations si parfaites — les fameux Meesterstukjes— qu'on les prit d'abord pour des originaux anciens, avant de reconnaître le tour de force. SonGrand Hercule aux muscles boursouflés, moqué sous le nom de « Knollenman » (l'homme-navet), reste l'emblème de sa démesure maniériste.

Rome, la peinture, et sa part d'ombre

En 1590-1591, Goltzius voyagea incognito à travers l'Italie, dessinant les antiques et les maîtres de Rome. Ce contact avec le classicisme apaisa son style : à son retour, ses tailles se firent plus sobres. Puis, autour de 1600, il opéra un tournant rare : à plus de quarante ans, au sommet de la gravure, il abandonna le burin pour la peinture, comme s'il voulait prouver qu'il pouvait tout. Les avis divergent sur le résultat : ses toiles, ambitieuses, n'ont jamais tout à fait égalé la gloire de ses estampes, et certains y ont vu la limite d'un virtuose plus admirable en technicien qu'en inventeur. Mais on aurait tort de réduire Goltzius à sa dextérité : ses portraits dessinés à la pointe de métal, d'une acuité saisissante, comptent parmi les sommets de l'art du Nord.

Infos / repères

Hendrick Goltzius vécut de 1558 à 1617, l'essentiel à Haarlem. Le plus grand graveur d'Europe de son temps, formé par Coornhert, il fut au cœur du maniérisme haarlémois avant de se tourner vers la peinture après 1600. Son voyage en Italie (1590-91) infléchit son style vers plus de mesure.

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