
Sur les pas de Jean Jean Fouquet — ses œuvres & ses lieux sur la carte →
Contributions & œuvres
Premier peintre français de la Renaissance, Jean Fouquet est le génie de Tours qui a fait entrer l'art français dans l'âge nouveau. Revenu d'un voyage en Italie où il a vu Fra Angelico et la perspective, il fond la minutie flamande, la géométrie italienne et une gravité toute française. Son Diptyque de Melun — la Vierge aux seins découverts, d'une étrange froideur, et le donateur Étienne Chevalier — est son chef-d'œuvre ; son Portrait de Charles VII (Louvre) est l'un des premiers vrais portraits d'État français ; le Livre d'Heures d'Étienne Chevalier porte l'enluminure à un sommet d'invention spatiale.


La nuance : adulé de son vivant, nommé peintre du roi, Fouquet est ensuite tombé dans un long oubli, et son œuvre — dispersée, démembrée (le Livre d'Heures est aujourd'hui éparpillé) — n'a été recomposée par les historiens qu'au XIXᵉ siècle.
Anecdote mémorable
Fouquet a signé son Diptyque de Melun par un objet minuscule et prodigieux : un médaillon d'émail (cuivre, émail noir et or, à peine six centimètres, aujourd'hui au Louvre) portant son propre visage de face et, tout autour, les lettres d'or IOHES FOVQVET. On y voit traditionnellement le plus ancien autoportrait signé de l'art occidental — un peintre qui glisse son effigie dans le cadre de son chef-d'œuvre. Autre secret du diptyque : depuis le XVIIᵉ siècle au moins, la critique reconnaît dans la Vierge au sein découvert, pâle et impassible, les traits d'Agnès Sorel, la favorite de Charles VII morte peu avant — le donateur Étienne Chevalier avait été son exécuteur testamentaire.
Influences reçues
Le voyage italien est décisif : Fra Angelico, Masaccio et la perspective albertienne découverts à Rome et à Florence. En amont, la précision minutieuse de l'ars nova flamande (van Eyck) et l'héritage de l'enluminure parisienne, qu'il porte à un degré d'invention inédit.
Influences exercées
Il ouvre la voie à toute la peinture française du passage gothique-Renaissance et marque l'école de Tours ; son art de l'enluminure spatiale prépare Jean Bourdichon, et sa conception du portrait royal fonde une tradition française du portrait d'apparat qui court jusqu'aux Clouet.
Importance historique
Fouquet est la charnière de la peinture française. Avant lui, le royaume vit encore du gothique international ; avec lui, il entre de plain-pied dans la Renaissance. Il est le premier artiste du Nord à s'imprégner vraiment de l'Italie : parti à Rome vers le milieu du siècle, il en rapporte la perspective, le sens du volume et de l'espace, qu'il marie à la précision des maîtres flamands. De cet alliage il tire une manière à nulle autre pareille — monumentale, claire, étrangement calme. Il invente le portrait d'État à la française avec son Charles VII, donne à l'enluminure du Livre d'Heures d'Étienne Chevalier une ampleur de véritable tableau, et compose dans le Diptyque de Melun l'une des images les plus énigmatiques du siècle. Peintre du roi, admiré des contemporains, il fut pourtant oublié durant trois siècles, son œuvre dispersée et démembrée : il a fallu attendre le XIXᵉ siècle pour que la critique recompose, pièce à pièce, la figure du plus grand peintre français du XVᵉ.


