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Au centre de Chambéry, ancienne capitale des États de Savoie, la cathédrale Saint-François-de-Sales présente une histoire singulière : née église de couvent, devenue cathédrale bien après la Renaissance, elle offre un vaisseau flamboyant du XVIe siècle dissimulé sous l'un des plus vastes décors en trompe-l'œil d'Europe. Sa façade de pierre dentelée reste l'un des rares témoignages monumentaux du gothique tardif en Savoie.
Une église des Cordeliers
L'édifice n'était pas destiné à être cathédrale. Il s'agit à l'origine de l'église du couvent des Cordeliers, les franciscains, dont la construction commence vers 1420. Le gros œuvre avance lentement : l'église est consacrée le 15 juin 1488 et achevée en 1585. La façade principale, élevée en 1522, appartient pleinement au style gothique flamboyant et constitue le morceau de bravoure de l'ensemble, avec son réseau de pierre finement ciselé. Cette campagne, menée tout au long du XVIe siècle, fait de la cathédrale un édifice contemporain de la première Renaissance, même si son vocabulaire reste celui du flamboyant finissant plutôt que celui de l'ornement à l'antique.
Un vaisseau élevé
À l'intérieur, l'édifice développe une nef centrale assez haute — 23 mètres sous voûtes — flanquée de bas-côtés, pour une longueur de plus de 70 mètres et une largeur de 34 mètres, sans transept. Cette ampleur, héritée du plan des grandes églises mendiantes conçues pour la prédication, offre un volume clair et unifié, propice à l'écoute et au recueillement. Les voûtes, les piles et les chapelles latérales composent une architecture sobre, typique de l'art des ordres franciscains, où l'effet naît moins de la richesse du décor sculpté que de l'harmonie des proportions.
Le trompe-l'œil, un décor du XIXe siècle
La particularité la plus spectaculaire de la cathédrale tient à son décor peint : près de 6 000 mètres carrés de peintures en trompe-l'œil recouvrent voûtes et parois, simulant des réseaux gothiques, des nervures et des reliefs d'une illusion saisissante. Il faut toutefois le préciser honnêtement : ce décor n'appartient pas à la Renaissance, mais au XIXe siècle. Il a été réalisé entre 1834 et 1835 par le peintre Casimir Vicario. Ce faux appareil néogothique, qui compte parmi les plus étendus d'Europe, habille la structure du XVIe siècle d'un vêtement illusionniste conçu trois siècles plus tard, et raconte le goût romantique pour la restitution du Moyen Âge idéalisé.
Le trésor et la mémoire du Suaire
La cathédrale conserve un trésor où figurent des objets médiévaux de grande valeur, dont un diptyque en ivoire d'inspiration byzantine du XIIe siècle. Il faut par ailleurs dissiper une confusion fréquente : le Saint Suaire, conservé à Chambéry de 1502 à 1578, n'était pas abrité dans cette église mais dans la Sainte-Chapelle du château des ducs de Savoie, toute proche, avant son transfert à Turin. Une reproduction moderne du linceul a été installée dans la cathédrale en 2014, en mémoire de cet épisode majeur de l'histoire religieuse savoyarde de la Renaissance.
Du couvent à la cathédrale
L'église des Cordeliers ne devient cathédrale qu'en 1779, lorsque Chambéry est érigée en siège épiscopal, puis reçoit en 1802 le vocable de saint François de Sales, grand évêque de Genève et figure de la spiritualité savoyarde. L'édifice est classé au titre des monuments historiques le 9 août 1906. Ainsi la cathédrale de Chambéry porte-t-elle, superposées, plusieurs strates : l'ossature flamboyante d'une église conventuelle du XVIe siècle, contemporaine de la Renaissance, et l'illusion peinte du XIXe siècle. Pour qui s'attache à la Renaissance, c'est la façade de 1522 et le long chantier du Cinquecento savoyard qui retiennent l'attention, tandis que le visiteur garde en mémoire que, derrière les fausses nervures romantiques, se cache un authentique vaisseau de la fin du Moyen Âge. Cette superposition fait tout l'intérêt du monument : elle rappelle que les édifices religieux sont des palimpsestes, où chaque époque a inscrit sa marque, et que la Savoie, longtemps terre de passage entre la France et l'Italie, reçut les formes du gothique tardif au moment même où, de l'autre côté des Alpes, triomphait déjà la Renaissance. La cathédrale de Chambéry en garde le souvenir dans sa façade de 1522, discret chaînon d'une histoire artistique partagée entre deux versants des montagnes.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026










