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La primatiale Saint-Jean de Lyon, cathédrale des archevêques « primats des Gaules », fut bâtie sur près de trois siècles, de 1175 à 1480 environ, du roman tardif au gothique accompli. Trois archevêques successifs en guidèrent l'évolution : Guichard de Pontigny, Jean Belles-mains et Renaud de Forez. Mais c'est à la fin de ce long chantier, dans les dernières décennies du XVe siècle, que se greffa le décor qui nous intéresse ici : les chapelles latérales flamboyantes, parmi lesquelles brille la chapelle des Bourbons, chef-d'œuvre du gothique au moment précis où l'art français s'ouvre à la Renaissance.
La chapelle des Bourbons
Édifiée sur le flanc sud entre 1480 et le tout début du XVIe siècle, la chapelle des Bourbons fut fondée par le cardinal Charles II de Bourbon, archevêque de Lyon, et par son frère Pierre de Beaujeu, époux d'Anne de France. Elle est l'une des œuvres les plus raffinées du flamboyant lyonnais. Son décor sculpté prolifère : accolades, pinacles, choux frisés, dais ajourés, et un réseau de nervures d'une extrême virtuosité. Les armes des Bourbons et leurs devises y sont partout présentes, affirmant la puissance d'un lignage qui fut, un temps, presque l'égal du roi. Le vitrail de la chapelle fut dû au maître verrier Pierre de Paix. On est là au seuil exact de la Renaissance : la grammaire reste gothique, mais l'ambition de représentation, l'orgueil princier du commanditaire et le goût de la profusion annoncent déjà l'esprit nouveau.
Un chapelet de chapelles de la fin du Moyen Âge
La chapelle des Bourbons n'est pas isolée. Le pourtour de la cathédrale s'était enrichi, dans les mêmes années, de plusieurs fondations : la chapelle Saint-Raphaël en 1494, les chapelles Saint-Sépulcre, de l'Annonciade en 1496, ou encore Saint-Michel, plus ancienne (1448). Ces oratoires, dotés par de grandes familles ou par des chanoines fortunés, témoignent d'une dévotion privée et d'un faste funéraire caractéristiques de la fin du XVe siècle. Chacun voulait sa chapelle, son autel, sa sépulture ornée, dans le sanctuaire le plus prestigieux de la ville.
La façade et son décor sculpté
La façade occidentale, achevée dans les mêmes décennies, reçut en 1481 une partie de son décor sculpté, attribué notamment à Hugonin de Navarre. Elle est célèbre pour ses soubassements aux centaines de médaillons sculptés, véritable encyclopédie de pierre où se mêlent scènes bibliques, figures profanes et motifs fantastiques. Les trois portails flamboyants s'inscrivent dans cette même esthétique de la fin du gothique, juste avant que la Renaissance italienne ne gagne les chantiers lyonnais.
L'horloge astronomique
Parmi les trésors mobiliers, l'horloge astronomique mérite une mention. Son mécanisme, pour partie hérité du XIVe siècle et plusieurs fois remanié aux siècles suivants, est l'un des plus anciens d'Europe encore en place. Elle indique la date, les positions astronomiques et anime, aux heures, un petit théâtre d'automates figurant l'Annonciation. Restaurée en 2021, elle demeure l'un des objets les plus admirés de la cathédrale et prolonge, dans l'ordre mécanique, ce goût de la fin du Moyen Âge pour la représentation du cosmos.
Reconnaissance patrimoniale
La primatiale fut classée au titre des monuments historiques en 1862. Elle figure, depuis 1998, au patrimoine mondial de l'UNESCO au sein du secteur historique de Lyon, inscrit pour la continuité urbaine exceptionnelle du Vieux-Lyon et de la colline de Fourvière.
Il faut souligner la place de Lyon dans la Renaissance française : ville de foires, de banque et d'imprimerie, carrefour des échanges avec l'Italie, elle fut l'une des premières à accueillir le goût nouveau. Les entrées royales y furent fastueuses, et les grandes familles, à l'image des Bourbons, y rivalisaient de magnificence. La cathédrale, cœur religieux de la cité, concentra naturellement ces ambitions, et ses chapelles de la fin du XVe siècle en sont le reflet le plus immédiat.
Visiter Saint-Jean, c'est donc lire, sur le flanc d'une cathédrale médiévale, la signature d'une famille princière de la Renaissance commençante. La chapelle des Bourbons, surtout, condense ce moment de bascule : l'ultime flamboyance du gothique, portée par l'ambition d'un cardinal et d'un connétable, à l'instant où l'Italie va redéfinir le goût français. Le visiteur attentif y verra la dernière grande fête de la pierre gothique française, avant l'arrivée des pilastres et des rinceaux à l'antique.
Histoire
La cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Lyon, dans le Vieux-Lyon classé UNESCO, présente un chevet roman-gothique du XIIe au XVe siècle et des chapelles latérales dont plusieurs furent aménagées ou remaniées au XVIe siècle dans un style Renaissance. Ces chapelles — fondées par des archevêques, des chanoines ou des riches marchands lyonnais — présentent des retables sculptés, des décors à pilastres et des épitaphes humanistes en latin qui témoignent de la culture italianisante de Lyon au temps de François Ier. La cathédrale possède également une horloge astronomique du XIVe siècle (une des premières d'Europe) remise en état au XVIe siècle. Le primat des Gaules — l'archevêque de Lyon, premier prélat de France — résidait dans le palais attenant et commandita certains de ces travaux Renaissance.
Contes, légendes & anecdotes
Rabelais (v.1494-1553) vécut à Lyon pendant plusieurs années — il y publia Gargantua(1534) etPantagruel (1532), y exerça comme médecin à l'Hôtel-Dieu. Il fréquentait les imprimeurs, les humanistes, les marchands italiens de la presqu'île. La cathédrale Saint-Jean et le Vieux-Lyon étaient dans son quotidien. Ses géants Gargantua et Pantagruel, qui dévorent des cathédrales et boivent des fleuves, portent peut-être la mémoire de la cathédrale Saint-Jean — ses proportions médiévales et ses chapelles Renaissance, entre le gigantisme gothique et la mesure humaniste.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026
















