En quelle année Henry Clews, sculpteur américain, a-t-il acquis les ruines du château de la Napoule pour en faire sa résidence-sculpture ?
À voir
Les pieds dans la Méditerranée, le château de La Napoule dresse ses tours au bord des flots, à l'embouchure de la Siagne, face au golfe de Cannes. Vieille forteresse côtière née à la fin du Moyen Âge, ressuscitée au XXᵉ siècle par un couple d'artistes américains, il offre l'image saisissante d'un château de rêve, entre mémoire militaire et fantaisie créatrice.
Une forteresse de bord de mer
Le fort militaire de La Napoule fut édifié en 1387 par les comtes de Villeneuve, grande famille de la Provence orientale. Sa vocation était claire : surveiller le rivage, protéger la côte des incursions venues de la mer. Car tout au long de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, les côtes de Provence vécurent sous la menace des corsaires barbaresques et des flottes ennemies ; les tours et les forts littoraux comme celui de La Napoule formaient la première ligne de défense des populations. La vieille forteresse traversa ainsi des siècles agités, faits d'invasions, de pillages, de guerres et de révolutions. De ces temps, elle conserve notamment ses deux tours, repères massifs tournés vers le large.
La renaissance par les Clews
Au fil du temps, le château s'était à demi ruiné, mi-forteresse, mi-villa bourgeoise. En 1917-1918, il fut acquis par Henry Clews, riche Américain, peintre et surtout sculpteur, et par son épouse Marie. Le couple entreprit de relever l'édifice à partir de ses vestiges authentiques, notamment les deux tours, et de le transformer, avec ses jardins, en un lieu de songe et d'imagination. Henry Clews se consacra à l'architecture et peupla les lieux de son œuvre sculptée, étrange et foisonnante, mêlant références médiévales et inventions personnelles ; Marie, architecte-paysagiste de talent, dessina entre 1919 et 1937 les jardins enclos dans les fortifications. Ce que le visiteur doit chercher du regard, ce sont précisément ces deux registres superposés : la pierre ancienne de la forteresse et la profusion décorative imaginée par l'artiste, qui fit du château son chef-d'œuvre total.
Ce qu'il faut voir
On regardera la silhouette du château depuis le rivage, ses tours baignant presque dans la mer, image devenue emblématique de la Côte d'Azur. À l'intérieur, le musée conserve les sculptures d'Henry Clews, peuplées de figures fantastiques et satiriques. Les jardins, classés parmi les jardins remarquables de France par le ministère de la Culture, déploient entre les murailles un art paysager raffiné, jouant des perspectives sur la Méditerranée. Le château a été classé au titre des monuments historiques en 1993. L'ensemble forme un lieu rare, où l'histoire militaire médiévale sert d'écrin à une utopie artistique du XXᵉ siècle.
Le saviez-vous ?
Les comtes de Villeneuve, bâtisseurs de la forteresse, figurent parmi les plus anciennes et les plus puissantes familles de Provence, propriétaires de nombreux fiefs entre Grasse, Vence et le littoral. Leur château de La Napoule, longtemps simple ouvrage de défense, témoigne de la manière dont les grandes maisons provençales tenaient à la fois le pays et la côte. Si la dimension Renaissance du lieu demeure discrète — l'édifice fut d'abord et avant tout un fort médiéval, puis une création du XXᵉ siècle —, la forteresse n'en fut pas moins active durant tout le XVIᵉ siècle, participant à ce dispositif de guet littoral qui marqua l'histoire de la Provence maritime à l'époque des grandes rivalités méditerranéennes. Henry et Marie Clews reposent aujourd'hui dans l'enceinte même qu'ils ont ressuscitée, comme pour sceller à jamais l'alliance de la vieille pierre et du rêve d'artiste. Le château abrite désormais une fondation dédiée à la création artistique, qui accueille des artistes en résidence : fidèle à l'esprit de ses restaurateurs, La Napoule est ainsi resté un lieu vivant, voué à l'art, bien loin de n'être qu'un décor figé. Peu de monuments français offrent un tel télescopage des époques — l'ouvrage de guerre du XIVᵉ siècle, les siècles de vigilance côtière, puis la fantaisie flamboyante d'un sculpteur américain amoureux du Moyen Âge. C'est cette superposition, et non une seule époque, qui donne au château sa saveur si particulière.
Histoire
Château fort médiéval des XIVe-XVe siècles transformé au début du XXe siècle en demeure de style néo-médiéval fantaisiste par le sculpteur américain Henry Clews (1876-1937) et sa femme Marie. Classé Monument Historique.
Contes, légendes & anecdotes
Henry Clews, sculpteur américain excentrique, acquit les ruines du château médiéval en 1918 et le transforma en résidence-sculpture à sa propre gloire — les décors intérieurs et extérieurs sont envahis de ses œuvres grotesques et symboliques (Le Roi Fou, L'Humoriste, etc.). Clews se proclamait 'Chevalier de la Napoule' et organisait des spectacles médiévaux pour ses invités. Cette transformation d'un château Renaissance en résidence d'artiste au début du XXe siècle est l'un des exemples les plus flamboyants du mécénat américain en Provence.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026
















