
✦ Illustre ✦
Dirck Volckertszoon Coornhert
humaniste, écrivain & graveur
Contributions & œuvres
On l'a nommé « le père de la Renaissance néerlandaise ». Graveur de métier, écrivain, philosophe, traducteur, homme politique, Dirck Coornhert fut l'esprit le plus libre de son temps aux Pays-Bas : il forgea la prose néerlandaise comme langue de pensée, et défendit, avec un courage inflexible, une idée alors presque scandaleuse — la liberté de conscience.
L'homme aux mille métiers
Né à Amsterdam en 1522, Coornhert s'établit à Haarlem, où il gagna d'abord sa vie comme graveur sur cuivre — c'est lui qui forma, à cet art, le jeune Hendrick Goltzius. Autodidacte, il apprit le latin sur le tard pour lire les Anciens dans le texte. Devenu secrétaire de la ville de Haarlem (1562), puis des États de Hollande, il entra dans les affaires publiques au moment le plus brûlant : la révolte contre l'Espagne. Proche de Guillaume d'Orange, il rédigea des textes politiques importants, connut la prison et l'exil pour ses idées, et ne cessa d'écrire — pamphlets, dialogues, poèmes, traités. Sa production est immense et son néerlandais, clair et vigoureux, fit de lui l'un des fondateurs de la prose littéraire du pays.
Le combat pour la conscience — et sa part d'ombre
Coornhert fut un combattant, et c'est là son ombre autant que sa gloire. Chrétien profond mais d'aucune Église, il refusa de se soumettre à quelque orthodoxie que ce fût : il critiqua l'Église catholique, mais aussi, avec une égale vigueur, le calvinisme intolérant qui triomphait dans la jeune République. Il affirma qu'aucun pouvoir, ni prince ni consistoire, n'a le droit de contraindre les âmes ni de tuer pour la foi (Proces van 't ketterdoden, 1590). Cette position lui valut l'hostilité des deux camps : trop libre pour les catholiques, trop hérétique pour les calvinistes, il vécut en éternel opposant, harcelé, censuré, contraint de fuir de ville en ville. Sa Zedekunst (1586), première grande éthique philosophique écrite en néerlandais, prône un « perfectionnisme » — l'idée que l'homme peut, par la raison et la volonté, s'améliorer moralement — qui parut à ses ennemis dangereusement optimiste. Homme seul, il mourut à Gouda en 1590, sans avoir vu triompher sa tolérance ; mais les Provinces-Unies allaient devenir, en partie grâce à lui, le refuge des consciences de toute l'Europe.
Infos / repères
Dirck Volckertszoon Coornhert naquit à Amsterdam en 1522 et mourut à Gouda en 1590. Graveur, écrivain et humaniste, secrétaire de Haarlem, maître de Goltzius, il fut l'un des fondateurs de la prose néerlandaise (Zedekunst, 1586) et le grand champion de la tolérance et de la liberté de conscience.
Anecdote mémorable
Avant d'être un grand écrivain, Coornhert fut le maître de gravure du plus grand graveur d'Europe : c'est dans son atelier de Haarlem que le jeune Hendrick Goltzius apprit à manier le burin. L'humaniste transmit ainsi deux héritages distincts — une technique à un artiste de génie, et à toute une nation une langue et une idée : que nul ne doit être persécuté pour ce qu'il croit.
Importance historique
On l'a nommé « le père de la Renaissance néerlandaise ». Graveur de métier, écrivain, philosophe, traducteur, homme politique, Dirck Coornhert fut l'esprit le plus libre de son temps aux Pays-Bas : il forgea la prose néerlandaise comme langue de pensée, et défendit, avec un courage inflexible, une idée alors presque scandaleuse — la liberté de conscience.
