En quelle année Claude Chappe a-t-il installé son télégraphe optique au Haut-Barr ?
À voir
Perché à quelque quatre cent cinquante mètres d'altitude, au-dessus de Saverne, le château du Haut-Barr veille sur l'un des grands passages des Vosges, là où la Lorraine et l'Alsace se rejoignent. Bâti sur trois rochers de grès rose reliés entre eux, il offre un panorama immense sur la plaine d'Alsace et la vallée de la Zorn, ce qui lui a valu son surnom fameux : « l'œil de l'Alsace ».
Une forteresse d'évêque
Le château fut édifié au XIIe siècle — la tradition retient l'année 1170 pour sa grande campagne de construction — par les évêques de Strasbourg, qui en firent un verrou stratégique de leur principauté. Transformé et restauré au XIVe siècle, il employa le grès vosgien tiré directement du site, dont la teinte chaude donne aux ruines leur couleur si particulière. La position, dominant la trouée de Saverne, permettait de surveiller le franchissement des Vosges et de contrôler les routes entre la Lorraine et l'Alsace.
L'épisode Renaissance
La page la plus savoureuse de l'histoire du Haut-Barr se situe à la fin du XVIe siècle. L'évêque Jean de Manderscheid transforma alors le château et y fonda, le 17 mai 1586, une confrérie restée célèbre : la Confrérie de la Corne (ou des Chevaliers de la Corne). Pour y être admis, chaque candidat devait vider d'un trait une corne remplie de vin — d'où le surnom de « capitole des francs-buveurs » de l'évêché. Derrière l'anecdote joyeuse se devine la réalité d'une cour épiscopale brillante qui, en pleine Renaissance, faisait de la vieille forteresse un lieu de sociabilité et de fête autant que de défense.
L'architecture et le site
Le Haut-Barr doit sa singularité à son implantation sur les rochers. Les bâtiments épousent le relief, reliés par un ouvrage hardi, le « pont du Diable », qui franchit le vide entre deux pitons de grès et mène à une plateforme panoramique. Une chapelle romane, consacrée à l'origine, s'accroche au rocher. L'ensemble n'a jamais été un château de plaine régulier mais une forteresse de montagne, étirée et verticale, où l'on monte d'un niveau à l'autre en suivant la roche.
Du déclin aux ruines
Le château fut en grande partie délaissé vers 1770, même si une occupation intermittente se prolongea jusqu'à la Révolution. En 1798, une tour du télégraphe Chappe fut installée dans son enceinte, utilisant la hauteur du site pour relayer les signaux optiques à travers le pays — preuve que la vocation de point d'observation du Haut-Barr lui survivait, sous une forme nouvelle. Les ruines furent protégées au titre des monuments historiques dès octobre 1874.
Ce qu'il faut chercher du regard
Le visiteur doit chercher le dialogue entre la pierre et le roc : les murs de grès rose semblant pousser des pitons eux-mêmes, le pont du Diable jeté au-dessus du vide, la chapelle romane blottie contre la paroi, et surtout le panorama à cent quatre-vingts degrés qui embrasse la plaine d'Alsace, la Forêt-Noire au loin et le débouché des cols vosgiens. C'est ce point de vue, bien plus que la masse des bâtiments, qui a fait l'importance militaire et symbolique du lieu pendant des siècles.
Le saviez-vous ?
La Confrérie de la Corne fondée par Jean de Manderscheid connut une célébrité durable : on raconte que des hôtes de marque de passage en Alsace tenaient à être reçus au Haut-Barr pour s'y plier au rituel de la corne de vin. Cette institution festive, née en 1586, illustre une facette moins connue de la Renaissance — celle de la convivialité aristocratique et de l'art de recevoir — dans un cadre pourtant hérité de la plus rude architecture militaire médiévale. Au Haut-Barr, la forteresse des évêques s'était faite, le temps d'un siècle, salle de banquet au-dessus des nuages.
Le site rappelle aussi la puissance temporelle des princes-évêques de Strasbourg, qui n'étaient pas seulement des chefs religieux mais de véritables seigneurs territoriaux, maîtres de châteaux, de routes et de péages. Verrouillant la trouée de Saverne, le Haut-Barr commandait l'un des rares passages aisés des Vosges : qui le tenait surveillait les échanges entre la Lorraine et la plaine rhénane. Cette valeur stratégique, héritée du Moyen Âge, s'est prolongée jusqu'à l'ère moderne avec le télégraphe Chappe — comme si la vocation du lieu, voir loin et transmettre vite, avait traversé les siècles en changeant seulement d'instrument.
Histoire
Château fort médiéval dit 'l'Œil de l'Alsace' pour sa position dominante sur les Vosges, construit au XIIe siècle par les évêques de Strasbourg. Le Claude Chappe y installa l'un de ses sémaphores optiques en 1798. Accessible librement. Classé Monument Historique.
Contes, légendes & anecdotes
En 1798, Claude Chappe installa au Haut-Barr l'un des relais de son télégraphe optique — un système de bras articulés sur les tours permettant de transmettre des messages à grande distance. La ligne Paris-Strasbourg via Haut-Barr pouvait transmettre un message en quelques heures ce qui prenait auparavant des jours par cavalier. Cette révolution des communications préfigure l'internet — et les tours médiévales de Haut-Barr devinrent les premières 'antennes relais' de l'histoire.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026

















