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Collégiale Saint-Vulfran d'Abbeville — édifice religieux à Abbeville (Somme (80)) (80), monument historique (Classé MH)

✦ Monument ✦

Collégiale Saint-Vulfran d'Abbeville

1488-1539 (Charles VIII — François Ier)·Religieux·Abbeville (Somme (80)) (80)·Classé MH
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À voir

La collégiale Saint-Vulfran d'Abbeville, dans la Somme, est l'un des plus éclatants chefs-d'œuvre du gothique flamboyant de Picardie. Son chantier, ouvert en 1488 et poursuivi jusqu'au milieu du XVIe siècle, se déroula précisément dans les décennies où le flamboyant atteignait sa virtuosité extrême tout en côtoyant les premiers éléments Renaissance. Sa façade, hérissée de sculptures, est l'un des manifestes de cet art du seuil.

Un chantier de la fin du Moyen Âge

La collégiale fut entreprise en 1488, dans une vallée au sol marécageux qui compliqua les fondations. Dédiée à l'origine à Notre-Dame, l'église avait reçu au XIIe siècle les reliques de saint Vulfran et était desservie par un chapitre de vingt-six chanoines. La nef fut édifiée de 1488 à 1539 ; le chœur, longtemps resté inachevé, ne fut complété qu'au XVIIe siècle, entre 1661 et 1663. L'essentiel de la grande œuvre visible aujourd'hui relève donc du passage entre le XVe et le XVIe siècle.

La façade et ses portails sculptés

La façade occidentale est le morceau de bravoure de l'édifice. Elle s'élève sur trois niveaux et porte deux tours-clochers hautes de 55,80 mètres. Trois portails sculptés donnent accès aux trois vaisseaux. Le décor sculpté y prolifère, financé en partie par les corps de métiers et les confréries de la ville : on y reconnaît les statues de saint Vulfran, de saint Nicolas et de saint Firmin, patron des tonneliers. Cette abondance ornementale, ces gâbles ajourés, ces niches à dais et ces dentelles de pierre font de la façade de Saint-Vulfran l'une des plus riches de l'art flamboyant, à l'instant même où s'y glissent, dans les vantaux et certains détails, les motifs de la Renaissance naissante.

Les vantaux Renaissance

Les portails conservent de remarquables vantaux de bois sculpté de la Renaissance, dont le décor témoigne du goût nouveau : panneaux à l'antique, rinceaux et figures traitées avec un relief ample. Ces menuiseries, parmi les plus belles de l'époque conservées en Picardie, montrent comment le vocabulaire italianisant pénétrait le décor religieux français dans la première moitié du XVIe siècle, en contrepoint de l'architecture encore gothique.

L'intérieur et les chapelles

À l'intérieur, la nef frappe par sa proportion : étroite — environ 9,10 mètres de large — elle s'élance jusqu'à 31,7 mètres de hauteur, créant un effet d'élévation saisissant. Les voûtes à nervures retombent sur des clés ornées de pendentifs, et certaines clés portent les armes des donateurs, mémoire héraldique d'une ville de marchands fiers de leur église. Six chapelles bordent les bas-côtés ; elles renferment des retables Renaissance et des œuvres d'art des XVIe et XVIIe siècles, qui complètent le décor du vaisseau.

Destructions et renaissance du monument

L'édifice souffrit gravement des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, le 20 mai 1940, qui ravagèrent Abbeville. Patiemment restauré, il fut rendu au culte en 1998. Classé au titre des monuments historiques, il demeure l'un des fleurons du patrimoine de la Somme et un jalon essentiel pour comprendre l'art de la fin du gothique.

Abbeville, capitale du Ponthieu et port actif sur la Somme, devait sa prospérité au commerce et à la draperie. La collégiale fut le grand ouvrage civique de la ville : son financement reposa largement sur la générosité des bourgeois, des marchands et des confréries de métiers, qui y voyaient autant un acte de foi qu'une affirmation d'orgueil urbain. Cette dimension collective explique la densité du décor sculpté et la présence, sur les clés de voûte et les niches, des armoiries des familles donatrices. Le chantier traversa les règnes de Charles VIII, Louis XII et François Iᵉʳ, épousant exactement les décennies où la Renaissance s'implantait en France.

Saint-Vulfran d'Abbeville illustre à merveille ce moment où le flamboyant français, porté à son comble, accueille les premiers signes de la Renaissance. La façade, sommet de dentelle de pierre, et ses vantaux sculptés à l'antique disent le dialogue d'un chantier commencé en plein Moyen Âge finissant et achevé sous François Iᵉʳ. Le visiteur y lit, sur une seule élévation, la transition d'un art à l'autre : la dernière flamboyance gothique et la première séduction de l'Italie, nouées dans la pierre et le bois d'une collégiale de marchands picards.

Histoire

La collégiale Saint-Vulfran d'Abbeville, construite entre 1488 et 1539, est l'un des chefs-d'œuvre du gothique flamboyant tardif de Picardie — mais sa longue construction, qui coïncide avec les débuts de la Renaissance française, lui vaut d'intégrer des éléments décoratifs renaissants dans ses parties les plus tardives. La façade principale (v.1488-1539) est d'une richesse ornementale stupéfiante : trois portails à gâbles flamboyants, deux tours à pinacles, sculptures de personnages dans des niches. Mais dans les parties construites après 1510-1520, des médaillons à profils humanistes, des arabesques légères et des détails de colonnes annoncent le passage vers la Renaissance. La collégiale fut gravement endommagée par les bombardements de mai 1940 — sa façade, partiellement écroulée, fut restaurée et complétée dans les décennies suivantes.

Contes, légendes & anecdotes

Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme (v.1540-1614), chroniqueur de la Renaissance française, décrit dans ses Vies des dames illustreset sesVies des hommes illustres la société brillante et dissolue de la cour des Valois. Brantôme avait une plume acérée et une mémoire sans pitié pour les secrets de ses contemporains. Son œuvre — scandaleuse, admirée, censurée — est l'une des sources les plus précieuses pour connaître la société française du XVIe siècle. Il avait voyagé en Picardie et connaissait les grandes collégiales du Nord — Saint-Vulfran, Saint-Quentin, le beffroi d'Amiens.

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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Missa de beata virgine
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