Le vin de Champagne produit en Brie champenoise au Moyen Âge était naturellement pétillant en bouteille et de couleur rouge.
À voir
Dans la plaine de la Seine, à Jaulnes en Seine-et-Marne, le château de Villeceaux conserve, sous ses remaniements, la mémoire d'une demeure Renaissance fondée par une famille florentine établie en France. L'histoire du lieu croise ainsi, en Île-de-France, cette présence italienne qui irrigua la Renaissance française.
Un fief indépendant
À l'origine, le fief de Villeceaux ne faisait pas partie de la seigneurie voisine de Jaulnes : c'était une terre indépendante, relevant de la Grosse Tour de Bray. Cette autonomie seigneuriale, rare dans une région morcelée en de multiples fiefs, est l'arrière-plan sur lequel se détache la fondation du château et la singularité de son histoire. Au fil des siècles, le domaine se constitue, change de mains, et finit par attirer l'attention d'un lignage venu d'ailleurs, dont l'arrivée va donner naissance à la demeure actuelle.
Les Del Bene, financiers florentins
Le tournant se produit en 1577, lorsque Del Bene, d'origine florentine, acquiert la terre de Villeceaux de Nicolas Jammes, seigneur du lieu, et entreprend la construction du château. Cette date situe la fondation à la fin du XVIe siècle, en pleine Renaissance tardive. Les Del Bene appartenaient à cette diaspora de banquiers et de financiers italiens que les rois de France, et singulièrement les reines issues des Médicis, avaient attirés et enrichis : leur présence à Jaulnes illustre, à l'échelle d'un domaine rural, le rôle que les Italiens jouèrent dans l'économie et le goût de la France de la Renaissance. Le chantier, commencé par le fondateur, fut achevé par ses descendants, inscrivant la demeure dans la durée d'une famille.
Remaniements et restaurations
Comme beaucoup de demeures de cette ampleur, Villeceaux fut transformé au fil des âges. Vers 1720, deux ailes furent ajoutées au château, élargissant sa composition dans le goût du début du XVIIIe siècle. La Révolution laissa aussi sa marque : deux tourelles furent détruites à cette époque. Enfin, le XIXe siècle vit une importante campagne de restauration qui remodela l'édifice. Le dessin du parterre du parc est, pour sa part, attribué à des plans d'André Le Nôtre, ce qui inscrirait le jardin dans la grande tradition française. Ces strates successives — XVIe, XVIIIe et XIXe siècles — expliquent la physionomie composite du château et justifient la datation portée par l'atlas.
Ce qu'il faut voir
Le visiteur cherchera du regard le noyau le plus ancien de la demeure, celui qui remonte à la fondation des Del Bene, et tentera d'en distinguer les lignes sous les ajouts postérieurs. Il observera les ailes rapportées vers 1720, qui élargissent la façade, et gardera à l'esprit que deux tourelles ont disparu à la Révolution : leur absence se devine dans l'équilibre de l'ensemble. Autour du château subsistent les anciens fossés, qui ceinturent le site et rappellent la vocation résidentielle fortifiée de la demeure. Dans le parc, il suivra le tracé du parterre, hérité de l'esprit des jardins réguliers.
Le saviez-vous ?
Les façades et les toitures du château et de ses communs, ainsi que les anciens fossés, sont protégés au titre des monuments historiques par arrêté du 3 avril 1984 ; la propriété demeure privée. L'intérêt de Villeceaux tient à sa fondation par une famille florentine. À la fin du XVIe siècle, l'Italie n'était pas seulement un modèle artistique importé sur les bords de Loire : elle était physiquement présente en France à travers ses marchands, ses banquiers et ses financiers, que les rois et les reines Médicis avaient attirés, anoblis et dotés de terres. Ces Italiens de France bâtissaient leurs propres demeures, épousaient des familles du royaume et faisaient souche, diffusant jusque dans les campagnes le goût venu de la péninsule. Le château de Jaulnes est l'un de ces témoins discrets de la Renaissance franco-italienne, loin des grands chantiers royaux de Fontainebleau ou de la Loire, mais procédant du même esprit. Que son parterre ait été, dit-on, dessiné dans la manière de Le Nôtre ajoute une dernière strate à cette demeure où dialoguent, sur quatre siècles, l'Italie de la Renaissance et la France des jardins.
Histoire
Château seigneurial de Jaulnes en Brie champenoise (Seine-et-Marne), inscrit MH. La Brie champenoise orientale, à la frontière de la Champagne, fut une région prospère grâce à ses cultures et à son vin. Les châteaux et manoirs locaux témoignent de la présence d'une noblesse de robe et d'épée attachée à cette région.
Contes, légendes & anecdotes
La Brie champenoise orientale conservait au Moyen Âge d'importants vignobles — le 'vin de Champagne' (alors rouge et pétillant naturellement en bouteille) était produit ici avant que la méthode champenoise ne soit systématisée au XVIIe siècle.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026










