Au XVIIe siècle, la Seine entre Fontainebleau et Montereau était surnommée la « rivière des châteaux ». Quel avantage était le MOINS important pour les seigneurs qui y construisaient ?
À voir
Au bord de la Seine, dans la commune de Vernou-la-Celle-sur-Seine en Seine-et-Marne, le domaine du château de Graville offre un bel exemple d'architecture de la fin de la Renaissance, bâti sur les ruines d'une forteresse médiévale et attribué à l'un des noms les plus prestigieux de l'art français du XVIe siècle, la dynastie des Androuet du Cerceau.
D'une forteresse médiévale à une demeure Renaissance
Le site est fortifié de longue date : une première forteresse y est érigée vers 1235. Au XVIe siècle, elle tombe en ruine. C'est alors que s'ouvre la grande page Renaissance du domaine. À partir de 1580, une nouvelle demeure est construite, probablement selon les plans de l'architecte Baptiste Androuet du Cerceau. Le bâtisseur réutilise les fondations de l'ancienne forteresse et adopte un plan rectangulaire permettant une construction moderne et symétrique — principe cher à la Renaissance, qui cherche l'ordre et la régularité là où le Moyen Âge composait avec les contraintes de la défense.
Le nom des Androuet du Cerceau
L'attribution à Baptiste Androuet du Cerceau n'est pas anodine. La famille Androuet du Cerceau compte parmi les plus influentes de l'architecture française du XVIe et du début du XVIIe siècle : Jacques Ier, l'ancêtre, a diffusé par ses gravures et ses recueils (« Les plus excellents bâtiments de France ») le vocabulaire de la Renaissance dans tout le royaume. Que Graville ait pu sortir des planches de l'un de ses héritiers inscrit cette demeure seine-et-marnaise dans le grand courant qui, de la Loire à l'Île-de-France, a redessiné l'habitat noble à la fin du XVIe siècle, en privilégiant la symétrie des façades, la clarté du plan et la mise en scène des ouvertures.
Un domaine remanié au XIXe siècle
Le château connaît une réduction importante au XIXe siècle. En 1863, la comtesse de Lancosme fait raser une grande partie des bâtiments pour n'en conserver que le corps central, geste qui explique l'allure actuelle, plus ramassée, de la demeure. Les jardins sont ensuite transformés en parc paysager par Denis Bühler, l'un des grands paysagistes du XIXe siècle, connu notamment pour le parc du Thabor à Rennes. C'est pourquoi le domaine tel qu'on le perçoit aujourd'hui superpose deux époques : le noyau Renaissance de la fin du XVIe siècle et l'écrin paysager du second XIXe siècle.
Ce qu'il faut voir
Le visiteur attentif cherchera d'abord la cohérence du plan rectangulaire et la symétrie des façades, marques du projet Renaissance initial. À l'intérieur, deux cheminées monumentales, l'une dans le vestibule, l'autre dans la salle à manger, figurent parmi les éléments protégés et méritent le regard : ces cheminées de pierre sculptée témoignent du soin apporté au décor de la demeure. Les douves, vestiges de l'ancienne forteresse réutilisée, ceignent encore le château et rappellent la continuité du site depuis le XIIIe siècle, lorsque la première place forte y fut élevée vers 1235. Le parc, œuvre de Bühler, offre enfin un cadre arboré qui met la demeure en valeur. Les façades et toitures du château, les douves, les façades et toitures des communs, le parc et les deux cheminées monumentales sont inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du 15 septembre 2006.
Le saviez-vous ?
Graville illustre une pratique courante de la Renaissance : plutôt que de bâtir sur un terrain vierge, on relève une vieille forteresse en réemployant ses fondations, mais en lui donnant un visage entièrement nouveau, tourné vers l'agrément et la représentation. Le choix d'un plan symétrique sur les assises d'un château du XIIIe siècle condense ce dialogue entre deux âges. L'attribution à un Androuet du Cerceau, si elle demande encore la prudence que réclame toute attribution, ancre cette demeure discrète de la vallée de la Seine dans la grande famille de l'architecture renaissante française. Entre les douves médiévales, le corps de logis de la fin du XVIe siècle et le parc paysager du XIXe, le domaine de Graville raconte, à échelle intime, plusieurs siècles d'art de bâtir au bord de l'eau.
Histoire
Le domaine du château de Graville, classé MH à Vernou-la-Celle-sur-Seine, est un ensemble seigneurial des XVIe-XVIIe siècles en bord de Seine. Le nom 'Graville' pourrait évoquer une ancienne seigneurie médiévale. Vernou-la-Celle-sur-Seine possède plusieurs sites classés témoignant d'une occupation aristocratique ancienne.
Contes, légendes & anecdotes
Les châteaux et domaines de bord de Seine entre Fontainebleau et Montereau constituaient au XVIIe siècle une 'rivière de châteaux' aristocratiques — les seigneurs locaux profitant à la fois de la pêche en Seine, des forêts de chasse et de la proximité des résidences royales.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026












