Le château de Saint-Ange à Villecerf a été construit en deux phases. Quelle est la période de la première phase de construction ?
À voir
Au sud de la forêt de Fontainebleau, dans la vallée du Loing, le château de Saint-Ange, longtemps appelé château de Challeau, fut l'une des demeures Renaissance les plus admirées d'Île-de-France. Il n'en subsiste presque rien aujourd'hui, mais son souvenir, fixé par les gravures de Jacques Androuet du Cerceau, en fait un témoin majeur de l'art des bâtisseurs de François Iᵉʳ.
Une maison de plaisance pour la duchesse d'Étampes
L'histoire du lieu commence vers 1533, lorsque François Iᵉʳ acquiert la terre de Challeau, enlevée à la famille Le Groing. Le roi en fait don, ou en laisse la jouissance, à Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, sa favorite. C'est elle qui lance, à partir de 1543, la construction d'un « Châteauneuf de Challeau », conçu non comme une forteresse mais comme une résidence d'agrément dans le goût italien. L'inauguration, vers 1546, donna lieu à des fêtes dont le faste répondait à la richesse des galeries et des appartements.
Le château Renaissance
Le parti architectural rompait franchement avec les grosses maisons fortes de la région. Comme l'ancien château de la Muette, à Saint-Germain-en-Laye, Challeau adoptait des toitures en terrasse de pierre, une silhouette horizontale toute moderne pour l'époque. Surtout, l'édifice passait pour l'un des premiers châteaux pensés pour s'ouvrir sur quatre jardins disposés sur chacun de ses côtés : l'architecture dialoguait avec la nature domestiquée, idéal cher à la Renaissance. Le décor intérieur fut confié à des maîtres de premier plan, et la tradition attache le nom du Primatice, l'un des artistes majeurs de l'école de Fontainebleau, à l'ornementation des galeries. Jacques Androuet du Cerceau jugea le bâtiment assez remarquable pour le ranger parmi « les plus excellents bâtiments de France » et en publier les plans commentés, source précieuse aujourd'hui que l'édifice a disparu.
De Challeau à Saint-Ange
Après la mort d'Anne de Pisseleu, le domaine passe, entre 1607 et 1609, à Antoine Le Charron, baron de Dormelles, puis à son frère François Le Charron. C'est sous cette famille que le lieu change de visage et de nom : en 1628, Louis XIII érige la terre et lui attribue le nom de Saint-Ange. Les Le Charron, aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, enrichissent le château d'un portail monumental et surtout de spectaculaires jardins d'eau, aux bassins si vastes qu'une galère y naviguait, selon les descriptions anciennes. Ces jardins, évoqués par Madeleine de Scudéry et par Dezallier d'Argenville, comptèrent parmi les plus célèbres de la région et sont parfois rattachés, dans la mémoire locale, à l'influence de l'art de Le Nôtre.
Ce qu'il faut chercher du regard
Le visiteur d'aujourd'hui ne doit pas s'attendre à retrouver la demeure de la duchesse d'Étampes : le château fut déconstruit à la charnière des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, vendu pierre à pierre après sa confiscation révolutionnaire, ses trésors et ses archives dispersés dans la région. Ce qui demeure tient davantage du site que du monument : les traces du parti d'eau, les perspectives et la mémoire topographique d'un domaine qui fut immense. L'intérêt du lieu est d'abord celui d'un palimpseste Renaissance qu'il faut reconstituer par l'imagination, les plans gravés en main.
Le saviez-vous ?
Challeau appartient à cette génération de châteaux « à l'italienne » voulus par l'entourage royal dans l'orbite de Fontainebleau, où la cour inventait un art de vivre nouveau. Que la demeure ait été commandée par une femme, Anne de Pisseleu, l'une des figures les plus influentes du règne de François Iᵉʳ, n'est pas anecdotique : la Renaissance française fut aussi affaire de mécènes qui surent faire travailler les meilleurs artistes du temps. La disparition du château rend les relevés de Du Cerceau d'autant plus précieux : ils maintiennent vivant le profil d'un édifice qui, de son vivant, osa les toits plats, les jardins enveloppants et la légèreté des façades, bien avant que ces audaces ne deviennent la norme. Visiter Saint-Ange, c'est méditer sur la fragilité du patrimoine : un chef-d'œuvre cité comme modèle au XVIᵉ siècle peut n'être plus, trois siècles plus tard, qu'un nom et quelques gravures.
Histoire
Château : 2e quart 16e siècle, 17e siècle
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026












