Jean Cocteau a décoré la chapelle Saint-Blaise-des-Simples de Milly-la-Forêt avec des fresques représentant des plantes médicinales.
À voir
Aux confins de l'Essonne et du Gâtinais, à la lisière de la forêt de Fontainebleau, le château de Milly-la-Forêt — qui s'étend aussi sur la commune d'Oncy-sur-École — raconte, en quatre siècles de chantiers, la mue d'une forteresse médiévale en demeure d'agrément. Son histoire est inséparable de celle d'un grand personnage du règne de Louis XI et de l'aube de la Renaissance : l'amiral Louis Malet de Graville.
D'une forteresse médiévale assiégée
Le château naît au XIIIe siècle, édifié par les seigneurs de Milly comme une place forte commandant la petite ville et ses marchés. La guerre de Cent Ans n'épargne pas le lieu : en 1432, la forteresse est ruinée lors d'un siège anglais. C'est de ce champ de ruines que va renaître, à la fin du siècle, un château profondément transformé.
La reconstruction de l'amiral de Graville
Vers 1475, le domaine appartient à Louis Malet de Graville, amiral de France, l'un des grands serviteurs de la monarchie à la charnière du Moyen Âge et de la Renaissance. Sous son impulsion s'engage une vaste reconstruction, qui change la nature même du château. Le donjon médiéval est converti en châtelet d'entrée ; le pont-levis est remplacé par un pont de pierre permanent ; des grilles défensives sont tendues entre les tours. On est au seuil de la Renaissance : la demeure conserve encore l'allure d'une place forte, mais la logique bascule déjà vers le confort et l'apparat. Le visiteur recherchera ce châtelet d'entrée, aux deux tours crénelées encadrant la porte, percées de trois fenêtres superposées : il est la signature de la campagne de Graville.
L'ouverture Renaissance du XVIe siècle
Le XVIe siècle parachève cette métamorphose. On abat des murs au sud pour créer des jardins et des canaux d'eau, alimentés par une dérivation de la rivière. Ce geste est capital : au temps où les châteaux de la Loire s'ouvrent sur leurs parcs, Milly abandonne une part de ses défenses pour embrasser l'eau et la verdure, selon l'idéal Renaissance de la demeure tournée vers ses jardins. On passe ainsi, en une ou deux générations, de la logique du refuge clos à celle de la maison de plaisance ouverte sur son environnement — mutation profonde qui résume tout l'esprit du XVIe siècle. Le domaine passe ensuite entre d'illustres mains — après Graville, les Bouville, Olivier V de Clisson, les Montmorency —, témoignage du prestige attaché à cette terre de l'Île-de-France, aux lisières giboyeuses de la forêt royale de Fontainebleau.
Les retouches du XIXe siècle
Comme beaucoup de châteaux, Milly connaît au XIXe siècle une campagne de restauration teintée de goût néo-médiéval. En 1859, les tours du châtelet sont surélevées et coiffées de créneaux de brique et de toitures neuves. Le pont dit « de la Corne » est reconstruit non loin du lavoir. Le visiteur attentif distinguera donc, dans la silhouette actuelle, la part de la Renaissance et celle de cette relecture plus tardive.
Ce qu'il faut voir
On s'attachera au châtelet d'entrée, cœur de la reconstruction de l'amiral de Graville, avec ses deux tours et sa porte centrale, ainsi qu'aux bâtiments qui le flanquent et aux vestiges des communs. L'eau, les douves et les canaux rappellent l'ouverture du XVIe siècle vers les jardins. Le château a été partiellement inscrit au titre des monuments historiques le 20 décembre 1972, et son parc répertorié en 1991.
Le saviez-vous ?
Louis Malet de Graville, qui redonna vie à Milly après le désastre de 1432, fut amiral de France et l'un des hommes les plus puissants de son temps, au service de Louis XI, de Charles VIII puis de Louis XII — c'est-à-dire exactement à l'époque où la France découvrait l'Italie et s'ouvrait aux formes nouvelles de la Renaissance. En transformant le vieux donjon en châtelet et en ouvrant le château sur l'eau, il fit de Milly un exemple précoce de ce passage de la forteresse à la demeure.
Histoire
Le château de Milly-la-Forêt présente des éléments architecturaux s'échelonnant du XIIIe au XIXe siècle. La ville de Milly-la-Forêt est célèbre pour sa halle médiévale (1479) et fut la résidence du poète Jean Cocteau (1889-1963), qui y vécut de 1947 à sa mort, y créant des œuvres majeures et décorant la chapelle Saint-Blaise-des-Simples (1959).
Contes, légendes & anecdotes
Jean Cocteau, qui vivait à Milly-la-Forêt, était fasciné par les plantes médicinales cultivées dans la région (la Gâtinais est réputée pour sa production de simples depuis le Moyen Âge). Il décora la chapelle Saint-Blaise avec des fresques représentant les plantes médicinales locales — un testament artistique botanique unique en France.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026











