Claude de Bullion, propriétaire du château de Wideville, était si riche que ses contemporains disaient qu'il « transpirait de l'or ».
À voir
Dissimulé dans un vallon des Yvelines, à l'écart entre Crespières et Davron, le château de Wideville est l'une des plus séduisantes demeures de la fin de la Renaissance en Île-de-France. Né de la fortune d'un financier d'Henri III, enrichi sous Louis XIII d'une grotte prodigieuse, il conjugue l'élégance de la brique et de la pierre à un art des jardins venu d'Italie.
Un château de financier (1580-1584)
En 1579, la terre de Wideville est vendue par les héritiers de Pierre Picquet, trésorier de la reine de Navarre, à Benoît Milon, premier intendant des finances d'Henri III. C'est lui qui, entre 1580 et 1584, fait élever la demeure actuelle à l'emplacement d'un manoir plus ancien. Homme d'argent et homme de goût, Milon possédait les recueils de modèles de Jacques Androuet du Cerceau, le grand théoricien de l'architecture de la Renaissance française, et c'est à cette source qu'il puisa le parti de son château.
Le parti de Du Cerceau
Wideville se présente comme un corps de logis unique, animé d'un haut pavillon central et de deux pavillons latéraux plus modestes, selon une formule symétrique directement héritée de Du Cerceau. Les façades marient la brique rouge aux chaînages et aux encadrements de pierre blanche, cette polychromie que l'on dit souvent « style Louis XIII » mais qui plonge ses racines dans la seconde Renaissance. La demeure est bâtie sur une plate-forme entourée de douves, disposition qui tient encore de la tradition tout en servant la mise en scène du château reflété dans l'eau.
Claude de Bullion et les artistes
La plate-forme entourée de douves, les pavillons coiffés de hauts combles, la régularité des travées : tout, à Wideville, procède de l'enseignement de Du Cerceau, dont les gravures diffusèrent dans toute la France le répertoire des « plus excellents bastiments ». Rares sont les demeures qui, comme celle-ci, donnent à voir avec autant de netteté l'application d'un modèle théorique à un édifice réel. Benoît Milon, en financier avisé, avait choisi la sûreté du goût savant plutôt que l'invention hasardeuse.
Le lieu change de dimension lorsque Claude de Bullion, surintendant des finances de Louis XIII, acquiert le domaine. À partir de 1630, il appelle à Wideville l'élite des artistes du temps : le peintre Simon Vouet, revenu d'Italie, pour les décors ; le sculpteur Jacques Sarrazin ; et, pour clore les baies, le ferronnier François Marchand, auteur des grilles en 1636. Les salles du rez-de-chaussée et de l'étage furent ornées de poutres peintes. Wideville devient ainsi un manifeste du goût savant de la haute administration financière, à mi-chemin entre l'héritage de la Renaissance et le classicisme naissant.
La grotte-nymphée
Le joyau du domaine est sa grotte, élevée en 1635-1636 par Thomas Francine, fontainier d'origine italienne issu de la dynastie qui avait acclimaté en France l'art des eaux jaillissantes. Ce nymphée orné de stucs, de rocailles et de plafonds peints compte parmi les très rares témoignages conservés de cet art des jardins à l'italienne, où l'eau, la sculpture et l'architecture se mêlent pour composer un décor de féerie. C'est l'aboutissement, en terre française, d'une tradition venue des villas de la Renaissance italienne.
Ce qu'il faut voir
Le visiteur cherchera d'abord la silhouette du corps de logis sur sa plate-forme cernée d'eau, où se lit tout l'art de Du Cerceau : la symétrie des pavillons, le jeu de la brique et de la pierre. Il s'attardera ensuite sur les grilles de François Marchand, sur les poutres peintes des intérieurs, et bien sûr sur la grotte de Francine, dont les stucs et les jeux d'eau font tout le prix. L'ensemble forme un raccourci saisissant du passage de la Renaissance au Grand Siècle.
Le saviez-vous ?
Le château, sa chapelle, son ermitage, sa grotte et sept pièces de statuaire ont été classés au titre des monuments historiques le 7 février 1977, reconnaissance de l'exceptionnelle cohérence de l'ensemble. Depuis 1995, le domaine appartient au couturier Valentino Garavani, qui veille sur cette demeure discrète. Wideville reste, pour l'amateur de Renaissance, un cas d'école : un château de financier conçu sur les planches de Du Cerceau, puis sublimé par une génération d'artistes qui firent le pont entre l'Italie des grottes et la France des surintendants.
Histoire
Château des XVIe-XVIIe siècles dans les Yvelines, construit pour Claude de Bullion, surintendant des Finances de Louis XIII. L'édifice Renaissance présente une grotte artificielle remarquable ornée de sculptures et de rocailles. Propriété privée non accessible. Classé Monument Historique.
Contes, légendes & anecdotes
Claude de Bullion, surintendant des Finances de Louis XIII, était l'un des hommes les plus riches de France — ses contemporains disaient qu'il 'transpirait de l'or'. Sa grotte de Wideville, ornée de sculptures mythologiques et de fontaines, est l'une des plus remarquables grottes artificielles de la Renaissance française en Île-de-France, comparable à celles des jardins de Fontainebleau. La grotte fut le lieu de réunion favori de Bullion et de ses amis humanistes.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026












